VIH/SIDA CROI 2009 Allaitement : traiter les femmes enceintes seropositives, protéger les enfants.

Plus de deux millions d’enfants en bas âge sont porteurs du virus du sida dans le monde, dont 90 % vivent en Afrique sub-saharienne. Neuf contaminations sur dix ont lieu au cours de la grossesse ou pendant la période d’allaitement. Il ya donc beaucoup à faire pour aider ces enfants car, les études le prouvent, on peut réduire les risques de transmissions de la mère à l’enfant. 
 
 
Il y a parfois des situations où le remède est pire que le mal, ou pas mieux. La question de l’allaitement au sein d’un enfant né d’une mère porteuse du virus VIH en est un bon exemple.
 
On sait, aujourd’hui, que l’allaitement représente environ 15 % des cas de transmission du virus de la mère à l’enfant. Le risque augmente de 0,5 % avec chaque mois d’allaitement.
 
Un esprit cartésien dirait : « Arrêtons cette pratique et donnons des laits artificiels à ces enfants ». Logique, certes, mais cela suppose qu’on vive dans un monde idéal aux conditions d’hygiène satisfaisantes et dans des sociétés tolérantes et toutes tournées vers le bien d’autrui !
 
Cherchez l’erreur !
 
Arrêter l’allaitement au sein serait une catastrophe, notamment en Afrique et ce pour plusieurs raisons.
 
La première est évidemment liée aux conditions d’approvisionnement en eau potable.
L’eau potable est un luxe en Afrique, rares sont les villes, même les capitales, qui disposent d’un réseau couvrant les besoins des populations. Les maladies liées à l’eau insalubre tuent, d’ailleurs, trois millions d’enfants chaque année dans le monde.
 
On imagine donc combien il est illusoire de penser pouvoir distribuer du lait en poudre à des femmes en leur demandant de le mélanger à de l’eau.
 
L’approvisionnement et le coût seraient aussi des obstacles car les contraintes économiques, mais aussi la corruption et les détournements, ne rendraient pas l’accès pérenne.
 
Médicalement, encore, l’allaitement au sein protège les enfants de nombre de maladies infectieuses bactériennes qui, répétons le, tue des millions de nourrissons dans les pays pauvres, notamment à cause des maladies diarrhéiques.
 
Toujours au plan santé, l’allaitement a un rôle contraceptif et permet d’espacer les grossesses, ce qui évite à des femmes affaiblies et fatiguées de courir le risque de mourir en couches suite à des grossesses répétées.
 
Enfin, culturellement, ne pas allaiter, c’est une stigmatisation. C’est désigner la femme comme une malade quasiment pestiférée, l’exclure de la communauté familiale et villageoise. Par contrecoup, l’enfant sera lui aussi délaissé et ses chances de survivre en seront amoindries.
 
Et, argument, définitif, les études menées ces dernières années ont montré que les enfants allaités au sein n’avaient pas une mortalité supérieure à ceux nourris artificiellement, voire moindre.
 
La question qui se pose donc c’est comment réduire le risque de contamination de l’enfant.
 
Il y a deux façons de procéder : traiter la mère et traiter l’enfant.
 
La prise en charge des femmes enceintes se développe dans les pays les plus touchés, à condition, bien entendu, que soient en place des structures de santé capables de gérer l’afflux de femmes enceintes. Capables aussi de proposer des tests de dépistage et les conseils et la prise en charge médicale et sociale qui vont de pair avec le dépistage.
 
C’est loin, très loin, d’être le cas partout, d’autant que dans certaines zones, le taux de femmes enceintes porteuses du virus VIH dépasse les 15 %.
 
Les protocoles de traitement sont assez bien établis et, dans les endroits où ils sont appliqués, le risque de contamination de l’enfant par sa mère pendant la grossesse et surtout au moment de l’accouchement est passé de 40 % à moins de 2 % actuellement.
 
Mais comme les moyens sont limités et que l’argent manque, il y a des choix à faire. Pour les équipes africaines et occidentales qui travaillent sur cette question, il semble aujourd’hui que la priorité c’est de traiter les femmes les plus atteintes, celles dont le taux de cellules T CD4 est inférieur à 300 par mm3.
 
C’est ce que préconise Jeff Stringer qui travaille en Zambie et qui, aujourd’hui à Montréal, faisait le point sur les stratégies les plus adaptées aux moyens actuellement disponibles.
 
Pour celles qui sont séropositives mais en bonne santé, ce seront les enfants qui devront bénéficier d’une prophylaxie lors de l’allaitement au sein.
 
Là encore l’idéal serait de pouvoir faire des tests de dépistage aux enfants dans les deux mois qui suivent leur naissance si la mère est séropositive.
 
Mais, à peine 8 % des enfants dans cette situation bénéficient de cette possibilité, retardant ainsi leur mise sous traitement en cas de contamination.
 
Pour les autres, il existe des stratégies thérapeutiques visant à réduire le risque de contamination. La prophylaxie repose sur l’administration d’un médicament antirétroviral, la nevirapine associée parfois à la zidovudine pendant quatorze semaines.
 
Les différentes études conduites en Afrique ont montré qu’entre l’âge de six semaines et l’âge d’un an la contamination augmentait de 1,7 à 2 % selon les protocoles alors que l’évolution spontanée aurait voulu qu’on soit à 6 % environ.
 
La lutte contre la transmission du virus VIH de la mère à l’enfant est donc un enjeu énorme, car elle a des répercussions sanitaires sociales et économiques considérables. Un enfant contaminé par sa mère sera rapidement orphelin, malade à son tour et abandonné.
 
Cette cause semble, actuellement, rencontrer quelques échos, en particulier en France.
 
 
Ce n’est pas du luxe, car, à la lecture du dernier rapport de l’Initiative conjointe de recherche sur les enfants et le sida ,  JLICA on peut mesure l’ampleur du désastre.  
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à VIH/SIDA CROI 2009 Allaitement : traiter les femmes enceintes seropositives, protéger les enfants.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A DM :

     

    L’étude que vous mentionnez a été publiée dans la revue « Nature ». Entre une publication scientifique et la ‘traduction’ journalistique qui en est faite, il y a des lieues, surtout quand les études font l’objet de communiqués de presse destinés à faire un « copier-coller ».

     

    ceci étant, les études sur les méthodes de protection locales commencent toujours par des modèles animaux sur les macaques ou d’autres singes à partir du virus SIV ou de « chimères » HIV-SIV car c’est un modèle proche du modèle humain.

    Pour le moment, des études sont en cours sur des gels à base de deux médicaments antirétroviraux dont j’ai parlé dans les articles écrits au cours de l’édition 2009 de la CROI.

  2. DM dit :

    À propos d’annonces concernant le SIDA, j’avoue être assez scandalisé par la présentation de certains résultats, voir par exemple:
    david.monniaux.free.fr/do…

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