Déremboursement de soins : comment faire plus idiot.

En ces temps d’économies à tout va, la Caisse nationale d’assurance maladie a a décidé de ne plus rembourser certains actes faits par des infirmières. Une mesure pas très maligne, plutôt idiote même.

La dame est octogénaire en pleine forme jusqu’à ce qu’un accident vasculaire cérébral lui impose plusieurs mois de centre de rééducation.
Remise sur pieds, mais encore assez handicapée, elle revient chez elle, « sous conditions » insiste le médecin qui l’a suivi dans ce centre.

L’une des conditions c’est qu’une infirmière vienne chaque jour lui donner ses médicaments.
Il faut dire qu’elle a un traitement à suivre strictement pour limiter les risques de récidive.
Des médicaments pour prévenir une arythmie cardiaque et pour maintenir les chiffres de sa pression artérielle dans les normes.

Difficulté supplémentaire, la majorité des médicaments qu’on lui prescrit ont désormais une copie, un générique, avec un nom bien moins simple que le médicament auquel elle était habituée.

Petit exemple : pour des douleurs neurologiques, le médecin a prescrit du Trileptal®Mais, désormais, en lieu et place, le pharmacien délivre de l’oxcarbazepine. Essayez de le prononcer de façon correcte du premier coup et de vous rappeler le nom !

La Cordarone est devenue amiodarone, l’Amlor de l’amlodipine.

Facile, non après un accident vasculaire et quand on a quatre-vingt cinq ans.

Mais où veuillé-je en venir ? A l’infirmière, bien sûr.
Serviable, compétente, dévouée et efficace elle passe tous les matins pour distribuer correctement les traitements , vérifier la tension, s’assurer que tout va bien.

Distribuer les médicaments est rémunéré 5 euros. Seul détail, cet acte n’est plus remboursé par la Sécurité sociale, pas plus que la prise de tension ou le fait de mettre des bas de contention ou des bandes de contention.

Alors que dans les maisons de retraite et de santé, les seules personnes habilitées à distribuer les médicaments doivent obligatoirement être titulaires des diplômes d’état d’infirmières, en ville ce même acte peut être fait par n’importe qui.

Pire encore : si le traitement est laissé à la seule initiative des patients et si ces derniers n’ont pas obligatoirement toute aptitude à bien le gérer, l’accident thérapeutique est quasiment inévitable à plus ou moins long terme.

Un traitement contre l’hypertension mal suivi et le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral n’est pas loin.

Un trouble du rythme mal contrôlé et c’est au « mieux » un malaise et au pire un caillot qui part vers le cerveau.

Si ces drames arrivent, la Sécu paiera chaque jour sans rechigner des centaines d’euros pour l’hospitalisation secondaire au mal-suivi du traitement. Sans bien évidemment parler du coût humain insupportable et du risque encore aggravé de dépendance.

C’est vraiment un brillant calcul !

Pénaliser des personnes fragiles qui courent un risque majeur à cause d’une mesure vraiment « technocratique ».

C’est aussi oublier le rôle essentiel joué par les infirmières libérales qui peuvent alerter les médecins traitants et éviter des accidents plus graves.

En 1999, l’Union régionale des caisses d’assurance maladie, URCAM, de Rhône-Alpes a mesuré l’attitude et les risques des personnes de 70 ans et plus face aux médicaments.

Cette étude montrait que dix pour cent de ces personnes étaient incapables de prendre seules leurs médicaments. L’URCAM soulignait que seul un cinquième de ces patients bénéficiat d’une aide.

D’autres travaux estimaient, à la même époque , que 18 % des hospitalisations chez les septuagénaires étaient liés à des accidents médicamenteux

Laisser 150 euros par mois à la charge de gens âgés souvent peu aisés est, à n’en pas douter, une mesure dont on devrait entendre parler.

J’espère, sans trop y croire, qu’un responsable de la CNAM entendra parler de ce billet et voudra bien expliquer ici ce qui justifie une décision qu’a priori, je considère comme une grave erreur.

Pour information :voici un document émanant d’une caisse locale.
Toute la subtilité réside, semble-t-il dans la façon dont le médecin-conseil entend la notion de « psychiatrie ». ce qui veut dire que les choses peuvent varier d’un département l’autre.
Avec, en corollaire, le risque de voir des patients devoir rembourser des sommes que leur caisse estimera indûment perçues.

.Lettre de la CPAM de haute-Garonne

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Déremboursement de soins : comment faire plus idiot.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Ce n’est pas la réponse que j’ai obtenu auprès de deux CPAM. On m’a affirmé que cette prise en charge avait disparu. Le service social du Conseil général de mon département me l’a également confirmé. Je voudrais bien savoir où est la bonne réponse.

  2. L’administration de médicaments à domicile par une infirmière est prévue par la Nomenclature générale des actes professionnels (NGAP) et prise en charge à ce titre, "pour les patients présentant des troubles psychiatriques". Au-delà du 1er mois, une "entente préalable" est requise. Tout dépend alors de l’appréciation du médecin-conseil de la Caisse… Cette prise en charge peut également intervenir, en même temps que tous autres soins ou gestes d’assistance, dans le cadre de la "démarche de soins à domicile" pour les patients en situation de dépendance temporaire ou permanente. Par conséquent, sur ce point et contrairement à bien d’autres aspects, il ne me semble pas qu’il y ait matière à déplorer un désengagement de la Sécu hélas flagrant par ailleurs.

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : La décision vient de la Caisse nationale d’assurance maladie, la CNAM. Je crois que plus cette affaire sera ébruitée, plus l’absurdité sera mise en relief et plus il y a dechances que les choses bougent.

  4. promeneur dit :

    Ne serait-il pas possible de porter plainte contre la SS ou l’état, ou l’hopital au nom de la mise en danger d’autrui, non assistance en danger, obligation de moyen etc. ou en se basant sur toutes les lois relatives à la santé ou les lois relatives aux objectifs de la SS. il serait intéressant qu’un juriste se penche sur la question

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