Cancer : la recherche se met à l’heure des T

Sans cesse à la recherche de nouvelles cibles, les spécialistes du cancer veulent désormais s’attaquer à l’environnement des tumeurs pour mieux les maîtriser. Une voie de recherches dont les retombées pourraient bénéficier à d’autres affections. Des recherches présentées lors d’un colloque international de l’Institut national du cancer le 8 décembre, à Paris.
 
On a commencé par attaquer les cellules cancéreuses, mais en tuant au passage des cellules saines également. Puis sont apparus, récemment, les traitements ciblés visant des récepteurs situés sur les cellules tumorales et capables d’asphyxier les métastases.
 
Un progrès mais pas encore suffisant. Alors, depuis quelques années, les recherches se concentrent sur l’environnement des tumeurs.
 
Car le développement d’un cancer à partir d’un tissu normal entraîne des modifications non négligeables. Les cellules normales sont très « polies » entre elles. Elles se collent les unes aux autres comme les briques d’un jeu de Lego®. Pas de chevauchement, pas d’anarchie.
Elles reposent sur un « socle » qu’elles ne franchissent pas et au travers duquel passent les aliments.
 
Mais la tumeur cancéreuse est beaucoup moins bien éduquée. Les cellules se divisent de façon anarchique, se chevauchent et vont finir par perforer le socle sur lequel elles reposent pour aller envahir les vaisseaux sanguins et disséminer dans l’organisme.
 
Ce qui intéresse les chercheurs c’est ce qui se passe au début de cette cancérisation.
Le tissu qui entoure l’amas cellulaire et qu’on appelle le stroma est un mélange de fibres et de cellules, notamment des cellules de défense, plus précisément des lymphocytes T.
 
Ce sont ces lymphocytes T qui font l’objet de toutes les attentions, surtout ceux qui sont baptisés CD8 et qui sont également dénommés CTL pour Cytotoxic T Lymphocytes, ou lymphocytes T cytotoxiques.
 
Ces cellules sont capables d’attaquer et de détruire d’autres cellules, en particulier toutes celles qu’elles ne reconnaissent pas comme faisant partie de notre organisme de notre « soi ».
 
Et on s’aperçoit que ces lymphocytes T CD8 ont une tendance à ne pas suffisamment réagir dans les processus cancéreux, à subir ce qu’on nomme une anergie.
 
Pourtant, leur rôle est essentiel. Ainsi des travaux menés par l’équipe de Jérôme Galon (Inserm Unité 812) a montré que al présence de certaines formes de CTL, les effector memory T cells ou TEM, permettaient de mieux cerner le pronostic des cancers du colon et du rectum.
 
 
Ca chauffe  pour l’antigene
 
 
On s’est aperçu, en effet, que la présence en grand nombre de ces cellules dans la masse tumorale et dans la périphérie de la tumeur, aux limites des zones envahies, était en faveur d’un cancer de bon pronostic, peu enclin à l’agressivité et à la dissémination.
 
Ces lymphocytes joueraient donc un rôle anti-tumoral essentiel.
 
La question est de savoir comment les renforcer, les doper, les diriger spécifiquement contre des cellules tumorales pour les agresser et les tuer.
 
Les travaux actuels vont dans diverses directions. Certaines cherchent à stimuler les CTL à partir de fragments de cellules tumorales, des antigènes spécifiques des tumeurs.
 
Le but est de mettre ces antigènes « étrangers » au contact des cellules de défense pour que ces dernières aillent ensuite les « chercher » lorsqu’ils sont « affichés » à la surface des cellules cancéreuses.
 
Des techniques de vaccination à base de ces antigènes ont été utilisées mais sans trop de succès. On travaille donc sur des antigènes plus spécifiques, des fragments plus petits mais plus susceptibles de provoquer des réactions immunologiques intenses.
 
D’autres recherches font appel aux cellules dendritiques. Ces globules blancs vont être mis en présence des petits fragments d’antigènes qu’on veut voir devenir des cibles. Les cellules dendritiques les avalent, les digèrent et affichent à leur surface les parties les plus caractéristiques de ces peptides.
 
En croisant la route des CTL, elles vont donc leur présenter ces fragments. Les CTL mémorisent la photo de l’ennemi et attaqueront tout ce qui lui ressemble, et donc les cellules cancéreuses porteuses de ces antigènes anormaux ou mutés.
 
Autre voie étonnante et également en développement, les lymphocytes T modifiés en laboratoire. Des lymphocytes « bioniques » mais qui ne coutent pas une fortune à fabriquer, environ  12700 euros pour dix milliards de cellules, une affaire !
 
Des cellules sont prises chez le patient puis transformés en laboratoire pour les faire s’accrocher à des substances particulières en fonction des cancers à traiter. Ainsi, dans les cancers du pancréas, de l’ovaire et dans les cancers de la plèvre, les mesothéliomes, les cellules tumorales expriment une grande quantité de mesotheline.
 
On peut fabriquer dans un bioréacteur des lymphocytes T avec un récepteur pour la mesothéline et ainsi en faire des missiles capables de fondre sur ces cellules tumorales.
 
On peut même doper ces lymphocytes avec des cellules leur présentant cet antigène.
 
Toutes ces recherches vont bon train, même si on est encore très loin des applications en médecine humaine à grande échelle. Mais des patients sont déjà inclus dans des évaluations.
 
 
Une recherche aux retombées multiples
 
 
Mais le plus fascinant c’est que cette recherche sur l’immunité et les lymphocytes T aura sûrement des retombées au delà du cancer.
 
Car les mécanismes impliqués, notamment le fonctionnement de l’immunité, et la mise au point de stratégies vaccinales concernent des pathologies aussi variées que les maladies infectieuses, les maladies inflammatoires ou auto-immunes.
 

Ainsi, dans le SIDA, les lymphocytes CD8 chargés d’attaquer les cellules infectées par le virus VIH sont incapables de jouer leur rôle. O, s’est aperçu que chez de rares personnes contaminées depuis très longtemps et qui n’évoluaient pas vers la maladie malgré des examens biologiques très perturbés, les CD8 étaient actifs et maintenaient le virus sous contrôle.
 
La recherche de « vaccins thérapeutiques » s’oriente aussi vers la reconstitution de ce pool de cellules T CD8 capables d’aller à l’attaque des cellules porteuses du virus.
 
Dans la sclérose en plaques, les lymphocytes attaquent la gaine de myéline qui enveloppe les nerfs car elle la reconnait comme étrangère. L’hypothèse actuellement admise est qu’une infection virale a pu dérégler le fonctionnement de ces lymphocytes leur faisant considérer comme étrangers leurs propres tissus.
 
Manipuler ces lymphocytes et les « rééduquer » serait donc une piste intéressante.
 
Et le rôle des lymphocytes dans le diabète ou la polyarthrite rhumatoïde ou bien encore dans l’athérosclérose est aussi essentiel.
 
On est donc sur des pistes de recherches qui auront des retombées multiples.
 
Cela illustre bien l’importance d’une recherche multidisciplinaire et décloisonnée.
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Cancer : la recherche se met à l’heure des T

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A COCO :

     

    J’avoue ma grande incompétence en ce domaine.

    Comme vous le dites, les synoviorthèses se font avec des produits radioactifs mais de là à faire le lien je ne peux vous le dire.

    Je pense que le rhumatologue qui vous suit sera très intéressé de se pencher sur la question .

  2. coco dit :

    Bonjour,

    Je suis atteinte d’une polyarthrite rhumatoïde depuis 15 ans et l’année dernière j’ai eu un cancer de la thyroïde. J’ai effectué une cure d’iode 131 au mois de mars 2009. Depuis, je n’ai plus de traitement pour ma PR, quasiment plus de douleurs, mais l’impression que la maladie continue d’évoluer. A la prise de sang, mes syptômes inflammatoires sont inexistants sauf un latex légèrement positif.
    En faisant des recherches sur le net, je m’aperçois que lors de synoviorthèses, les produits injectés sont radioactifs.
    Ma question est de savoir si l’iode 131 a joué un rôle sur mes douleurs. J’ai les articulations qui craquent beaucoup, des semblants de début de poussée de PR, mais plus de réelles pousssées comme avant et celà sans aucun traitement, alors que j’étais sous Anti TNF avant mon cancer.
    Merci

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

    Malheureusement, le cancer ne se résume pas à la cigarette, à l’alcool, aux pesticides ou aux ondes electromagnétiques.

    C’est une maladie complexe contre laquelle des progrès sont faits mais,malheureusement , tous les cancers ne sont pas guérissables.

    C’est terrible de voir partir un proche quand il s’est battu vaillament comme votre oncle.

    Je ne sais que vous dire , la médecine n’ayant pas toujours de solution à offrir.

  4. Anonyme dit :

    on nous parle du tabac ou de l’alcool. moi mon oncle est décédé d’un cancer, il a laissé sa femme et ses trois enfants alors qu’il n’a jamais bu et jamais fumé de sa vie. alors je trouve qu’il y a pire de murir à cause du tabac ou de l’alcool, c’est de souffrir pendant des mois d’un cancer, d’entendre les médecins dirent qu’il va s’en sortir parce qu’i a un corps sain et de le voir mourir petit à petit dans une souffrance atroce, voyant que dans ses yeux il y a pleins d’espoir que les médecins lui donnent pour rien!

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