Santé des navigants : décalage, décollage et radiations.

 
Si, comme Jacques Dutronc vous avez, toute votre vie, rêvé d’être une hôtesse de l’air, sachez que ce métier n’est pas sans risque pour la santé. Une notion que les députés qui ont choisi d’allonger la durée de travail des personnels navigants ignorent sans doute.
 
 
 
C’est un mythe pour beaucoup, plus qu’un métier. Quand on prend l’avion épisodiquement, surtout pour les vacances, on envie les personnels navigants qu’ils soient dans le cockpit ou en cabine. Pays lointains, voyages fréquents etc.
 
Cette vision un peu simple cache en fait une réalité pas obligatoirement toujours amusante.
Bien évidemment, il y a pire, mais, contrairement à l’imagerie d’Epinal, le travail des navigants a aussi ses inconvénients.
 
Il y a les désagréments qu’on peut qualifier de mineurs, comme l’air sec recyclé des cabines.
Mais il existe aussi des risques plus sérieux. Ainsi la répétition, surtout sur des rotations courtes, des phases de décollage-atterrissage qui entrainent des variations de pression. Si, pour une raison quelconque, un rhume par exemple, la caisse du tympan se trouve être mal aérée, ces variations de pression peuvent entrainer une otite dite barotraumatique particulièrement douloureuse et qui peut provoquer des dégâts sur l’oreille moyenne.
 
Ces mêmes variations ne seraient pas non plus sans conséquences sur l’œil, en particulier quand la rétine est fragilisée.
 
Plus problématique est la rupture de ce qu’on appelle le rythme circadien, l’alternance veille-repos. Voler d’un continent à l’autre ou même à travers un vaste pays entraine des décalages horaires qui ne sont pas anodins du tout.
 
Le touriste occasionnel qui va aller d’un côté à l’autre de l’Atlantique va mal dormir surtout au retour, dans le sens Ouest-Est. Mais pour les navigants, cela se reproduit sans cesse.
 
Cette rupture du rythme circadien se traduit pas un déséquilibre dans la sécrétion d’un médiateur très important produit par l’épiphyse, qu’on nomme aussi glande pinéale.
 
Ce médiateur c’est la mélatonine, qui synchronise notre horloge biologique et dont on pense aujourd’hui qu’elle joue un rôle très important dans la protection contre le développement de tumeurs. D’ailleurs, une étude suédoise a montré que les aveugles, qui fabriquent de la mélatonine en permanence, avaient moins de cancers que la population générale.
 
Cette sécrétion contrariée de mélatonine expliquerait peut-être la raison pour laquelle on retrouve un risque plus élevé de cancers du sein chez les personnels navigants féminins.
 
Autre exposition non négligeable, celle aux rayonnements cosmiques qui pénètrent l’appareil.
Ces rayonnements agissent sur l’ADN des cellules.
On sait depuis quelques années que le risque de mélanome, un cancer de la peau est également retrouvé en excès chez les navigants. Une relation qui n’a rien à voir avec des séances prolongées autour de la piscine comme le voudraient des mauvais esprits.
 
Allonger de cinq ans la période de travail de ces personnels c’est donc les exposer d’autant à des risques environnementaux encore mal cernés.
 
 
Il y a parmi les parlementaires français beaucoup de médecins et de professionnels de santé, presque 15 % des parlementaires.
 
Il serait intéressant qu’ils se penchent justement sur les conditions d’exercice d’une profession avant de se prononcer sur des modifications de périodes de travail.
 
C’est vrai pour les navigants, c’est vrai également dans d’autres métiers dont la pénibilité ou l’exposition à des agents toxiques n’est pas sans conséquences sur la santé.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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9 réponses à Santé des navigants : décalage, décollage et radiations.

  1. riviere dit :

    Et ne parlons pas d’autres facteurs comme l’activité physique dans environnent sec, les vibrations constantes, l’espace confiné, la pression passagers, les nuits blanches, la nourriture pas toujours très saine, et les postures lors des manipulations dans des offices exigus. Et je dois en oublier comme les séjours dans des pays chroniquement instables

  2. Daret dit :

    Bonjour
    Je me permet d apporter mon témoignage sur ce sujet .j ai été Navigante à air france pendant 32 ans sur Longs courriers et ai fini ma carrière le 1/11/2002 et mon cancer du sein a été détecté le 12/11/2002 .Periode très difficile avec chimiothérapie et radiothérapie , une année que L on espère oublier très vite mais qui s est compliqué par L apparition du Lymphodeme du bras dit  » le gros bras » !! Je peux témoigner du nombre important de mes collègues retraitées comme moi qui sont touchées par cette pathologie , dans une tranche d âgé de 50 à 72 ans ( ayant moi même 70 ans )
    Je pense que que la reponse du service oncologie( ou j ai été traité)  » pas de chance  » est guère satisfaisante .. Les questions relatives à ma profession ont été très vites passées !
    Quand on voit effectivement les conséquences qui peuvent découler d’ une reconnaissance officielle de ces problemes de santé par les Compagnies aériennes vis à vis de leurs salariés on réalise la loudeur de leur silence
    Bien cordialement

    • docteurjd dit :

      Je partage votre opinion. Des études qui portent malheureusement sur trop peu de personnes montrent une association entre votre mêtier et la survenue de cancers du sein. Les décalages horaires, les radiations et d’autres facteurs sont sûrement impliqués. On retrouve cela chez les femmes travaillant la nuit en horaires décalés .

      Mais faite de mise en commun des données par les compagnies il est difficile de mener des études épidémiologiques correctes

  3. Maximus dit :

    Ce n’est pas le point de vue de la CRPN qui a deja mené des enquetes poussées sur le sujet…
    http://www.pnc-contact.com/2013/11/10/les-navigants-vivent-vieux-13495
    Bons vols !

    • docteurjd dit :

      Dans cet article de 2008 je rapportais divers travaux scientifiques.
      Vous pouvez toujours les contester mais depuis d’autres études se sont penchées sur la santé des navigants dans le monde. mais peut-être que comme pour le nuage de Tchernobyl, les effets décrits ne traversent pas la paroi et les hublots des avions dont l’immatriculation commence par F

      • Maximus dit :

        Quoi qu’il en soit la caisse de retraite des navigants est assez bien placé pour connaitre l’age moyen de ses affiliés et il est clair que les navigants français vivent plus longtemps que le reste de la population. Cela ne signifie pas qu’ils sont en très bonne santé mais en tout cas il vivent plus longtemps…

        • Fanny dit :

          Au départ nous sommes sélectionnés par visite médicale. Nous sommes en meilleure santé que le reste de la population. Il serait intéressant de comparer les navigants à une autre population sélectionnée et suivie comme la notre.

  4. Veronique dit :

    On vole comme des malades, presque toutes les destinations une nuit à l’escale, pas assez de jours de repos, vols de nuit, pas toujours de crew bank( lits pour personnel navagant), mais quelques heures de repos dur un ‘ siège confort’, donc à moitié plié!
    Vraiment les conditions de travail sont devenus pitoyable au fil des années ! Les compagnies économisent sur tout pour baisser leur prix et faire face à la concurrence unclu sur la santé du personnel !

  5. NATACHA dit :

    le problème c’est qu’une étude poussée sur notre métier mettrait en évidence les risques et obligerait les compagnies aériennes à donner davantage de repos et à payer davantage.
    ça ne les arrange pas du tout….
    Nous les navigants sentons bien qu’on est de plus en plus fatigués, qu’on a des problèmes de concentrations, des problèmes de repos, d’oreilles etc C’est d’autant plus vrai dans les grosses compagnies dans lesquelles le rythme ne faiblit jamais.
    Les cancers on nous en parle jamais.
    Pnc LC af

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