Paludisme : l’étroite moustiquaire et Artémis

Le paludisme commence enfin à interesser beaucoup de monde, et pas seulement les clients des clubs de vacances, et c’est tant mieux.

Le quotidien des journalistes est fait de dossiers envoyés par des attachées de presse pour « vendre » une journée « nationale », « européenne » ou « mondiale » contre des pathologies très souvent liées à un médicament et à un laboratoire.

Hormis ce contexte marchand, il y a aussi chaque année une journée dévolue au VJH/SIDA le 1er décembre et une journée pour la tuberculose le 24 mars.

Jusqu’à présent, le paludisme et son million et demi de morts n’avait droit qu’à une journée africaine. Depuis cette année, le 25 avril la journée est devenue « mondiale ». Il était grand temps !

Le paludisme, la maladie des marais, est en effet une affection que le monde occidental a oublié, hormis pour ceux qui visitent les contrées lointaines. Pourtant, au début du XXème siècle, les marais de Sologne grouillaient de moustiques vecteurs du parasite. (voir not en fin e

C’est évidemment l’Afrique et l’Asie qui paient le plus lourd tribut à cette infection parasitaire transmise par la piqûre vespérale de l’anophèle femelle.

Une maladie qui met à plat l’économie du continent, comme l’infection par le VIH. La récurrence des crises gène les femmes et les hommes dans leurs activités. L’agriculteur malade n’ira pas aux champs. Il devra soit laisser la récolte dépérir, soit payer quelqu’un pour travailler à sa place et perdre alors tout le bénéfice de ses cultures.

Payer, en milieu rural, ce n’est pas donner de l’argent, c’est se séparer par exemple du mâle reproducteur dans un troupeau et compromettre ainsi son maigre capital.

En zone urbaine les investisseurs sont très réticents à construire des usines dans des régions où règne le paludisme. Une force de travail sur laquelle on ne peut pas compter régulièrement ne tente pas ces industriels. Le résultat c’est que le chômage atteint des chiffres astronomiques alors que les villes deviennent des mégalopoles où règne la misère.

L’ancienne « patronne » de l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, Gro Harlem Brundtland l’avait bien compris. Elle avait expliqué qu’il fallait arrêter de croire que c’est le développement industriel qui créerait la santé. C’est l’inverse qui est vrai : d’abord investir dans la santé et ensuite les entreprises trouveront une main d’œuvre fiable.

Elle a été à l’origine du programme « Roll Back malaria », en français : « Faire reculer le paludisme », une action conjointe de l’OMS, de l’Unicef, de la Banque mondiale et du programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD).

(En savoir plus surle programme Roll Back Malaria, RBM)

Un discours qui a eu quelque succès auprès d’investisseurs institutionnels à partir du moment où on a pu leur prouver que l’investissement était mesurable et efficace.

Car, depuis plusieurs années, on s’est aperçu que les choses les plus simples marchaient le mieux. Eduquer et prévenir au moindre coût. Eduquer, c’est montrer comment lutter contre les sources d’eau stagnante et couvrir tous les récipients.

A noter que c’est exactement ce que les services sanitaires français ont fait à la réunion pour une autre parasitose liée au moustique, le chikungunya.

Un beau coup de filet

Autre réussite, l’usage de moustiquaires imprégnées d’insecticide. Ces moustiquaires ne coûtent pas cher et la réimprégnation peut se faire localement, ou dans la région. Cette protection est fondamentale pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge.

Le paludisme chez la femme enceinte c’est vraiment la catastrophe. Les grossesses multiples, la malnutrition sont déjà des causes d’anémie chez ces femmes. Ajoutez-y le paludisme et le cauchemar prend forme.

Car l’anémie est majorée, le fœtus souffre et s’ajoute à cela la pénurie de sang à transfuser. Et quand il y a des poches de sang, il y a le risque transfusionnel qui est bien maîtrisé dans les grandes villes, beaucoup moins dans des endroits plus reculés.

Les moustiquaires imprégnées ont permis, pour quelques euros pièce, de diviser par deux les cas de paludisme et surtout la mortalité des enfants de moins de cinq ans dans de nombreuses régions.

Il faut souligner dans ce domaine les actions de l’ONG Plan international qui a, depuis des années, mis en place des projets de prévention et d’éducation. Ce n’est pas la seule, bien sûr, mais son travail et ses résultats dans de nombreux pays méritent un sincère coup de chapeau.

Elles ont même permis de créer ça et là des petits ateliers où on réimprègne le précieux filet avec des produits insecticides maniés très prudemment.

Le bel enfant d’un drôle de couple.

L’autre avancée récente mais pas encore suffisamment développée est la mise à disposition de traitements des crises de paludisme à la fois efficaces, pas chers et surtout facilement utilisables.

Il faut mentionner à cet égard l’initiative conjointe d’une formidable ONG suisse, DNDI (Drugs for neglected diseases initiative, initiative pour des traitements pour des maladies négligées).et du laboratoire français Sanofi-Aventis.

Ce couple inhabituel propose aux pays africains un produit appelé ASAQ, combinaison d artésunate et d’amodiaquine. L’artésunate est un dérivé de synthèse de l’artémisinine, principe actif d’une plante chinoise, l’artémisia annua ou qinghao.

L’amodiaquine est une « prodrogue ». C’est lors de son passage dans le foie qu’elle sera transformée en un autre produit capable de détruire le parasite à l’origine du paludisme.

L’intérêt de cette association est de permettre de court-circuiter la résistance à l’un ou l’autre des produits et surtout son extraordinaire facilité d’utilisation.

En cas de crise, c’est un comprimé par jour pendant trois jours chez l’enfant et deux comprimés par jour pendant trois jours chez l’adulte. Coût : un dollar ( 0,63 €) chez l’adulte et un demi-dollr (0,32 €) chez l’enfant.

Et, encore plus rare et remarquable, la forme « enfant » est une vraie formulation pédiatrique avec le bon dosage.

UN vaccin pas encore dans la seringue

Enfin un mot sur le vaccin, ou plutôt les vaccins. Les choses avancent lentement car il y a plusieurs souches de parasites, le plasmodium, même si la variété falciparum est la plus redoutable et responsable des accès « pernicieux » et des neuropaludismes dont l’issue est fréquemment fatale.

Il y a eu, comme pour le sida, beaucoup d’effets d’annonce et beaucoup de désillusions. La fondation Bill et Melinda Gates investit beaucoup d’argent dans cette recherche, notamment au Mali ;

Mais comme pour le sida, la seule chose dont on soit certain aujourd’hui, c’est que la prévention reste pour l’instant la meilleure façon de vacciner.

QUELQUES NOTES DE FIN

Le dernier cas documenté de paludisme autochtone en France métropolitaine a été constaté en Corse en 1973. Mais la maladie est toujours endémique en Guyane et à Mayotte.

Aux Etats-Unis, le sud , régions de marais, a longtemps été infesté par le moustique vecteur du parasite. Pendant la Seconde guerre mondiale, les soldats impaludés dans les batailles du Pacifique étaient rapatriés à Atlanta, hôpital spécialisé dans la prise en charge de cette maladie. Cet hôpital est devenu ensuite le fameux CDC, (center for disease controle), le centre de contrôle des maladies. C’est là, notamment que fut mis à jour en juin 1981, l’emergence d’une maladie nouvelle qui s’appelle le sida.

Il y a chaque année plusieurs milliers de cas de paludisme « importé » en France. les principales victims sont des travailleurs immigrés et leurs familles ui retournent dans le pays d’origine pour les vacances et oublient de se protéger par une prophylaxie médicamenteuse.

Enfin, il y a le paludisme d’aeroport qui touche surtout les personnels au sol des compagnies. J’ai fait, il y a quelques années un reportage sur un mécanicien d’Air France qui n’avait jamais quitté le Val d’Oise et qui a fait un palu malgré tout !

C’est en nettoyant la soute d’un avion arrivant d’Angola qu’il a été probablement infecté. Pourtant les compagnies désinfectent les avions, cabine et soute, au départ des zones à risque.

Un moustique porteur du parasite et qui « débarque » à Roissy va pouvoir vivre quelques jours malgré les conditions climatiques quelque peu différentes de son point de départ. Il semble que fort intelligemment, l’insecte se réfugie dans les moteurs des véhicules où il trouve une température « comme à la maison ». Il peut ainsi contaminer dans un rayon de quelques kilometres autour de l’aéroport.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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