VIH/CROI 2009 : se protéger pour aller au rapport, l’essor de la prophylaxie pré-exposition.

Bloquer l’entrée du virus dans l’organisme par des méthodes à la demande, c’est ce qu’on appelle prévention ou, mieux, prophylaxie. Une démarche qui génère de nombreuses recherches orientées vers les pays les plus défavorisés mais pas seulement.
 
Des millions de personnes vivent à travers le monde et de façon quotidienne, des situations à haut risque de contamination par le VIH sans avoir les moyens de toujours se protéger.
C’est le cas de ces femmes dont le mari a des partenaires multiples et qui, pour autant, refuse de se protéger et impose à son épouse des rapports dangereux. C’est la prostituée des villes africaine qui ne peut imposer la capote à ses clients sous peine de les perdre et donc de ne pas avoir de quoi manger.
 
Ce sont aussi ces hommes ayant des rapports homosexuels dans certaines parties du monde où leur choix sexuel est considéré comme une tare et qui doivent se cacher et vivre des relations éphémères d’autant plus risquées.
 
Ce sont, en fin, ces couples dont aucun des deux membres, faute d’argent, n’a pu faire de test de dépistage et dont on découvre que l’un ou l’autre est porteur du virus VIH. C’est le cas dans près de 10 % des cas dans certaines régions du Kenya par exemple.
 
Toutes ces situations poussent donc les chercheurs à développer des méthodes de prévention de la contamination, ce qu’on appelle la PrEP, pre-exposure prophylaxis ou, en français (n’oublions pas que nous sommes au Québec) la prophylaxie pré-exposition.
 
Les études animales, en particulier sur le singe, ont montré que l’utilisation de molécules antirétrovirales, en particulier le tenofovir (TFV) parfois associé à l’emtricitabine (FTC), pouvaient avoir un rôle protecteur très important. Ces molécules ont été utilisées par voie locale, dans le vagin ou le rectum, sous forme de gel. (voir la première partie du billet d’hier)
 
 
Depuis, divers études ont débuté, en Afrique, en Asie, mais aussi aux Etats-Unis à partir de ces molécules soit sous forme de comprimés, soit sous forme de gel.
 
Six essais à base d’une prévention reposant sur des comprimés ont débuté ou vont commencer bientôt à travers le monde. Ils concernent des femmes, des couples et des hommes ayant des rapports homosexuels.
 
Ce dernier point est important car la muqueuse rectale est différente de la muqueuse vaginale et il sera important de vérifier s’il existe un taux de transmission plus élevé et les caractéristiques de diffusion des médicaments et du virus à travers cette muqueuse rectale.
 
Ces diverses études auront comme objectif principal de mesurer le taux de séroconversion, c’est-à-dire le nombre de personnes qui deviendront séropositives pour le VIH.
 
Le gel a un très gros avantage. On l’applique dans les minutes qui précèdent un rapport, puis dans les minutes qui suivent et le tour est joué.
 
Et lorsqu’on regarde les concentrations dans les tissus cibles, on constate que celle du gel est dix mille fois supérieure à celle des médicaments pris par voie orale.
 
De plus, ces gels sont bien tolérés et ont peu d’effets généraux car ils ont une action majoritairement locale.
 
Un essai comparant les deux stratégies, médicament et gel, va débuter au cours de ce trimestre et s’achèvera en 2012. Cet essai, baptisé VOICE (Vaginal and Oral Interventions to Control the Epidemic) va concerner 4200 femmes suivies pendant 21 mois.
 
Sharon Hiller, de l’université de Pittsburgh, qui conduit cet essai, pense que ce champ de la prévention contre le VIH ne peut que progresser.
 
Au total, ce sont plus de 20 000 femmes et hommes, hétéro et homosexuels qui, à travers le monde, évaluent ces nouvelles possibilités de combattre le virus.
 
Mais ces essais n’incluent pas d’adolescents en dessous de dix-huit ans, personne au-delà de 40 ans, pas de femmes enceintes, pas de femmes allaitant leur enfant. La photographie est donc incomplète et devra inclure ces groupes à terme.
 
Et alors que ces méthodes sont en cours d’évaluation, déjà se profilent de nouvelles méthodes de prophylaxie pré-exposition.
 
On évoque ici des formes à libération prolongée sous forme d’implants sous-cutanées ou encore des anneaux vaginaux imprégnés d’antirétroviraux qui seraient ainsi mis à demeure et changés de temps en temps.
 
En fonction des divers résultats des études on espère pouvoir dire que, contrairement au dicton, « avant l’heure, c’est l’heure » de se protéger.
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.