Grippe; le traitement par un anticorps universel n’a pas encore pris corps

A force de vouloir aller plus vite que la musique, on peut déraper de la partition. Ainsi, depuis deux jours, on a l’impression que la grippe est sur le point d’être vaincue. Ce n’est pas vraiment le cas à lire de plus près le travail scientifique et l’éditorial qui l’accompagne dans une des revues du groupe Nature.
 
C’est une très belle étude qu’a publié en ligne la revue Nature Structural and Molecular Biology , le 22 février.
 
Les équipes des Dr Sui et Marasco ont réussi, grâce à des techniques faisant appel à la cristallographie, une forme d’imagerie en trois dimensions, à isoler un anticorps capable de bloquer l’action néfaste d’un certain nombre de virus grippaux.
 
Le virus de la grippe vient s’amarrer aux cellules de l’arbre respiratoire qu’il infecte et pénètre dans la cellule. Les deux membranes, cellulaire et virale vont fusionner et le matériel génétique du virus sera largué dans la cellule afin d’en utiliser la machinerie et de s’y reproduire.
 
Cet accrochage se fait grâce aux hémagglutinines (H), des sortes de picots en forme de sucette, placés sur la surface du virus. Sur cette même surface se trouve les neuraminidases (N), qui vont servir à ouvrir la porte au virus.
 
C’est la combinaison entre les divers types d’hémagglutinines et de neuraminidases qui font « l’immatriculation » des virus grippaux, en plus de leur type A ou B.
 
On parle ainsi de virus H3N2, par exemple ou du fameux H5N1, l’un des virus de souche aviaire qui font tant redouter une pandémie.
 
Les chercheurs américains ont réussi à empêcher le « strip-tease » du virus, une fois ce dernier entré dans la cellule. Ils ont, pour cela, développé un anticorps qui va se mettre au « cou » de l’hémagglutinine, à la jonction entre le bâton et le bonbon de la sucette !
 
Ces anticorps obtenus de façon originale ont bloqué 8 des 16 hémagglutinines connues, avec 80 % de succès.
L’affaire s’est avérée particulièrement efficace pour les souches H5N1 et H1N1, cette dernière étant responsable de la grande pandémie de 1918-1920, dite de la « grippe espagnole ».
 
On a pu lire ça et là, notamment dans un quotidien du soir, des analyses et commentaires très optimistes sur ce travail.
 
C’est vrai qu’il est brillant mais il s’agit d’abord et avant tout d’un travail sur la souris, et non sur l’homme même si les anticorps utilisés étaient des anticorps humains.
 
D’autre part, ces anticorps ont été inefficaces sur des virus comme la souche H3N2 qui est très souvent en cause dans les grippes communes de l’hiver.
 
Enfin, on ne sait pas exactement vers quoi conduira cette recherche.
Car ces anticorps pourraient être utilisés de la même façon que les immunoglobulines, à titre préventif ou curatif, dans les 48 heures suivant une infection par exemple.
Mais le problème c’est que l’estimation actuelle tourne autour de 8000 euros par patient traité, ce qui limite un peu les choses.
 
L’autre voie théorique serait de se servir de ces anticorps pour élaborer un vaccin capable d’être efficace sur des souches multiples et ne tenant pas compte des variations saisonnières.
 
Mais il y a un certain nombre d’obstacles, comme le fait que certaines hémagglutinines ne sont pas bloquées, nous l’avons dit. D’autre part, il faudrait être sûr qu’un gene, le VH1-69 ne serait pas surexprimé lors de l’utilisation d’un tel vaccin.
 
Expérimentalement, neuf des dix anticorps utilisés dans l’étude américaine ont sollicité cette voie. Or ce gene est surexprimé dans un certain nombre de maladies autoimmunes.
 
On voit donc qu’il y a encore beaucoup de travail à faire avant de crier au miracle et que ce qui marche sur la souris n’est pas automatiquement transposable à l être humain.
 
 
 
 
Référence de l’étude:
 
Jianhua Sui et al
  
Structural and functional bases for broad-spectrum neutralization of avian and human influenza A viruses
Nat. Struct. Mol. Biol. 16, published online,
doi:10.1038/nsmb.1566 (22 February 2009).
 
 
Reference du commentaire associé:
 
Taia Wang & Peter Palese
 
Universal epitopes of influenza virus hemagglutinins?
Nat. Struct. Mol. Biol. 16,Published online 22 February 2009;
doi:/10.1038/nsmb.1574
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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