La douleur dans la dépression : une réponse inadaptée du cerveau.

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Les personnes déprimées ont une grande souffrance, on le sait. Elles se plaignent aussi souvent de douleurs sans qu’on comprenne bien pourquoi ces phénomènes douloureux sont si intenses. Mais une étude américaine lève une partie du voile sur ce mystère. C’est dans la tête, mais au vrai sens du terme.
 
Le cerveau des dépressifs répond mal et trop puissamment aux sensations douloureuses. C’est ce que montre une étude publiée cette semaine dans la revue  Archives of General Psychiatry 
 
Tous les médecins qui voient des dépressifs dans leur consultation sont confrontés à des demandes de ces patients pour prendre en charge des phénomènes douloureux souvent exacerbés.
 
 
Une demande qui reste mystérieuse car l’origine des douleurs ne paraît pas toujours évidente.
Pourtant ces douleurs chroniques surviennent chez trois quarts des patients pris en charge pour dépression.
 
De la même façon, les personnes souffrant de douleurs chroniques peuvent présenter de façon non négligeable des signes de dépression. On estime même entre 30 et 60 % la fréquence de ces signes dépressifs chez les douloureux chroniques.
 
Une équipe de l’université de Californie à San Diego s’est donc penchée sur la question.
Ils ont examiné deux groupes de 15 personnes chacun.
 
Le premier groupe était constitué de 15 jeunes adultes, 24 ans et demi de moyenne d’âge, et qui souffraient de dépression majeure sévère pour laquelle ils ne recevaient pas de traitement médicamenteux.
 
Le deuxième groupe était constitué de 15 jeunes adultes en tous points comparables mais non dépressifs.
 
Les dépressifs ont rempli un questionnaire destiné à évaluer leu attitude face à la douleur pour évaluer leur tendance à majorer l’intensité de la perception, à ruminer leur malheur, à se sentir désarmé face à elle.
 
On a alors soumis les deux groupes à un examen appelé IRM fonctionnelle, une technique qui permet « d’éclairer » les diverses zones du cerveau en fonction de leurs sollicitations.
 
On leur a fait subir un test thermique soit à une température « douloureuse » de 46,4 °c, soit à une température non douloureuse. Avant chaque épreuve on les informait avec un indice : rouge si c’était chaud, vert dans l’autre cas.
 
Par rapport aux sujets non dépressifs, le groupe de patients a réagi de façon différente avant et pendant les stimulations.
 
Avant stimulation et lors de la présentation de l’indice rouge, les structures cérébrales des dépressifs et en particulier une région appelée amygdale droite, ont montré une augmentation de l’activation. L’amygdale est impliquée dans les phénomènes de peur en particulier.
 
Pendant la stimulation, douloureuse, la région amygdalienne a là encore été très activée chez les dépressifs alors que des zones censées jouer un rôle modulateur en adaptant la sensibilité à l’intensité de la douleur, étaient au contraire en « sous-régime ».
 
Cette hyperactivation de l’amygdale cérébrale droite était corrélée aux résultats du questionnaire rempli avant l’épreuve. Ceux qui se sentaient les plus démunis face à la douleur étaient les mêmes dont l’amygdale réagissait le plus intensément.
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Il semble que le dépressif soit dans une sorte d’état d’hypervigilance quand il perçoit une menace de phénomène douloureux, expliquent les auteurs.
 
Cet état compromet la bonne qualité de la réponse ultérieure en jouant sur les phénomènes de modulation et de régulation.
 
Tous les mécanismes et dysfonctionnements impliqués dans les phénomènes douloureux perçus par les dépressifs sont loin d’être élucidés.  On ne comprend pas encore, par exemple, comment ils peuvent éprouver une douleur après une stimulation non douloureuse.
 
Mais cela montre qu’il faut bien prendre en compte cette douleur et la différencier de la souffrance.
 
C’est d’ailleurs ce que fait la Bible qui dit « Tu enfanteras dans la souffrance » et que nos sociétés ont, pendant des siècles traduit par « douleur.
 
Une explication au fait qu’on ait mis si longtemps à prendre en compte la lutte contre la douleur qui était considérée comme intouchable, puisque « punition divine ».
 
 
 
 
Références de l’étude:
 
Irina A. Strigo et al.
Association of Major Depressive Disorder With Altered Functional Brain Response During Anticipation and Processing of Heat Pain
Arch Gen Psychiatry. 2008;65(11):1275-1284
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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6 réponses à La douleur dans la dépression : une réponse inadaptée du cerveau.

  1. Henri Labelle, B.Sc. Psychothérapeute dit :

    Il est vrai que dans ma pratique, j’ai remarqué un fort lien entre les troubles dépressifs qui perdurent et l’apparition de douleurs chroniques. D’où l’importance d’un suivi par une équipe multidisciplinaire dans ces cas.

    Henri Labelle, B.Sc. Psychothérapeute
     

  2. Catherine dit :

    Merci pour une approche scientifique et rationnelle de cette maladie appelée bizarrement "dépression". Si le vécu du patient joue un rôle loin d’être négligeable, il ne faut pas mettre de côté le biologique, le chimique …
    Souffrant d’une dépression diagnostiquée comme récurrente depuis… je n’ose plus compter les années, j’ai 44 ans et j’ai dû renoncer à une vie "normale": je ne travaille plus (j’étais cadre, avec des responsabilités et j’ai éprouvé un vrai bonheur dans mon métier)et tout m’épuise. Et je m’achemine vers de l’invalidité…
    Je suis souvent meurtrie par la façon dont cette maladie est perçue dans notre société… on ne parle pas de dépression sur le même ton ni avec la même approche qu’un cancer, une affection virale… Et pourtant que de souffrances physiques et morales ! Et que d’approches idéologique et autoritaire de la part de certains professionnels (psychothérapeutes, psychiatres, médecins généralistes, médecins du travail…) qui vous font plus de mal qu’autre chose ! Mais ouf! il y a aussi d’excellents professionnels (psychiatres, médecins généralistes…) dont l’humanité est, me semble-t-il, d’abord, la meilleure approche.
    Se soigner semble possible dans certains cas; me soulager est désormais mon objectif. La vie peut être sympa malgré tout: amis vrais découverts au détour de cette épreuve, autre rythme de vie à construire, se découvrir avec des compétences inattendues… Se respecter soi même. Bannir de son entourage ceux qui vous "vampirisent" ou vous "condamnent". Se préserver et tenter de prendre avant tout les bons côtés de la vie, de se construire son petit bonheur. La vie est si courte !

  3. Anonyme dit :

    jaie 62 ans jaie eu beaucoup de ^roblème mais parents decedè a 2 ans t’intervale mon mari qui ma trahie mon fils qui a une maladie tres grave et mon neveus decedè a 33 ans maintenant mon beau frere a 48 ans deprèsions tenttative de suicide plusieur fois et toujour cette envie de mourir je suis seule mais 3 enfants etant marièr pour moi la vie n’a plus d’importence ces un appel au secour merçi de me repondre

  4. bubul01 dit :

    Les souffrances qui causent des maladies viennent de l’enfance, on sait aujourd’hui que les maltraitances détruisent les cellules du cerveau, détraquent le fonctionnement normal du cerveau, mais on ne veut pas le savoir pour ne pas accuser les parents.

    Voir:
    http://www.alice-miller.com/trac...

    "Les racines de la violence ne sont PAS inconnues
    Le cerveau malmené et les émotions bannies

    Mardi 09 septembre 2008
    Traduit en Français par Béatrice Anceaux.

    Les constats :

    1 ? Le développement de notre cerveau dépend de ce que l’on a subi. Le cerveau se structure dans les 4 premières années de la vie, selon les expériences que l’environnement offre à l’enfant. Ainsi le cerveau d’un enfant dont le vécu est essentiellement empreint d’amour se développera différemment de celui d’un enfant qui aura été traité cruellement.

    2 ? La quasi-totalité des enfants de notre planète sont battus dans les premières années de leur vie. Ils apprennent dès le début la violence et cette leçon est inscrite dans leur cerveau. Aucun enfant ne naît violent. La violence n’est PAS génétique. Elle existe parce que les enfants battus font usage, dans leur vie adulte, de la leçon intégrée par leur cerveau.

    3 ? Comme les enfants battus ne sont pas autorisés à se défendre, ils doivent supprimer leur colère et leur rage contre leurs parents qui les ont humiliés, qui ont tué leur empathie innée et qui ont insulté leur dignité. Ils sortiront cette rage plus tard, en tant qu’adultes, sur des boucs émissaires et surtout sur leurs propres enfants. Dépourvus de leur empathie, certains vont diriger leur colère contre eux-mêmes (à travers les désordres alimentaires, la dépendance aux drogues, la dépression etc) ou contre d’autres adultes (à travers les guerres, le terrorisme, la délinquance etc).

    Questions/Réponses :

    Q : C’est sans se poser de questions que les parents battent leurs enfants pour qu’ils obéissent. Personne, hormis une petite minorité, ne proteste contre cette dangereuse habitude. Pourquoi ce schéma si évident (celui de victime trompée à celui d’auteur d’abus) est-t-il totalement ignoré de par le monde entier ? Pourquoi même les Papes, responsables du comportement moral de tant de millions de croyants, n’ont-t-ils jusqu’à présent jamais informé ces derniers que battre les enfants est un crime ?

    R : Parce que nous avons presque TOUS été battus et que nous avons tous dû apprendre très tôt que ces actes cruels seraient normaux, anodins et même bons pour nous. Personne ne nous a jamais dit qu’il s’agissait là de crimes contre l’humanité. Cette leçon erronée, immorale et absurde a été inscrite dans nos cerveaux en développement. Ceci explique la cécité émotionnelle qui gouverne le monde.

    Q : Pouvons-nous nous affranchir de la cécité émotionnelle que nous développons dans l’enfance ?

    R : Nous pouvons, au moins jusqu’à un certain degré, nous libérer de cette cécité en osant ressentir nos émotions réprimées y compris notre peur et notre rage interdites contre nos parents qui nous ont souvent terrorisés pendant ces longues années qui auraient dû être les plus belles de notre vie. Nous ne pouvons rattraper ces années. Mais en affrontant la vérité nous pouvons transformer notre enfant intérieur empli de peur et de déni en un adulte bien informé et alors responsable qui a enfin regagné son empathie dont on l’avait si tôt dépossédé. En devenant des personnes bien informées, nous ne pouvons plus nier le fait que: battre les enfants est un acte criminel qui devrait être interdit sur la planète entière.

    Conclusion :

    Prendre soin des besoins émotionnels de nos enfants veut dire bien plus que leur donner une enfance heureuse. Cela veut dire permettre aux cerveaux des futurs adultes de fonctionner d’une façon saine et rationnelle exempte de perversion et de folie. Forcer à apprendre dans l’enfance que battre les enfants est sans aucun doute bon pour lui, est la leçon la plus absurde et la plus déroutante qui a les conséquences les plus dangereuses. Cette leçon adossée au fait d’être coupé de ses véritables émotions crée les racines de la violence.

    http://www.alice-miller.com
    © 2008 Alice Miller"

  5. Anonyme one dit :

    le problème n’est pas de savoir si ils souffrent plus que les autres, la question est de savoir si ils ont un problème de santé, un point c’est tout…. Je sens bien l’ambiance ambiante qui tenderait à faire cupabiliser les gens dépressifs, mais de quoi se plaignent-ils et en plus ils coûtent de l’argent ! Et en plus avec ce genre de conception, on installe les gens dépressifs dans une situation d’incompris, ce qui n’améliore pas le problème…

  6. Le probleme des douleurs des depressifs, c’est que leur entourage, les entendant se plaindre constament, n’en font plus cas et mettent cela sur le compte d’un besoin de se plaindre.
    Ce qui donne l’impression au depressif d’etre encore plus isolé…

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