Hépatite chronique C : le foie vit mieux à bas régime

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai comment va évoluer ton hépatite C.
C’est un peu la philosophie d’une étude italienne qui souligne également la surconsommation d’alcool chez des patients hautement à risque.
 
Les hépatologues italiens ont comparé 1084 patients atteints d’hépatite chronique C, d’une part et 2326 sujets sains, donneurs de sang, d’autre part.
 
Les patients atteints d’hépatite chronique C ne devaient pas avoir de cirrhose décompensée, ni d’infection chronique liée au virus de l’hépatite B ou au VIH.
 
432 patients atteints d’hépatite chronique C étaient traités par l’association Interféron (IFN) et ribavirine.
 
Ce que voulaient mesurer les auteurs de l étude c’était l’influence des comportements alimentaires, alcool y compris, sur l’évolution des dommages hépatiques et le succès ou non du traitement par interféron.
 
Il n’y avait, au début de l’étude, pas de différence entre les deux groupes concernant la consommation de graisses, de glucides ou d’acides gras polyinsaturés. Il y avait la même proportion de personnes en surpoids entre les deux groupes, tous sexes confondus.
 
De même la consommation d’alcool était comparable.
 
L’évolution des lésions hépatiques a été contrôlée chez les patients par des biopsies faites à 24 ou 48 semaines selon le type de virus porté par les patients.
 
L’étude a montré qu’une alimentation très riche en calories, notamment en glucides et en graisses était associée à des degrés plus élevés de fibrose hépatique, une destruction de l’architecture normale du foie.
 
Une consommation élevée d’acides gras polyinsaturés était associée à un degré élevé de stéatose, c’est-à-dire à des lésions du foie constituées de zones graisseuses (c’est ce qui se passe dans le foie gras).
 
L’alcool, consommé en grande quantité est aussi impliqué dans une aggravation des lésions chez les patients porteurs du virus de l’hépatite C.
 
Ce que montre cette étude c’est que les patients atteints d’hépatite C chronique avaient, dans leur majorité, des comportements alimentaires ne répondant nullement aux règles diététiques, une alimentation trop riche en glucides en lipides et, surtout en alcool. Près de la moitié d’entre eux, 48 % pour être précis, consommait plus de 40 grammes d’alcool par jour, soit près d’un demi-litre de vin à 12° par jour.
 
Cette consommation excessive d’alcool a joué aussi un rôle dans la réponse au traitement par l’IFN.
D’autres facteurs alimentaires ont joué un rôle également. Ainsi les « répondeurs » consommaient-ils plus de zinc, de graisses monoinsaturées et moins de fer que les « non-répondeurs ».
 
Ces facteurs alimentaires s’ajoutent à d’autres critères de bonne réponse comme le génotype du virus, le génotype 4 étant connu pour mal répondre.
Un âge plus jeune, un indice de masse corporelle plus bas, un degré moindre de fibrose et de stéatose sont également de bons facteurs prédictifs de réponse au traitement par l’IFN.
 
Ce travail italien montre donc que les conseils dits « hygiéno-diététiques » sont des facteurs importants de l’évolution d’une hépatite chronique C et de la réponse au traitement par l’IFN.
 
Il est donc important que les médecins qui suivent ces patients s’attachent à répéter ces conseils d’hygiène de vie et surveillent la consommation alcoolique des patients.
 
Cela en vaut d’autant plus la peine que la bithérapie de l’hépatite C connait, dans un certain nombre de cas, des succès non négligeables.
 
 
 
 
Référence de l’étude :
 
 
Carmela Loguercio et al.
The Impact of Diet on Liver Fibrosis and on Response to Interferon Therapy in Patients With HCV-Related Chronic Hepatitis
 
Am J Gastroenterol.  2008;103(12):3159-3166.  
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Hépatite chronique C : le foie vit mieux à bas régime

  1. Nicolas Pirson dit :

    S’il est indéniable que la stéatose est responsable d’une moins bonne réponse au traitement des hépatites virales en général, je voudrais juste souligner que vous parlez du génotype 4 comme étant plus résistant sans faire mention des génotypes 1a et 1b qui le sont de la même manière (moi-même génotype 1a A2 F4 cirrhose Child Plugh A non décompensée A2-F2 au premier traitement il y a deux ans et demi. Je sais c’est une surprenante progression).

    Les traitements pour les génotypes 1 et 4 ont une durée de onze mois au lieu de six pour les autres génotypes.

    On parle d’un taux de réponse entre 40 et 50 % pour ces derniers. Sans parler du nombre de patients qui rechutent et n’entrent souvent plus dans les critères d’admission en Belgique.

    Des nouvelles molécules beaucoup plus efficaces vont apparaître sous peu sur le marché.

    Grâce à l’adjonction d’une troisième molécule tels :
    Bocéprévir, Télaprévir – antiviraux – et TMC435 – antiprotéase – ( étude en phase 2b. A ce jour plus de candidatures cf : http://www.clinicaltrials.gov/ct... ) l’espoir d’une meilleure réponse est enfin en vue.

    Le TMC435 en phase 2a a montré des taux de réponse incroyables sur une durée de quatre semaines.
    La phase 2b diffère dans le sens où la molécule est délivrée plus longtemps suite au nombre de rechutes à l’arrêt de la molécule active après seulement quatre semaines.

    Si l’hépatite frappe moins l’opinion publique que le virus HIV c’est en partie faute de médiatisation.
    J’en profite pour signaler la date de la Journée Mondiale des Hépatite le 19 mai.

    A cette occasion pas de ruban à l’écran, pas de reportage, du moins je parle de la Belgique (cancre de l’Europe en a matière ou seulement 2 traitements sont acceptés. 1 seul avant 2009!).

    Surprenant au vu des chiffres : On estime que l’HVB tue 100 fois plus que l’HIV, 4 fois plus pour l’HVC

    Selon une édition spéciale du journal du médecin : Il y aurait de par le monde 170 millions de
    personnes souffrant d’hépatite C et 350 millions d’hépatite B.
    Ces chiffres dépassent de beaucoup ceux des personnes contaminées par le VIH (40 millions).

    Vu votre position à France 2, vous pourriez peut-être aider à faire avancer les choses d’un point de vue médiatique.

    Bien à vous, et merci pour votre billet concernant ce problème.
    Je me tiens à votre entière disposition pour parler de ce sujet qui me passionne un peu contre ma volonté 😉

    Nicolas Pirson

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