CANCER ASCO2008 :Cancer du rein, trois ans de progrès.

Même si la prudence doit toujours être de mise, on ne peut que saluer ce qui se passe depuis trois ans dans la prise en charge des cancers du rein métastasés. L’arrivée d’une quatrième molécule en peu de temps en est la preuve.

C’était, il y a encore quelque années juste un constat d’impuissance. Poser le diagnostic de cancer du rein avec métastases laissait professionnels de santé et patients avec peu de solutions, une fois le rein malade opéré.

Puis sont arrivés les traitements à base d’interleukine-2, l’IL-2, ce qu’on appelle une cytokine. On l’a associée à l’interféron avec des résultats en dents de scie et beaucoup d’effets secondaires.

Mais le paysage a été totalement modifié depuis moins de trois ans avec l’arrivée de nouvelles molécules comme le sorafenib, le sunitinib ou le bevacizumab.

Ces produits appartiennent à ce qu’on dénomme les « thérapies ciblées ». Le but de ces molécules est d’asphyxier les tumeurs développées à partir des cellules qui ont disséminé dans l’organisme.

Les métastases sont très gourmandes en oxygène et pour satisfaire leurs besoins, elles envoient des signaux sous forme de protéines vers les vaisseaux sanguins voisins. En réponse les vaisseaux vont envoyer de nouvelles branches vers ces tumeurs pour les irriguer.

Les nouvelles molécules vont contrecarrer l’effet des facteurs de croissance vasculaires. Ces nouveaux médicaments, dont les deux premiers s’administrent par voie orale, ont changé la vie des patients. D’abord en termes de qualité de vie puisque la prise orale ou même des perfusions espacées en hôpital de jour permettent de mener une vie quasi-normale.

D’autre part, le pronostic a été largement modifié, puisque pour beaucoup de patients, la présence de métastases n’a pas sonné comme un arrêt de mort et que la durée de vie sans progression de la maladie s’est allongée de façon souvent spectaculaire.

Bien évidemment, il y a toujours un prix à payer à l’efficacité d’un produit. Ces molécules entrainent des effets secondaires elles aussi, comme une hypertension, des troubles cutanés de la paume des mains et de la plante des pieds mais aussi des diarrhées. Et ce ne sont pas des drogues miracles, leurs effets peuvent s’épuiser.

Mais, décidément, la recherche ne chôme pas et une nouvelle avancée semble se dessiner avec la présentation à la fin du mois lors de la conférence américaine de cancérologie, l’ASCO, d’une nouvelle molécule, l’everolimus.

Cette substance agit sur des mécanismes très complexes au sein même de la machinerie cellulaire. Elle bloque la division des cellules cancéreuses et bloque également le processus de prolifération des vaisseaux.

Dans une étude sur 400 patients atteints de cancer du rein métastasé et qui étaient en échec malgré la prise de sunitinib ou de sorafenib, on a vu apparaitre une amélioration dans le groupe traité par rapport au groupe recevant un placebo.

Si les résultats se » confirment, ce produit pourrait donc, dans un premier temps être utilisé selon un mode compassionnel, c’est-à-dire donné sans avoir franchi toutes les étapes administratives, chez les patients ne répondant plus aux autres traitements.

Mais il semble également que cette molécule permette de modifier certaines résistances et qu’on ^puisse ainsi redonner des molécules auxquelles le malade était devenu insensible.

Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse de travail non validée et qu’il faut considérer avec la plus extrême prudence.

En tous les cas, comme dans d’autres domaines de la cancérologie, les choses bougent vraiment. Cela permet aux patients de mieux se battre.

Cette qualité et cette quantité de vie ajoutées imposent aussi aux soignants d’entourer les patients et leurs proches avec encore plus d’attention car la donne change. Chaque nouvel examen, chaque scanner ou IRM est attendu avec anxiété pour voir si les promesses seront tenues. Plus un produit a d’effets spectaculaires, plus le moindre incident de parcours est mal vécu.

Le cancer devient donc une maladie chronique, comme d’autres pathologies avec laquelle toute la famille doit apprendre à vivre.

Trois informations pour finir :

Le résumé en anglais de l’étude sur l’everolimus est accessible librement.

L’actualité du congrès de l’ASCO sera sur ce blog chaque jour à compter du 30 mai.

Un amical salut à la famille Brigardis. Valou anime sur le Web un forum consacré à cette maladie et à son traitement. Allez le visiter.C’est un bel exemple de la façon dont une famille soutient l’un des siens malade.

Les progrès dans la prise en charge des cancers du rein métastatiques – Ma-Tvideo France2
Ce sujet, daté du 31 mai 2008 et diffusé dans le JT de 20heures de France 2 fait le point sur les nouveaux traitements du cancer du rein avancé.

Mots-clés : cancer rein blog sante

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à CANCER ASCO2008 :Cancer du rein, trois ans de progrès.

  1. BERNARD dit :

    Merci d’avoir pris un peu de votre temps pour me donner une réponse .
    Merci de vos encouragements mais je reste toujours septique sur la façon de présenter les malades même si je conçois qu’en 2 min ce n’est pas facile d’exposer tous les effets colateraux ! .
    j’en connais plus qui ont des effets secondaires importants que ceux du genre vu à la télé ! et je n’ai pas dit que tout était négatif , c’est le décalage entre votre blog (trés clair !) et le reportage télé qui m’as fait réagir comme d’autres patients !!

    je vous adresse mes sincères salutations et vous remercie d’être effectivement le rare médecin a parler de notre cancer !

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE: Le sujet du journal de samedi a été réalisé avec un patient qui n’a quasiment aucun effet secondaire avec ce nouveau traitement.Mais nous avons deja diffusé des sujets avec des personnes traitées par sorafenib et qui décrivaient leurs effets indésirables. Le problème c’est que dans un sujet de JT, court par définition et dont le but est de montrer que la recherche de traitements avance,on ne peut pas donner l’impression que tout est négatif. La question des effets secondaires et de la prise en charge psychologique trouverait mieux sa place dans des sujets de magazine. Croyez que je comprends parfaitement votre irritation Pour en revenir au sujet, c’est le Dr Escudier, cancérologue réputé et sérieux qui évoque de rares cas de guérison. Il le fait avec une grande prudence et dans son interview il pondère bien les choses. Je crois que vous devriez l’écouter à nouveau. Bon courage dans votre combat

  3. BERNARD dit :

    Bonjour docteur !!
    c’est avec un grand intérêt que nous avons lu votre article qui nous a paru trés juste et représentatif de la vie de patients atteints d’un cancer du rein métastasé .
    Néanmoins j’attire votre attention sur les sujets diffusés dans les JT dans lesquels ils n’est jamais fait allusion aux effets secondaires assez invalidants pour beaucoup de malades!
    je suis moi même sous Nexavar depuis plus de deux ans et subi ces effets sans interruptions ! alors comprendrez que, quand à la télévision ,on voit toto fait du tennis , toto fait son jardin , toto va retourner au boulot seulement après avoir refait sa tapisserie (!!!! ) on se demande quel image vous donnez des malades en arrêts de longue durée .Jamais un mot sur les effets secondaires , sur les effets psychologiques, sur les transformations physiques et sur les retombées journalières, de la maladie sur la vie courante !

    dernier exemple , le J.T du 31/05/2008, ou l’on va même jusqu’à parler de guérison alors que l’on a pas le recul suffisant pour affirmer ceci !!!!!
    je suis trés en colére de l’image donnée des malades en partant de cas trés particuliers qui ne semblent pas representer la majorité des malades sous ces traitements lourds !!!

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