Dopage et JO : la fiabilité des tests sévèrement remise en cause.

A la veille de l’ouverture des Jeux olympiques, la fiabilité des tests de dépistage du dopage est sérieusement remise en question par un statisticien américain. Son argument : pour des raisons de méthodologie on disculpe trop de tricheurs et on punit beaucoup d’innocents.

Donal Berry n’est pas n’importe qui. Ce scientifique travaille à Houston au Texas, dans le prestigieux MD Anderson cancer center, un des plus fameux instituts de recherche et de traitement du cancer des Etats-Unis.

C’est un spécialiste des biostatistiques, cette science qui permet de mettre en place des études scientifiques pour mesurer par exemple les effets des médicaments lors des essais cliniques. Il a aussi beaucoup travaillé sur le dépistage du cancer du sein, montrant pourquoi, en termes de santé publique, le dépistage de masse ne se justifiait qu’à partir de cinquante ans.

Mais aujourd’hui, dans la revue britannique Nature, Don Berry enfourche un autre cheval de bataille, ou plutôt une bicyclette. Il vient, en effet, défendre Floyd Landis, le vainqueur de l’édition 2006 du Tour de France jusqu’à ce qu’un contrôle effectué à l’issue de la dix-septième étape découvre une anomalie. Le test sur les urines du coureur américain avait révélé la présence de 5-alpha androstanediol, une forme synthétique d’anabolisant proche de la testostérone.

Landis a été déchu de sa victoire et un tribunal arbitral du sport américain a confirmé sa suspension pour deux ans, malgré les dénégations du coureur qui mettait en cause la technique du Laboratoire national de dépistage du dopage, Le LNDD, situé à Chatenay-Malabry.

Ce laboratoire, l’un des trente-quatre agrée par l’Agence mondiale antidopage, est souvent attaqué par les sportifs américains et leurs avocats. C’est ce laboratoire, rappelons-le, qui a mis au point une méthode de dosage urinaire pour détecter la présence d’EPO dont la toute dernière née de cette famille, la CERA, qui a fait tomber Ricco lors du Tour 2008.

Barry attaque les résultats du LNDD sur une base méthodologique assez pointue et qui fait notamment appel à une théorie statistique dite « bayesienne » du nom de Thomas Bayes pasteur presbytérien et mathématicien anglais du XVIIIème siècle.

Sans entrer dans des détails complexes dont vous pourrez demander l’essentiel à votre statisticien de famille, disons que pour s’assurer de la qualité d’un test, une mesure de cholestérol par exemple, il ne suffit pas de mettre le tube dans la machine !

Pour connaître les valeurs acceptables, les « normales » en quelque sorte, il faut avoir obtenu moult données et, en particulier des caractéristiques bien précises pour chaque test qu’on appelle la sensibilité et la spécificité.

La sensibilité caractérise la probabilité d’un test à correctement identifier le statut d’une personne exposée à un facteur quelconque. Par exemple une sensibilité de 0,99 pour un test VIH signifie que dans 99% des cas, le test donnera un résultat positif quand il sera pratiqué chez des personnes porteuses du virus. Le 1% restant est appelé « faux négatif ».

La spécificité caractérise la probabilité d’obtenir des tests négatifs chez des personnes non exposées aux facteurs mesurés. Une spécificité de 0,97 pour un test de dosage du cholestérol signifie que dans 97 % des cas, on identifiera correctement les personnes ayant un taux de cholestérol inférieur à 2 grammes par litre.
Les 3 % d’erreur sont appelés « faux positifs ».

Pour obtenir ces caractéristiques, les mesures sont faites sur des milliers d’échantillons, afin de réduire au maximum le risque d’incertitude et de pouvoir choisir une valeur limite ou une plage de variation considérée comme « normale ».

Il n’y a aucun test qui ait une sensibilité et une spécificité égales simultanément à 1, c’est-à-dire sûr à 100 %.

De plus, répéter plusieurs dosages avec une méthode comportant un risque d’erreur même faible peut conduire à trouver des résultats faussement positifs ou négatifs.

Prenons un test ayant une spécificité de 99 %, c’est-à-dire ne comportant un risque d’erreur que de 1 %. Si on répète ce test huit fois de suite, le risque de trouver un résultat faussement positif est de 7,8 %.

Et c’est là que se situe l’argument de Berry concernant Floyd Landis. Berry dit que les tests de mesure des anabolisants et de la testostérone en particulier, n’ont pas été suffisamment évalués pour qu’on puisse être certain de la sensibilité et de la spécificité des mesures. Il reproche aux laboratoires de lutte contre le dopage un manque de rigueur et donc de faire « tomber » des innocents. De la même façon, il estime que l’existence de faux négatifs permet à de vrais tricheurs de passer à travers les mailles du filet.

Et Berry peut enfoncer le clou car, en matière de recherche de dopage, les valeurs normales et les limites ne sont pas fixées comme pour un test de dépistage du cholestérol ou du VIH par exemple.
Impossible en effet de mesurer des milliers d’écha,tillons. Souvent les études ont été faites après que quelques volontaires ont ingéré une substance interdite et qu’on a mesuré les taux sanguins ou urinaires de cette substance.

On est donc parfois loin de la rigueur et des études exigées dans le domaine des tests diagnostiques par exemple.

Techniquement, la démonstration de Berry est plutôt carrée et très sérieuse et solide.
La question est de savoir si les arguments qu’il avance, notamment sur les manquements méthodologiques des laboratoires, tiennent la route.

Les enjeux sportifs, éthiques et surtout commerciaux sont considérables et, bien évidemment, un contrôle positif est une catastrophe économique pour l’athlète, mais aussi pour son club ou son équipe et son sponsor.

Il faut donc espérer que ce commentaire appellera une réponse des autorités compétentes en matière de lutte contre le dopage afin de dire quelle est la situation réelle.

Pour l’instant, on a rarement vu de vrais innocents être pris à l’insu « de leur plein gré » selon la phrase ritualisée en 1998 par Richard Virenque.

Mais la transparence ne peut faire de mal à personne et j’espère que nous pourrons lire des réponses aussi brillantes que le réquisitoire de Berry pour être un tant soit peu rassurés.

Références du commentaire:

Nature volume 454, issue 7205 du 7 août 2008 ( page 692 et éditorial page 667)

Site : www.nature.com/nature

Ecouter une interview de Don Berry sur la radio australienne ABC

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Dopage et JO : la fiabilité des tests sévèrement remise en cause.

  1. LA FAMILLE ADDAMS

    La fronde de certains sportifs professionnels contre le système ADAMS II, logiciel informatique fourni par l?AMA permettant leur localisation afin d?effectuer des contrôles inopinés est-elle justifiée ?
    Le plus étonnant à mes yeux est le petit nombre de sportifs affichant ouvertement leurs désaccords.
    Est-ce la crainte d?être montré du doigt, d?attirer la suspicion sur leurs performances ? Toujours est-il qu?accepter d?être fliqué sept jours sur sept, c?est sacrifier l?essentiel (la protection de la vie privée) pour sauver l?apparence.
    Je m?explique : sous prétexte d?équité, de protection de la santé, de morale, on demande aux sportifs de donner chaque trimestre leur emploi du temps et leurs lieux de localisations.
    Le sport semble une proie facile et paye un lourd tribut au climat actuel demandeur de plus d?éthique et de transparence. (C?est surement par « pudeur » que l?AMA n?a pas osé mettre en place le bracelet électronique)

    Les sportifs semblent êtres une cible bien plus docile et « fragile » que la plupart des acteurs de notre société : financier véreux, politique corrompu, ecclésiastique révisionniste, j?en passe et des meilleurs.
    Donnés en pâture à l?opinion publique ces athlètes font les frais d?une politique populiste et démagogique, le haut niveau n?étant que le miroir d?une société bouffie par le syndrome de l?argent facile et du winner triomphant.
    Que les pouvoirs sportifs et politiques cessent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et se dotent de réels moyens pour lutter contre le dopage si cela est vraiment leur objectif sans renier aux droits fondamentaux des citoyens que sont les sportifs.

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