Le chômage comme effet secondaire d’un cancer bien traité.

C’est une version assez terrible de la notion de double peine. Nombre de personnes traitées pour cancer vont, ensuite, se retrouver sans emploi. Une étude néerlandaise vient aujourd’hui montrer l’ampleur du phénomène.
 
 
A une époque où, à juste titre, le combat contre la discrimination s’intensifie, la situation de celles et ceux qui ont réussi à se sortir d’un cancer ne semble pas provoquer une émotion égale à celles rencontrées dans d’autres affections.
 
Pourtant, il y a des choses à dire. Car, aujourd’hui, une personne guérie ou en rémission sur deux a moins de 65 ans, et donc relève du monde du travail.
 
Mais voilà, les choses ne sont pas aussi simples que cela et si l’on en croit une étude hollandaise publiée aujourd’hui dans le Journal of the American Medical Association, le JAMA, cancer et chômage sont des mots qui vont assez bien ensemble.
 
Les auteurs ont procédé à ce qu’on appelle une méta-analyse. Ce n’est pas une étude à proprement parler, mais la compilation d’un certain nombre de travaux mis en commun et analysés comme s’il s’agissait d’une seule et même étude. Le modèle n’est pas parfait, prête souvent à discussion, mais a une certaine utilité pour comparer des travaux sur un même sujet.
 
Ils ont ainsi, en cherchant dans diverses bases de données, colligé 36 études ; 16 étasuniennes, 15 européennes et 5 venant d’autres pays ou continents.
 
Au total, ils ont ainsi regroupé 20366 anciens patients et 157603 personnes non malades utilisées comme groupe de contrôle.
 
A noter que les Américains ne disent pas « anciens patients » mais « survivors », un terme intraduisible en français car c’est bien plus que la notion de « survivant » que comporte ce mot, c’est celui d’une victoire quasi triomphale.
 
Ce que montre cette étude c’est que ceux qui ont eu un cancer ont un risque d’être au chômage supérieur de 37 % par rapport à une population « normale ».
Et ce risque est particulièrement net pour celles qui ont eu un cancer du sein ou un cancer de l’appareil génital (utérus et ovaires). Les cancers digestifs, estomac et colon, exposent également les deux sexes à un risque supérieur de chômage.
 
La tendance est non significative en revanche pour les leucémies et les cancers de la prostate. Il n’y a aucune différence pour les cancers du testicule.
 
Ce dernier élément tient sans doute au fait que cette pathologie concerne généralement des hommes jeunes, au début de leur carrière et que, dans un très grand nombre de cas, la guérison est complète.
 
L’autre enseignement de cette analyse c’est que plus le taux de chômage est élevé et plus les anciens patients restent sur le bord de la route.
 
Cette difficulté à retrouver sa place dans le monde du travail tient, en partie, à des raisons physiques que les anciens patients avancent eux-mêmes, comme une fatigue importante ou certains handicaps. Il est vrai aussi que, par exemple, des irradiations cérébrales vont créer des petits troubles de concentration et d’attention qui peuvent s’avérer préjudiciables dans certaines activités.
 
Mais quand une femme a été traitée de son cancer du sein, qu’elle a récupéré la quasi-totalité de ses moyens physiques et qu’elle demande simplement à retrouver sa place dans le monde de celles et ceux qui travaillent, comment justifier qu’on lui ferme la porte comme c’est, hélas ! trop souvent le cas.
 
Le cancer n’est pas transmissible, ni contagieux. Encore moins quand on en est guérie !
 
Ce travail montre qu’il y a encore beaucoup à faire pour aider les anciens patients à se réinsérer.
 
La Ligue contre le cancer fait beaucoup en ce sens. Elle s’est battue, notamment contre les assureurs qui ne veulent pas aider les anciens patients, sauf en leur imposant des surprimes souvent totalement dissuasives.
J’avais ainsi discuté avec un actuaire, ces professionnels chargé d’évaluer les risques et de fixer les tarifs des primes. Pour lui, trente ans après un cancer du sein, une femme n’était pas guérie mais seulement en rémission. Rassurant !
 
En ces périodes économiques difficiles, où les emplois sautent au gré des résultats financiers, celles et ceux qui ont échappé aux pinces du Crabe risquent de ne pas échapper aux affres du chômage.
 
C’est peut-être le moment de mettre en pratique tous les discours appelant à la solidarité.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
 
Angela G. E. M. de Boer et al.
 
Cancer Survivors and Unemployment
A Meta-analysis and Meta-regression
 
JAMA. 2009;301(7):753-762
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Le chômage comme effet secondaire d’un cancer bien traité.

  1. CIELSOLEIL dit :

    Bonjour, je viens de lire votre exposé et partage malheureusement à titre personnel la réalité de votre analyse. En rémission d’un cancer du sein soigné sur 2005/2006, avec perte d’emploi fin 2006 sur pressions de l’ex-employeur, formation professionnelle Afpa de 6 mois sur 2007/2008, je suis apte et motivée à exercer un emploi à la mesure de mon énergie vitale actuelle mais en entretien professionnelle alors que mon CV est de prime abord bien acceuilli, je ne suis plus, d’un instant à l’autre, "recrutable" à partir du moment où, par choix de cohérence avec moi-même, je fais preuve de transparence sur la réalité – et la force – de mon parcours professionnel, "décrochage" qu’il serait illusoire de vouloir cacher d’ailleurs même si la Loi m’autorise à ne pas parler de mon parcours de santé. Un chemin d’ouverture professionnelle, devenir travailleur indépendant, en développant l’énergie d’une activité à soi dans l’esprit de partage avec tous les autres : "Ma petite entreprise" comme le chantait si bien Monsieur Alain Bashung.

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