Infection à CMV : un dépistage systématique des femmes enceintes ne serait pas efficace actuellement.

Le dépistage de l’infection par le cytomégalovirus n’est pas proposé aux femmes enceintes en France. Une association voudrait que cela change. Mais en l’état actuel, ce dépistage n’apporterait rien de plus.

Ce sont deux affections qu’on pourrait qualifier de « jumelles ». La toxoplasmose et l’infection à cytomégalovirus, ou CMV, ont beaucoup de points communs. La moitié de la population rencontre le parasite ou le virus sans trop sans rendre compte et c’est souvent à l’occasion d’examens sanguins qu’on s’aperçoit qu’on a des anticorps, preuve que l’organisme a rencontré et vaincu l’intrus.

Mais il y a au moins un moment de la vie où ces deux infections revêtent un tout autre caractère, c’est la grossesse. Ce n’est pas la femme enceinte qui court un risque, mais l’enfant qu’elle porte. Et le passage du parasite ou du virus sera d’autant plus redoutable qu’il s’effectuera dans les tous premiers mois de la grossesse.

A l’occasion du congrès européen de parasitologie, vous avez pu lire sur ce blog, il y a quelques jours, une information concernant la toxoplasmose pour laquelle existent un dépistage anténatal et même un dépistage dès l’examen prénuptial.

VOIR LE BILLET SUR LA TOXOPLASMOSE

En ce qui concerne le CMV, les choses sont différentes. Le taux de femmes enceintes qui contractent le virus pendant la grossesse est de 1 % de celles qui n’étaient pas protégées, soit environ 4000 cas par an.

L’infection congénitale à CMV est un peu plus fréquente que pour la toxoplasmose, puisque dans un cas sur deux l’enfant sera contaminé alors que pour la toxoplasmose c’est dans un tiers des cas que cela se produira.

Mais, dans 90 % des cas, l’infection à CMV sera sans aucune suite.
Cela veut dire, cependant, que bon an mal an environ 200 enfants naissent avec des séquelles liées à l’infection par le CMV.

Ces séquelles sont souvent auditives, notamment des surdités progressives, mais il y a aussi des atteintes cérébrales pouvant conduire à des infirmités motrices cérébrales, les IMC.

Jumelles mais différentes

La grosse différence avec la toxoplasmose congénitale c’est la possibilité d’action thérapeutique.
Dans le cas de la toxoplasmose, on dispose d’antibiotiques qui peuvent permettre de traiter le fœtus dans le ventre de sa mère, même si les résultats ne sont pas sûrs à cent pour cent.

Pour l’infection à CMV, en l’état des choses actuellement, il n’y a aucun médicament qu’on puisse administrer au fœtus en cas de maladie congénitale.

L’échographie peut, en effet, dépister des anomalies évocatrices de l’infection. On peut voir un foie et une rate trop gros, ce qu’on appelle une hépato splénomégalie, ou une taille trop petite de la tête, une microcéphalie. L’enfant peut aussi présenter un retard de croissance intra-utérin.

Ces signes vont conduire à faire es examens à la recherche de l’infection. Mais les choses se compliquent alors.

Les produits utilisés dans les formes adultes de la maladie, comme le ganciclovir ou le foscarnet ne peuvent être données à la femme enceinte au risque d’induire de graves malformations chez l’enfant.

Des études sont en cours avec des médicaments comme le valaciclovir ou bien des immunoglobulines G renforcées en anticorps anti-CMV, mais aucune de ces études n’est actuellement terminée.

On se trouve donc dans une situation où, contrairement à la toxoplasmose, la pratique du dépistage systématique ne peut conduire à aucune action thérapeutique. Seuls des signes échographiques de gravité peuvent amener à se poser la question d’une interruption médicale de grossesse.

C’est la raison pour laquelle aucun pays au monde ne propose actuellement de dépistage anténatal du CMV, même si des familles ayant vécu la naissance d’enfants atteints militent pour un tel dépistage.

VOIR LE SITE D’ELIANE WACH (et son commentaire du 28/08/08 à la suite du billet sur la toxoplasmose)

En mains propres

Alors, si une femme enceinte n’est pas immunisée naturellement contre le CMV, que peut-elle faire pour se protéger ? Comme pour la toxoplasmose, respecter un certain nombre de règles d’hygiène tout le long de la grossesse.

La règle d’or ce sont les mains propres, des mains qu’il faut savoir laver ou, mieux, désinfecter régulièrement avec les solutions hydro alcooliques qu’on trouve désormais en pharmacie et parapharmacie, ce qu’on surnomme le « savon sans eau ».

Il faut apporter un soin particulier aux relations avec les enfants en très bas âge, en particulier dans le cadre de la vie en collectivité.

Comme je l’ai dit plus haut, heureusement neuf bébés sur dix ayant contracté le virus dans le ventre de leur mère n’en auront aucune séquelle. Mais ils vont continuer à excréter ce virus au moins pendant un an après leur naissance, dans les urines et la salive.

Donc une femme enceinte au contact d’un nourrisson devra se laver les mains avant et après l’avoir changé, ne pas partager une cuiller avec lui par exemple, éviter les « poutous baveux ».

Mais le CMV peut aussi se transmettre par voie sexuelle. Donc si c’est papa qui change le petit ou s’il est amené professionnellement à s’occuper d’enfants en très bas âge, il faut que lui aussi s’astreigne aux mêmes règles d’hygiène concernant le lavage des mains et le non partage des couverts que sa femme, tout le long de la grossesse.

Ces conseils d’hygiène et de prévention sont, d’après plusieurs études, assez efficaces pour prévenir le risque infectieux.

Ce qu’il faut, c’est, qu’à l’instar de la toxoplasmose, les professionnels de la grossesse et en premier lieu les sages-femmes, en parlent aux futures mères.

Une pétition sera déposée au début septembre auprès de la ministre de la santé réclamant un dépistage du CMV chez la femme enceinte.
Quitte à heurter les personnes à l’origine de cette démarche et je leur en demande pardon d’avance, rien, scientifiquement, ne permet de dire qu’un tel dépistage systématique serait efficace et utile tant que des traitements ne seront pas au point.

Il faut donc se battre pour l’information, pour que cette affection soit mieux connue, mieux prévenue en attendant le jour où on pourra enfin la soigner chez le fœtus.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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18 réponses à Infection à CMV : un dépistage systématique des femmes enceintes ne serait pas efficace actuellement.

  1. winnie dit :

    Je viens de tomber sur l’article et les différents commentaires : je fais partie de celles qui pense que le CMV devrait être un dépistage obligatoire pdt la grossesse, d’autant plus chez les femmes travaillant avec des enfants en bas âge et en collectivité! J’aimerai aussi qu’on arrête de banaliser ce virus, qui même chez une personne adulte immunocompétente peut avoir des effets nocifs : il y a un an (j’avais alors 25 ans), j’ai attrapé ce virus qui m’a causé une hépatite à CMV, me clouant au lit pdt 2 mois! Je travaillais avec des jeunes enfants, sans doute là bas que j’ai attrapé le virus (et une collègue alors enceinte que j’ai eu ordre de ne plus voir)…et après 1 an j’ai tjs des pb de santé, je suis tjs fatiguée, on m’a même suspectée une maladie de crohn car j’ai des douleurs abdominales, je fais encore des petites fièvres, nausées, pb respiratoires et j’en passe. J’ai du subir une fibroscopie, une coloscopie, une vidéo-capsule, des tas de prises de sang, un scanner etc…les médecins sont « perdus », n’arrivent pas à poser de diagnostic et semblent oublier l’origine de mes maux…le cmv, mais moi j’oublie pas que tout à commencé avec lui et je le suspecte de se balader encore ds mon corps activement. J’ai lu plusieurs témoignages sur internet qui ressemblent à ma situation, mais le monde médical ne prend pas conscience des effets possibles du cmv (car 95% des cas sont asymptomatiques). J’aimerai qu’on pense aux 5% restants! Bon courage à tous ceux qui ont la malchance de croiser ce virus.

  2. Florence dit :

    J’ai contracté le CMV durant le premier trimestre de ma grossesse, mais on ne s’en est aperçu qu’à la naissance de mon fils (analyses faites après la naissance sur les sérums de début de grossesse). Maman d’un premier garçon de 18 mois qui allait en crèche, je n’ai pas évité les "poutous baveux", les jeux avec la tétine (ou les directement les doigts dans la bouche, on n’arrive pas toujours à garder les lèvres bien closes) , le partage de la petite cuillère durant les repas, le mouchage…
    Si seulement mon gynécologue m’avait seulement PARLE de ce virus que je ne connaissais pas (que la majorité des femmes ne connaît pas), j’aurais pu faire attention. Et si j’avais eu un dépistage, j’aurais su que je n’avais jamais été en contact avec le CMV et qu’il FALLAIT que je fasse attention.

    Quel est le poids financier le plus lourd pour le système de santé : des prises de sang systématiques ou des semaines d’hospitalisation en néonat avec traitement ultra onéreux pour combattre le virus dans le corps de petits enfants qui ne s’en sortiront pas ou finiront par recevoir des aides pour personnes handicapées car ils deviendront sourds et/ou aveugles, handicapés psychomoteurs, épileptiques, incapables de se nourrir et devront subir de multiples opérations et hospitalisations durant leur – parfois – courte vie ?

    Je vous épargnerai le discours plus prosaïque des sentiments des parents, du bien-être des enfants… du blabla sans intérêt pour une partie de la population.

  3. Yann dit :

    En juin dernier, j’ai perdu mon fils, âgé de 5 semaines à cause du CMV. Il est mort dans nos bras.
    AUCUNE information ne nous avait été donnée auparavant au sujet de ce virus.
    Vous dites dans votre billet qu’aucun pays au monde ne pratique systématiquement le dépistage anténatal. C’est strictement faux.
    Rien qu’en Belgique, ce dépistage a lieu tous les mois pour toutes les femmes enceintes.
    Que souhaite-t-on éviter ? Un trop grand nombre d’IMG ?
    C’est préférer sacrifier des enfants que des f?tus.

    Il serait temps que le monde médical prenne conscience de la gravité de cette infection et INFORME les femmes enceintes.
     

  4. Anonyme dit :

    j’ai appris ma contamination au virus du cmv a 32 semaines de grossesse, j’étais alors enceinte de faux jumeaux garçon fille lorsque on a découvert une microcéphalie sur mon petit garçon puis d’autres énormes dégats par la suite rate gonflée etc….. j’ai été hospitalisée aussitot et pleins d’examens se sont enchainés jusqu’à 37 semaines pour mon petit garçon hélas plus rien à faire beaucoup trop atteint par cette saloperie de virus et pour ma petite fille l’espoir vivait car aucune anomalie décelée malgré le passage du virus dans sa poche donc accouchement le 22 juin dernier de ma petite fille et IMG pour mon petit garçon au moment de l’accouchement, trés trés difficile à vivre et aussi le fait de porter cet enfant jusqu’au bout en sachant qu’il ne verra jamais le jour, trés dur à vivre vraiment surtout qu’on avait jamais entendu parler du CMV qui est à priori assez rare et encore plus sur une géméllaire

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A LA :

     

    Le taux d’IgG signe la guérison d’une infection et va donc finir par se stabiliser.

    Concernant vos autres questions, je ne peux y répondre.

    Ce blog est un site d’informations et ne fournit ps de réponses individuelles à des questions médicales.

    je vous propose donc de vous rapprocher du médecin qui vous suit habituellement.

    merci de votre fidélité.

  6. LA dit :

    Message à Jean-Daniel Flaysakier
    Tout d’abord bonjour, je suis positif au cmv depuis plusieurs mois et depuis 1 mois mon taux igG est toujours constant, combien de temps faut-il au virus pour disparaitre ? ( c’est long … !)
    Comment remédier aux problèmes d’acouphènes ? ( avec parfois des douleurs de l’oreille interne ).
    J’ai des sensations de brûlures au bout des doigts avec diminution de la sensibilité et douleur à l’auriculaire ( une seule mmain ). existe t-il une solution pour diminuer cette douleur ?
    Pour finir, le traitement médicament : Cytovene peut t-il être conseillé dans mon cas ?.
    Merci de prendre un peu de votre temps pour me répondre.
    sincères salutations
    LA

  7. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CHARLES :

    Le CMV fait courir des risques au hoetus  pendant la grossesse. Ensuite il n’y a pas les mêmes dangers.

  8. Charles dit :

    Bonjour,

    Le labo vient de me depister une infection a CMV.
    J’ai un bebe de 4mois a la maison a qui je fesais des « poutous baveux » comme vous dites, jusqu’a ce que je me sente fievreux il a deux semaines.

    Quelle est la marche a suivre en ce qui concerne ma fille ?
    Peut -elle en etre la cause meme si elle n’a rien developpe a sa naissance ?
    Si c’est moi la cause, quelles demarches de depistage devons nous suivre pour la petite ?

    Merci d’avance.

    C.

  9. Chaouki dit :

    Je vous remercie bc.

  10. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CHAOUKI :

    Une fois linfection guérie il n’y a pas de risque.

  11. Chaouki dit :

    Autrement dit, Aprés le traitement du CMV sur ma fille, Est ce qu’elle pourra le transmettre à qlq d’autres??

  12. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CHAOUKI :

    Si votre épouse a deja eu le CMV elle ne l’aura pas deux fois. Si elle n’a pas contracté le virus, elle n’est pas protégée.

  13. chaouki dit :

    Merci bc, ça me rassure.
    Alors, si on veut avoir d’autres enfants, y a alors aucun risque que la maman attrape la CMV de sa fille??

  14. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CHAOUKI

    Elle est désormais protégée contre le virus. Ce n’est donc pas ce virus qui peut poser problème plus tard.

    J’espère que l’intervention cardiaque s’est bien passée et qu’elle permettra à votre fillette de vivre normalement sans soucis.

  15. chaouki dit :

    Bonjour,

    J’ai un bébé fille de 5 mois, qui a été opérée sur son coeur et elle a attrapé le CMV suite au sang donné lors de la transfusion.
    Et les réanimateurs pensent que c’est ce virus qui cause de gros problemes de respiration. Maintenant ils vont la remedier par des anti viral.

    Ma question c’est : est ce que ma petite aura des problèmes de grosses liés au CMV dans sa vie?
     

  16. Anonyme dit :

    IL ny a pas plus sord que celui qui ne veut rien entendre. Je ne vous fait pas de proces d’intention, je pensais seulement que vous etiez peut etre interresse par le debat puisque vous qualifier vous meme la toxo et le CMV comme des soeurs jumelles. Tant pispour nous sans rancune…

  17. JD Flaysakier dit :

    REPONSE: Mon travail n’est pas de « me battre ». Je ne milite pour aucune cause. J’essaie de faire un travail d’information. Je pense que nous ferons dans un des JT de France 2, à 13h ou 20 heures, un sujet sur l’hygiène de la grossesse dans lequel nous parlerons du CMV. Mais c’est aux rédactions en chef des éditions qu’il appartient de dire si un tel sujet les intéresse. J’ai mis en ligne vos commentaires et le lien avec votre site.J’espère que les personnes intéressées en prendront connaissance. Mais je ne souhaite pas être l’objet de reproches ou de procès d’intention à l’avenir. Je ne suis ni décideur politique ni en charge du dossier. Merci de bien vouloir en tenir compte

  18. ELIANE WACH dit :

    SI VOUS ETES D ACCORD POUR VOUS BATTRE POUR L INFORMATION CONCERNANT CE VIRUS POURQUOI PAS UNE INFO A ANTENNE 2 AU 20h LA OU L ECOUTE EST IMPORTANTE

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