VIH/SIDA : un virus probablement centenaire.

C’est une bien mauvaise nouvelle pour les professionnels du complot et de la conspiration. Une étude publiée dans la revue britannique Nature confirme que le virus HIV est bien né en Afrique au plus tard en 1933.

Pour essayer de savoir quand le virus VIH est apparu chez l’homme à partir d’un virus de chimpanzé, on ne disposait que d’un prélèvement remontant à 1959 et baptisé ZR59, car il provenait d’un patient dont le sida avait été formellement authentifié et qui vivait au Zaïre , devenu aujourd’hui la république démocratique du Congo.

Pays qui avant l’indépendance était connu sous le nom de Congo belge et dont la capitale, Kinshasa s’appelait alors Léopoldville.

A partir de ce prélèvement de 1959, les chercheurs avaient déterminé que le virus était arrivé chez l’homme en Afrique centrale et occidentale vers 1930. L’origine de ce virus était simienne, plus précisément du chimpanzé, espèce pan troglodytes troglodytes.

La contamination semble s’être faite à l’occasion d’actions de chasse, le virus étant alors transmis par l’intermédiaire de plaies sanglantes de l’animal à l’homme.

Cette hypothèse se trouve aujourd’hui renforcée grâce à des travaux publiés dans la revue Nature par une équipe internationale.

Ce sont divers prélèvements récupérés à Kinshasa qui ont permis de faire cette recherche.

Plus précisément un ganglion prélevé en 1960 dans la Léopoldville coloniale chez une femme et conservé depuis dans un milieu spécifique.

Grâce aux techniques récentes de biologie moléculaire, les chercheurs ont pu retrouver dans ce ganglion des ARN viraux, c’est-à-dire le programme génétique du VIH.

Et leurs constatations sont étonnantes. Par une méthode extraordinairement sophistiquée et qui fait appel aux super ordinateurs du centre de recherches nucléaires de Los Alamos, aux Etats-Unis, ils ont pu construire une sorte de calendrier à rebours.

Ils ont ainsi pu, avec une certaine robustesse, obtenir des informations sur ce virus et sur le VIH plus généralement.

Première découverte étonnante : bien que quasiment contemporain du premier isolat ZR 59, cette souche baptisée RDC60 présentait des variations très importantes par rapport à cette souche.

Cela veut dire que quelques dizaines d’années seulement après son « humanisation », le virus VIH avait déjà subi des transformations et des mutations qui expliquent pourquoi il est si dangereux et difficile à combattre, tant ses « visages » sont multiples.

Pour les puristes, ce prélèvement DC60 montre un virus appartenant au sous-groupe A, une branche de la forme primitive du VIH appelée M.

La deuxième information majeure, c’est que grâce à une technique de calcul statistique dans laquelle des dizaines de millions de scénarios sont envisagées et calculés, on retrouve une date d’apparition du VIH qui se situe avant 1933, probablement entre 1908 et 1921. La branche basse de la fourchette le situerait même peut-être dès 1884.

Le virus est donc probablement apparu au Cameroun et dans les régions avoisinantes. Sa progression a été plutôt lente jusqu’à ce que l’économie coloniale fasse se développer des villes de grande taille. Avant 1930, aucune grande cité de la région ne dépassait les dix milles habitants. L’explosion urbaine qui s’est ensuife produite a offert au virus une formidable possibilité d’expansion.

La naissance des voyages aériens, les flux migratoires liés aux raisons économiques ou aux conflits armés ont ensuite brassé des populations et permis une fois d plus la flambée de l’épidémie.

Ce travail scientifique de grande qualité va certainement susciter des commentaires hostiles chez ceux qui, depuis des années, voient dans l’épidémie de sida l’œuvre de laboratoires le plus souvent militaires et américains en général.

Comme le dit la série « X Files » : « la vérité est ailleurs ».

Je conseille donc à ces amis du complot de ne pas lire cet article, particulièrement ardu au demeurant.

Pour les autres, surtout ceux qui peuvent accéder à la revue, je donne, comme d’habitue les références de l’article en bas de page.

Il y a sûrement des centaines de prélèvements faits dans les années 50 dans les grandes villes africaines et qui sont suffisamment bien conservés pour permettre d’aller y rechercher des traces du VIH.

Plus on aura ainsi de sources, mieux on remontera à l’origine de ce virus. Une recherche pas seulement pour l’histoire car on sait que les risques de rencontre entre d’autres virus de singe et du virus humain VIH sont quotidiens dans nombre de zones forestières en Afrique

Comprendre comment se fait la bascule permettra peut-être d’avoir à disposition des systèmes d’alerte pour l’avenir.

Références de l’article

Michael Worobey et al.

Direct evidence of extensive diversity of HIV-1 in Kinshasa by 1960

Nature 2 October 2008, volume 455 P 461-464

doi: 10.1038/nature07390

[[Lire le communiqué de l’Institut national de la Santé américain

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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