Maladies cardiovasculaires : les medicaments generiques sont aussi efficaces que les originaux.

 
 
Les médicaments génériques utilisés en cardiologie sont aussi efficaces que les médicaments de marque qu’ils copient. C’est une étude particulièrement bien documentée qui l’affirme aujourd’hui dans l’une des premières revues médicales au monde, le JAMA (1).
 
C’est une obsession que partagent certains cardiologues des deux bords de l’Atlantique : les médicaments génériques seraient moins efficaces que les molécules originales, ce qu’on nomme les médicaments « princeps ».
 
Très récemment, et nous l’évoquions ici, le journal La Croix donnait la parole a certains de ces cardiologues qui, sans aucune preuve ou étude scientifique à l’appui, mettaient en cause ces médicaments. Diverses classes thérapeutiques étaient ainsi concernées et les médecins laissaient entendre que certains de leurs patients étaient moins bien équilibrés en matière de pression artérielle par exemple.
 
En filigrane, donc, les génériques seraient des médicaments risqués pour des patients à risque.
 
Le même discours prévaut chez un certain nombre de cardiologues américains, pays où la prescription de génériques atteint jusqu’à 60 % des médicaments délivrés contre 11 % chez nous.
 
Mais les détracteurs des génériques vont devoir affronter un obstacle de taille, sous la forme d’une publication d’une étude dans la prestigieuse revue médicale JAMA, le Journal de l’association médicale américaine.
 
Aaron S.Kesselheim et ses collègues, spécialistes de pharmaco épidémiologie de l’université Harvard ont procédé à ce qu’on appelle une méta-analyse. Le but est d’agréger les données  d’une série d’études comparables afin, grâce à des méthodes statistiques, d’en déduire un résultat global.
 
Ce sont ainsi 47 études que les auteurs ont revu, études publiées entre 1984 et 2008.
Ces travaux concernaient 9 sous-classes de médicaments utilisés dans des pathologies cardiovasculaires :
 
Beta-bloquants
Diurétiques
Inhibiteurs calciques
Antiagrégants plaquettaires
Inhibiteurs de l’enzyme de conversion
Statines
Alpha-bloquants
Warfarine.
Anti-arythmiques
 
Seuls les essais randomisés contrôlés (81 % des études)  et les études observationnelles ont été pris en compte.
 
Les résultats de cette méta-analyse sont éloquents, notamment en ce qui concerne la bioéquivalence des génériques par rapport aux médicaments princeps. C’est-à-dire la même concentration sanguine après administration.
 
Une équivalence clinique a été retrouvée pour les béta-bloquants dans 7 études sur 7, soit
100 %.  De même pour les statines, 2 sur 2,  les antiagrégants plaquettaires 3 sur 3, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion1 sur 1 et les alpha-bloquants, 1 sur 1 également.
 
En ce qui concerne les médicaments ayant un indice thérapeutique étroit, c’est-à-dire ne permettant quasiment pas de variations, on a constaté une équivalence à 100 %
Pour les anti-arythmiques (1 sur 1) et la warfarine, un anticoagulant, 5 études sur 5.
 
Pour les diurétiques, l’équivalence clinique était retrouvée dans 10 études sur 11 et  dans 5 cas sur 7 pour les inhibiteurs calciques.
 
L’analyse statistique montre qu’il n’y a aucune supériorité des médicaments de marque par rapport aux médicaments génériques dans cette méta-analyse.
 
 
IMPRESSIONS ET PRESSIONS
 
 
Mais les chercheurs sont allés un peu plus loin et se sont intéressés aux écrits des médecins traitant des génériques.
 
Ils ont ainsi examiné un certain nombre d’éditoriaux consacrés aux médicaments génériques dans des revues médicales.
 
Ils ont constaté que dans 53 % des cas (23/43), les éditoriaux donnaient une vision négative des génériques et prônaient le refus de la substitution.
 
L’analyse de ces éditoriaux montre qu’ils reposent souvent sur des anecdotes et des impressions sans aucune base clinique documentée.
 
Mais les auteurs vont encore plus loin, estimant que certaines opinions négatives seraient liées aux intérêts commerciaux et financiers qui lieraient les auteurs de ces textes aux laboratoires pharmaceutiques.
 
Alors que la règle veut que l’auteur d’une étude d’un éditorial ou d’un commentaire déclare ses conflits d’intérêt potentiels, notamment les sommes reçues de l’industrie pharmaceutique à titres divers ou la possession d’action, quasiment aucun éditorial ne donnait ces informations.
 
 
On peut bien sûr trouver de critiques à formuler envers cette méta-analyse. Elle comporte notamment parfois des échantillons très faibles.
 
Mais il n’en reste pas moins que c’est un travail très documenté et conduit sur des bases méthodologiques classiques.
 
On est donc loin des impressions et des rumeurs.
 
Le médicament générique est appelé à se développer pour des raisons économiques et penser qu’en le dénigrant à tous bouts de champ on fera changer les choses relève d’une certaine forme de combat contre les moulins à vent.
 
Sont-ce des médicaments dangereux ou inefficaces pour les affections cardiovasculaires  ? Pour l’instant, jamais aucune preuve n’a été apportée scientifiquement en ce sens.
 
Aujourd’hui, le réel danger, ce n’est sûrement pas le générique. C’est plutôt le désengagement de grands groupes pharmaceutiques de la recherche cardiovasculaire pour des secteurs estimés plus profitables.
 
Plutôt donc que de vouloir d’une certaine façon semer le trouble chez les patients, certains universitaires et d’autres cardiologues devraient user de leur influence et de leur accès aux médias pour faire en sorte que la recherche dans le domaine des maladies du cœur et des vaisseaux ne ressemble pas à un générique de fin.
 
 
 
Référence de l’étude :
 
Aaron S. Kesselheim et al.
 
Clinical Equivalence of Generic and Brand-Name Drugs Used in Cardiovascular Disease
A Systematic Review and Meta-analysis
 
JAMA  2008;300(21):2514-2526
 
 
 
 
(1) Le JAMA, comme toutes les revues médicales , a quasiment comme uniques annonceurs les laboratoires pharmaceutiques.
Mais c’est l’honneur d’une grande revue et tout particulièrement de sa « patronne », le Dr Catherine De Angelis, de publier une telle étude que nombre de revues médicales auraient refusée, par peur de perdre leurs clients.
 
Depuis longtemps, également, le JAMA impose à ses auteurs de révéler leurs liens fianciers avec l’industrie lorsqu’ils publient une recherche ou un commentaire ayant trait à un médicament. 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Maladies cardiovasculaires : les medicaments generiques sont aussi efficaces que les originaux.

  1. Philippe Arvers dit :

    Bonjour.
    Cet article me fait penser à l’inquiétude de nombreux médecins, de neurologues en particulier, quant à l’utilisation d’anti-épileptiques génériques. En juillet dernier, l’AFSSAPS précisait – dans une lettre adressée aux professionnels de santé « Substitution des médicaments anti-épileptiques dans l’épilepsie » :
    – l’efficacité et la sécurité des médicaments génériques n’est pas remise en cause,
    – si la proposition d’un générique suscite de l’anxiété, la prescription d’un non-substituable sera faite.

    Dans Neurology Volume 71(7), 12 August 2008, pp 525-530 « Generic substitution in the treatment of epilepsy: Case evidence of breakthrough seizures. » Berg et collaborateurs précisent que le taux sanguin des principes actifs était moindre (et responsable des crises d’épilepsie) lors du passage au générique.
    Cela signifie que la période de transition doit attirer notre attention et nécessite un suivi autant clinique que biologique, afin de prévenir l’apparition de tels troubles. La posologie peut alors être modulée afin que le traitement soit efficace (tout aussi efficace que le médicament de marque.

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