Santé et information des patients : une mauvaise note pour les medias américains.

C’est une étude dont la presse ne va sans doute pas beaucoup parler, et pour cause. Un institut américain a regardé comment les médias US traitent de la santé et le moins qu’on puisse dire c’est que le diagnostic est assez cruel.

Vingt deux mois de travail et cinq cents articles analysés, tel est le bilan de Gary Schwitzer et de ses collègues de l’organisation HealthNewsReview.org. Ce projet fondé sur la base de deux modèles, l’un australien, l’autre canadien, vérifie la qualité de l’information médicale et plus généralement de santé délivrée au grand public outre-Atlantique.

Pour cela, les auteurs ont analysé les articles des 50 premiers quotidiens du pays, une agence de presse Associated Press, les trois magazines hebdomadaires les plus lis, TIME, Newsweek et Us News & World Report. Bien évidemment, ils se sont penchés également sur les informations télévisées diffusées aux heures de grande écoute que sont les journaux du matin et du soir aux Etats-Unis sur ABC, CBS et NBC.

Et le constat, publié le 27 mai par la revue PLoS Medicine, est plutôt sévère : 62 à 77 % des articles et sujets analysés ne traitent pas correctement aux yeux des auteurs de critères comme le coût d’un traitement ou d’une technique, ses risques, les bénéfices, l’existence d’autres options, la qualité des données présentées.

Chaque article était en effet analysé par trois personnes différentes selon une grille de lecture stricte consultable sur le site du projet ou en lisant la publication (accessible gratuitement en ligne).

Cette grille insiste beaucoup sur les questions économiques. Rien de plus normal dans un pays où la protection sociale se paie au prix fort et où plus de quarante millions de personnes n’ont aucune couverture sanitaire.

Mais on y retrouve également des considérations générales, comme le fait de savoir si les avantages et les risques ont été convenablement abordés. Savoir aussi si les sources d’information sont fiables ou si ces sources cachent des intérêts commerciaux.

La critique concerne aussi la médicalisation à outrance de phénomènes que les laboratoires aimeraient voir traités en maladies, comme la calvitie, les troubles des règles ou encore la petite taille.

Le risque de mal informer ou de désinformer le consommateur est une constante internationale, pas seulement américaine.

L’information santé prend une place de plus en plus importante dans les divers moyens d’information et beaucoup de gens l’ont bien compris. Un vrai marché se met en place, avec des fournisseurs divers qui « bombardent » les rédactions et de l’autre côté des journalistes assaillis d’informations qu’ils doivent traiter souvent en urgence avec le risque de se faire piéger.

On a vite fait de promouvoir un médicament pas suffisamment évalué, un médecin pas obligatoirement le meilleur dans son domaine ou un établissement hospitalier public ou privé qui est sans doute fort dans un domaine mais pas terrible dans d’autres.

Voici un exemple d’erreur commise en « troupeau » :

L’an dernier, dans un grand congrès international, un chercheur a présenté un résultat de traitement dans le cancer primitif du foie où il annonçait une réduction de mortalité de 41 % entre le groupe traité par la nouvelle molécule et les traitements classiques. Seul problème, son calcul de valeur relative était faux. De l’arithmétique de classe secondaire mal assimilée, le vrai chiffre était d’environ 25 %. Mais tout le monde a imprimé, diffusé ou propagé le chiffre erroné.

Travailler vite c’est souvent travailler de façon incomplète et parfois oublier des notions importantes.

Je vais prendre un exemple qui me concerne : le 16 février 2005 j’ai traité d’un sujet sur des greffes de cellules pancréatiques chez des sujets diabétiques. Ils avaient pu, au bout d’un an, se passer d’insuline. J’ai insisté sur la nouveauté, un donneur de cellules au lieu de plusieurs, mais j’ai omis de dire que ces patients devaient toujours prendre un traitement antirejet.

Et je me suis bien fait « allumer » sur un forum de discussion de personnes traitées pour diabète insulinodépendant !

Et ils ont eu raison !

Revenons-en à ce travail sur les 500 articles. Les responsables du projet ont informé les journalistes de leurs résultats et de leurs remarques. Ces journalistes sont, à n’en pas douter, conscients de certaines insuffisances. Hormis la pression liée aux délais de parution ou de diffusion, il y a la pression des hiérarchies. On a lu ou entendu quelque chose et on veut le voir traiter dans son média, même si l’information ne tient pas la route.

Il y a des journalistes censés couvrir les questions de santé et qui ne font que reproduire les informations données par des groupes industriels ou des scientifiques ayant des relations « tarifées » avec ces groupes.

Il y a aussi le problème de la formation. Dans beaucoup de domaines les choses évoluent à la vitesse de la lumière. Entre la fin de mes études, il y a presque trente ans aujourd’hui et la réalité scientifique actuelle, il y a un abime dans certaines disciplines.

Lire, se former, assister à des congrès n’est pas chose évidente. Beaucoup de rédactions à travers le monde ne voient même pas l’intérêt d’avoir des journalistes spécialisés dans les questions de santé ou de médecine.

Personnellement, je trouverais intéressant d’avoir ainsi un retour sur mon travail, surtout quand je me suis trompé ou quand je n’ai pas été suffisamment précis ou rigoureux.

J’ai en tête un exemple récent ou j’ai confondu deux mécanismes d’action pour expliquer comment marchait un produit innovant dans le cancer. Je suis certain que ceux que j’ai interviewé et que des spécialistes ont vu mon erreur. Personne ne m’en a parlé, de peu peut-être que je me vexe et que je ne les appelle plus !

L’Académie de médecine ou encore une structure universitaire pourrait créer un projet équivalent à ceux existant déjà aux antipodes, au Canada et aux Etats-Unis.

Une information santé de qualité aide, en effet, les patients à poser les bionnes questions à leur médecin et à participer aux décisions thérapeutiques.

Et un patient bien informé rend son médecin bien plus intelligent !

Deux sites à visiter

Le site australien, précurseur du genre, vise à améliorer l’exactitude des articles médicaux destinés au grand public, disent ses promoteurs

Le site canadien obéit aux mêmes objectifs

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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