AHA 2008. JUPITER, la suite : le silence sidéral de la cardiologie française.

La communication médicale et scientifique n’est pas, loin s’en faut, une spécialité des sociétés savantes françaises. Le silence assourdissant qui entoure la sortie de l’étude JUPITER en est une nouvelle démonstration.

Comme il fallait s’y attendre, JUPITER est tombée sur la France ce matin. L’étude américaine qui montre que donner une statine à des personnes apparemment bien portantes est un vrai événement à divers titres.

Mais comme plusieurs d’entre nous l’avons écrit, cette étude pose suffisamment de questions pour qu’on se hâte lentement.

Mais le pas lent de la science et la confrontation des hypothèses est en totale opposition à la marche forcée médiatique et au besoin de l’industrie de capitaliser sur un tel résultat.

Lors de la publication de l’étude dans le New England Journal of Medicine, il y a eu publication simultanée d’un éditorial mettant les données en perspective.

Lors de la présentation de l’étude à La Nouvelle Orléans dimanche, il y a eu des interventions de spécialistes expliquant les points encore nécessaires à préciser avant de tenir cette étude pour le  métre-étalon de la prévention chez les personnes à risque non apparent.

Enfin, l’American heart association, l’AHA organisatrice du congès de cardiologie a publié un long commentaire pour donner sa position.

Ainsi ,les journalistes peuvent faire leur travail avec un peu plus de discernement.

Mais, chez nous de l’autre côté de l’Atlantique, en ces temps d’armistice et d’actuelité calme pour cause de pont, les médias se sont embarqués pour JUPITER.

Mais ils sont bien seuls. Pourtant notre pays compte pas moins de trois sociétés savantes regroupant les cardiologues hospitaliers ou libéraux, la Fédération française de cardiologie, la Société française de cardiologie et le Collège de cardiologie.

Apparemment, aucun de ces trois groupes n’a pu ou su publier un commentaire donnant son opinion sur cette étude, dont l’enseignement majeur sera sans doute d’inclure un jour le dosage de la CRP à côté de celui du cholestérol pour déterminer les sujets à risque.

Rien n’est simple dans cette étude, surtout de donner une opinion tranchée. Personne ne peut, en l’état des données le faire actuellement.

Mais déjà dire cela de la part de sociétés savantes serait une avancée.

L’une des conséquences de ce silence c’est que l’étude scientifique est devenue une étude un tant soi peu marketing.

Déjà des médecins voient dans leur clientèle des personnes leur réclamer « le » médicament.

Et le gagnant est ?

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à AHA 2008. JUPITER, la suite : le silence sidéral de la cardiologie française.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE :

     

    Je suis entièrement d’accord avec vous.

    Si je déplore le silence des « sachants » c’est que cette étude est traduite par le fait qu’il existerait un traitement  préventif « miracle » pour des gens a priori non aà risques !

    Quand on voit un quotidien national mettre en « une » des photos de la boite du médicament, on se dit que le coup a bien marché.

  2. trape dit :

    La première prévention à appliquer n’est pas « chimique » mais « sociétale » et doit s’intéressait au mode de travail (stress), au mode alimentaire, au mode de déplacement, au mode de vie…etc avant de prôner une chimiothérapie. Mais il vrai que faire un peu de sport ou un peu de cuisine demande plus d’effort que d’absorber un petit comprimé, symbole du pouvoir suprême. Les conduites dopantes appartiennent à notre inconscient collectif .

  3. Inn dit :

    Questions :

    1. quel financement public pour les études complémentaires demandées en particulier sur la CRP US ?
    2. quelle indication demandée par le labo aux autorités ?
    3. quelle position la commission de la transparence va adopter (SMR Important ? et surtout ASMR niveau V ==> Conseil d’état ?)
    4. Comment et combien nos acheteurs (CEPS) vont ils recompenser l’innovation apportée par des financements privés ?
    5. Quelle va être la limite de la stratégie tout générique (action CNAMTS actuelle) – simva/prava = rosuva ?

    Au delà du politique et du mercantile, c’est aussi et surtout le pouvoir administratif qu’il serait important d’interviewer.
    Je crois comprendre que certains sont présents actuelement à la N-O.
    Ce silence est déjà éloquent.

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