VIH/SIDA CROI 2009 : la piste du gel préventif se réchauffe avec HPTN 035.

Il y a des situations dont on sait qu’elles vont faire courir le risque d’une contamination par le virus VIH, mais un risque qu’on ne pourra pas prévenir par l’usage d’un préservatif, par exemple. C’est le cas pour de nombreuses femmes dans les pays en voie de développement, mais aussi parfois sous nos climats.

 

C’est la question qui obsède chercheurs et des millions de femmes et peut-être aussi quelques hommes : comment bloquer une éventuelle contamination par le virus VIH quand on ne peut pas utiliser de préservatif et quand on a de sérieux doutes sur le partenaire sans pouvoir lui imposer quoi que ce soit.

 

Cette situation, elles sont des millions de femmes à la vivre dans le monde, souvent dans des pays pauvres. Le mari est devenu travailleur migrant, loin du foyer parfois pendant des années. La femme n’a pas d’autres partenaires, mais le mari vit rarement dans une réclusion monacale. Et quand il revient au pays, pas question de lui imposer un test de dépistage et encore moins la capote ! D’ailleurs, si elle osait demander cela, l’épouse se verrait retourner le doute et son mari aurait beau jeu de lui reprocher une infidélité quelconque.

 

C’est en pensant à ces femmes que de nombreux essais sont conduits à travers le monde avec des gels dits microbicides. Ces gels, appliqués dans les voies génitales, ou par voie rectale, avant un rapport sexuel, devraient, idéalement bloquer le virus VIH pour qu’il ne puisse pas pénétrer dans les cellules de la paroi vaginale.

 

C’est le même principe que les gels spermicides utilisés pour un but contraceptif.

 

Mais jusque là, les efforts pour mettre au point un tel produit n’ont pas été couverts de succès, loin s’en faut.

 

A Montréal, plusieurs études concernant ces gels ont été présentées.

 

L’une concerne un travail sur l’animal, le macaque femelle plus exactement.

Les chercheurs ont utilisé un gel contenant un antirétroviral, le tenofovir (TFV)  et l’ont comparé à un second gel contenant le tenofovir associé à un autre antirétroviral, l’emtricitabine (FTC). Un groupe recevant un gel placebo a complété l’étude et un groupe sans gel

 

Ces gels ont été appliqués dans le vagin des femelles  trente minutes avant l’instillation dans les voies génitales d’une solution contenant le virus SIV, l’équivalent simien du VIH.

 

Les singes qui ont reçu le gel à base de TFV ou la combinaison TFV-FTC n’ont pas été infectés malgré vingt instillations de rang. Dans les deux autres groupes, 10 des 11 macaques ont été infectés.

 

Les résultats ont été identiques entre le gel TFV et le gel en combinaison. Cela signifie que la combinaison n’est donc pas nécessaire. Utiliser un seul antiviral minimise le risque d’effets secondaires et le risque d’apparition de résistances.

 

 

LE COURANT PASSE

 

 

La deuxième étude concerne cette fois des femmes africaines vivant en Afrique du Sud, au Malawi, au Zimbabwe et aux Etats-Unis.

 

Elle a inclus 3099 femmes réparties en quatre groupes. Un groupe n’a reçu aucun gel, un deuxième groupe a reçu un gel placebo, un troisième groupe a reçu un gel baptisé BufferGel®, un produit gélifiant aux propriétés spermicides et microbicides en laboratoire. Enfin le dernier groupe a reçu le gel PRO 2000 concentré à 0,5%. Ce gel a montré ses capacités à bloquer le virus VIH expérimentalement. Il contient des substances avec une charge électrique négative. Ces substances vont attirer des particules de l’enveloppe du VIH porteuses de charges électriques positives.

 

Les femmes ont été suivies en moyenne pendant 20,4 mois. Plus de 93 % sont allées au bout de l’étude, elles ont été 81 % à utiliser les gels régulièrement. Elles ont été 73 % à utiliser concomitamment un préservatif (80 % dans le groupe sans gel) et 69 % à utiliser le gel seul, sans préservatif.

 

Le taux de grossesse a été de 12 % dans les différents groupes.

 

En ce qui concerne la contamination par le virus VIH, le pourcentage en fonction des groupes est le suivant :

2,7 %  pour le gel PRO 2000

3,9 % dans le groupe placebo

4 % dans le groupe sans gel

4,1 % dans le groupe BufferGel

 

Si on compare le groupe gel PRO 2000 au groupe sans gel, le risque relatif est de 0,67, soit une réduction de 33 % du risque de contracter le VIH.

Quand on affine l’analyse et qu’on considère les femmes ayant utilisé le gel de façon importante et peu le préservatif, on va jusqu’à 36 % de réduction du risque.

 

Statistiquement, ces résultats ne sont pas significatifs, mais ils frôlent la limite qui sépare un résultat négatif d’un résultat positif.

 

Il s’agit donc indéniablement d’une voie de recherche encourageante. D’ailleurs un essai de plus grande ampleur est en cours en Afrique du Sud.

 

Mais le gel n’a eu aucune action contraceptive pas plus qu’il n’a empêché la transmission de certaines infections génitales qui sont autant de facteurs favorisant la contamination par le VIH.

 

Ces gels seront donc d’un usage probablement limité mais permettront cependant à un certain nombre de femmes n’ayant aucun moyen d’imposer une protection à leur partenaire, de limiter le risque de contracter le virus VIH.

 

 

 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à VIH/SIDA CROI 2009 : la piste du gel préventif se réchauffe avec HPTN 035.

  1. jeab dit :

    oui c est une super nouvelle mais pour les femmes seropos avec une charge virale indetectable et qui veulent lacher le preservatif de temps en temps avec leur compagnon seronegatif est ce que çà sera vraiment une solution efficace ?

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