Lits de reanimation : un manque de places dramatique.

La mort d’un patient pris en charge par le SAMU de l’Essonne et qui n’avait pas trouvé de lit dans les hôpitaux de Paris et de la région parisienne montre qu’entre l’affichage officiel et la réalité de terrain, il y a quelques différences.
 
«  Cela fait un bout de temps qu’on n’offre plus à certains malades les soins optimaux que leur état requiert pourtant en urgence ».
 
Cette phrase terrible, c’est un grand professionnel de l’urgence qui me l’a confiée ce matin alors que je l’interrogeais au sujet du décès d’un patient le week-end dernier.
 
C’est dans la nuit du 27 au 28 décembre que s’est produite cette triste histoire. Un homme de soixante ans, en détresse respiratoire a été pris en charge par le SAMU 91.
 
Ce patient nécessitait une prise en charge dans un service de réanimation mais, pour son malheur et malgré 27 services contactés par les médecins régulateurs, aucune place n’était disponible à Paris, ou en Ile de France.
 
Quand une place se libère enfin, au CHU Lariboisière à Paris, à 06h30 le dimanche matin, le patient est transféré et meurt à son arrivée.
 
Rien ne permet de dire si une hospitalisation plus précoce aurait sauvé le patient, mais la question n’est pas là.
 
Il y a un affichage officiel qui dit qu’aucun service de réanimation n’est fermé. La réalité est tout autre.
Car, certes, les services sont ouverts, mais un certain nombre de lits au sein de ces services sont fermés notamment en ces périodes de fêtes.
 
On réduit la voilure en ces périodes parce que l’activité chirurgicale est réduite, notamment pour ce qu’on appelle la chirurgie « froide », celle qui concerne des interventions prévues et non urgentes.
 
Mais tous les hôpitaux n’ont pas la possibilité de disposer de deux services distincts, l’un de réanimation médicale, l’autre de réanimation chirurgicale.
 
Et il y a aussi la difficulté permanente de trouver du personnel pour ces services, des professionnels hautement qualifiés et qui savent gérer des patients « lourd ».
 
Le résultat de tout cela c’est que, par exemple, dans la nuit du 28 au 29 décembre il n’y avait aucune place disponible dans les services de réanimation à Paris, dans les Hauts-de Seine où le service de l’hôpital de St-Cloud était carrément fermé. Pas de place non plus dans l’Essonne, la Seine-et-Marne, les Yvelines, le Val d’Oise et le Val-de-Marne.
 
Pire encore, les solutions habituelles de repli étaient impossibles car il y avait zéro place à Troyes, Reims, Auxerre, Sens, Amiens et Montargis.
 
Les services de réanimation sont des structures qui coûtent cher en soins et personnels. Il est donc tentant pour les administrateurs des hôpitaux de fermer quelques lits en pensant sauver quelques deniers.Le nouveau mode de tarification à l’activité, la T2a, met une pression certaine sur les directeurs d’hôpitaux qui vont , pour certains, ne pas hésiter à fermer des lits et à ne pas remplacer des personnels pour tenir les objectifs.
 
Mais le problème c’est que ces services accueillent des patients dont la dégradation de l’état de santé est souvent impossible à prévoir. Autant on peut « vider » un service de médecine ou de chirurgie à l’approche de vacances, autant il est impossible de faire de la place en « réa ».Comment prévoir l’imprévisible ?
 
Et cette pénurie de lits est hautement préjudiciable aux malades. car, les heures perdues par les coordinateurs à chercher de la place c’est autant de retard à une prise en charge adéquate. Même bien traité dans un box d’urgences, un patient relevant de la réanimation perd des chances par rapport à son hospitalisation dans un service adéquat.
 
Même s’ils ne se répandent pas tous dans la presse, nombreux sont les médecins réanimateurs et urgentistes qui sont confrontés quotidiennement à des problèmes dramatiques de prise en charge des patients.
 
On peut accuser le bouillant président de l’Association des médecins urgentistes de France, de faire de l’agitation politique.
 
Mais la réalité est têtue et dire que l’hôpital public ne manque pas de moyens résiste très mal à la confrontation avec la réalité.
 
 
Petite précision de bas de page :
 
Depuis ce matin, on parle de « malaise cardiaque ». ce patient diabétique a , en fait, été victime d’une détresse respiratoire, grande urgence nécessitant un placement en réanimation.
Les accidents cardiaques et la nécessité d’une dilatation coronaire sont intervenus secondairement.
La place de ce patient n’était donc pas dans un service de soins intensifs cardiaques, comme le pensent certaines personnalités, mais bien dans un service de réanimation médicale.
Or, il n’y avait aucune place vacante à l’heure où ce patient avait besoin d’être admis dans une telle structure.
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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5 réponses à Lits de reanimation : un manque de places dramatique.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A IDE :

    Parfaite analyse. Pas de place en aval c’est souvent la réalité, comme pour les patients victimes d’AVC et qui stagnent dans les lits de neurologie.

    Et le public ne sait pas toujours que derrière le vocable de « lit » se placent aussi des femmes et des hommes. Ainsi il faut deux infirmières pour cinq lits de réanimation selon les textes officiels.

  2. IDE Beaune dit :

    Je pense qu’il y a aussi un problème de places en aval; je travaille dans un petit service de réanimation polyvalente; et certains patients, par manque de places en médecine, restent en réa, alors que d’autres patients ont besoin de lits de réanimations
    (un lit de réanimation = 1200 à 1700 ? PAR JOUR)

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

     

    Je pense, en effet, qu’il aurait été plus judicieux de mentionner les diverses qualités de cet intervenant.

  4. Galichet dit :

    Une réaction sur la façon dont france 2 a traité ce sujet le lundi 29 à 13h. Mme Laborde a reçu le professeur Philippe Juvin, en le présentant comme chef de service des urgences de l’hopital Beaujoin. Elle a omis, volontairement ou non, de préciser qu’il est aussi secrétaire national de l’UMP. Cette info permet de mieux décripter les propos qu’il a tenus, en particulier quand il critique la récuparation politique de certains ( pelloux), il parle en évidemment connaisseur. J’espère que cette façon d’informer ne préjuge pas de l’impartialité de la future tv publique…

  5. Hugo dit :

    ce qui est grave, c’est que la France qui avait un système de santé de qualité est entrain de le perdre volontairement. C’est le vrai scandale du moment ! Seuls les riches pourront se soigner correctement. Quant au trou de le Sécu, on nous ment depuis des années et tout le monde le sait…

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