Traitement de la ménopause : il faut rester prudent.

La prise en charge des femmes ayant des troubles à la ménopause connait des péripéties depuis quelques années. En cause le risque accru de cancer du sein lié au traitement. Un risque qu’une étude française récuse. Pourtant.

L’étude s’appelle MISSION. Elle a été publiée le 21 juin 2007 dans la revue « Gynecological Endocrinology) Initiée par la fédération des gynécologues médicaux, cette étude a suivi un peu moins de 5000 femmes pendant deux ans et demi. Les femmes étaient réparties en deux groupes, L’un des groupes recevait un traitement hormonal ou avait arrêté depuis moins de 5 ans. Le groupe contrôle n’avait jamais reçu de substitut hormonal ou avait arrête il y a plus de 5 ans.

Les auteurs de l’étude concluent qu’avec le traitement « à la française », il n’y a pas eu plus de cancers du sein dans le groupe traité que dans le groupe contrôle. Ce traitement « bleu blanc rouge » repose sur l’utilisation d’oestrogènes et de progestatifs synthétiques reproduisant les formes naturelles d’hormones secrétées par les ovaires, le 17-beta oestradiol et le 17 alpha hydroxyprogestérone.

La traduction médiatique de ces résultats a été simple ; sinon simpliste : le traitement hormonal de la ménopause avec les produits utilisés en France ne pose pas de problème.

Une explication particulièrement bienvenue pour l’industrie pharmaceutique qui a vu s’effondrer les ventes des produits du traitement hormonal substitutif, dans une mesure moindre qu’aux Etats-Unis, mais suffisamment pour avoir des craintes sévères.

Il faut dire que le monde de l’industrie pharmaceutique et une partie du monde médical ont pris de plein fouet un véritable cataclysme en juillet 2002.

Une étude portant sur 16600 femmes ménopausées suivies sur un peu plus de 5 ans venait de montrer qu’il existait un risque de cancer du sein plus élevé chez les femmes recevant un traitement hormonal substitutif. Ce risque, évalué à 26 µ n’était cependant pas statistiquement significatif. Mais le public n’en eut cure et les chiffres de vente des traitements plongèrent de plus de 70 µ.

Cette étude, la WHI pour Women’s health initiative, avait été faite avec des hormones d’origine équine, en français tirée de l’urine de jument. Les femmes incluses dans l’étude étaient plutôt en surpoids et sexagénaires.

Ces diverses caractéristiques conduisirent les spécialistes français à réfuter les résultats de l’étude WHI, arguant du fait que la population choisie et les médicaments délivrés posaient de sérieux doutes sur la méthode et les résultats.

Puis vint l’étude britannique baptisée Million Women study et portant en fait sur 1,084110 million de femmes. Un grand nombre de ces femmes avaient recours aux traitements hormonaux du même type que ceux prescrits chez nous. Et, malgré cela, les résultats allaient dans le même sens que pour l’étude WHI. Le traitement substitutif de la ménopause engendre un risque supplémentaire de cancer du sein.

Face à ces résultats, des épidémiologistes et des spécialistes français souhaitaient mettre en place une étude du type de WHI. Mais une telle étude ne pouvait être qu’européenne tant le nombre de femmes à inclure devait être grand pour voir un effet et le financement posait aussi un énorme problème. L’idéal aurait été que les industriels qui fabriquent les hormones acceptassent de financer l’étude en respectant l’indépendance absolue des investigateurs

MISSION est-elle alors l’étude tant attendue. Apparemment non. Et son interprétation « rassurante » n’est pas du tout du goût de l’Agence de sécurité sanitaire des produits de santé, l’Afssaps qui, aujourd’hui même, publie un communiqué en forme de mise au point, voire de mise aux points sur les « i » !

L’Agence conteste à juste titre la faible taille de l’étude, un tiers des patientes seulement par rapport à WHI, nombre totalement insuffisant pour déceler un risque. D’autres lacunes dans la méthodologie de l’étude sont avancées, elles aussi pertinentes. Quant au résultat final, excluant tout risque, il n’est absolument pas statistiquement significatif et traduit une étude pas assez « robuste » » comme disent les spécialistes. On ne peut donc pas considérer cette étude comme définitive et faisant jurisprudence en raison de ses imperfections.

LIRE LE COMMUNIQUE DE L’AFSSAPS

L’Agence de sécurité sanitaire rappelle donc ses recommandations prises en 2006 et qui limitent la prescription du traitement hormonal substitutif aux seules femmes présentant des troubles fonctionnels liés à la ménopause et altérant leur qualité de vie. Ces termes recouvrent l’existence de sueurs nocturnes, d’insomnie de bouffées de chaleur très intenses ou encore de dépression.

Le traitement devra être donné à la dose minimale efficace et pour la durée la plus courte possible. Pas question non plus de laisser ensuite les femmes dans la nature, puisqu’une réévaluation annuelle est nécessaire.

Pour terminer, je vous conseille le livre de ma consoeur Martine Pérez, du Figaro. Martine est gynécologue de formation et a réalisé une longue enquête en 2005 sur ces traitements auxquels on prêtait toutes les vertus. On avait juste oublié que la médecine, comme la science, vit d’expériences et d’hypothèses sans cesse vérifiées ou contestées. Pas de dogmes.

Martine Pérez Ce que les femmes doivent savoir : Traitement Hormonal Substitutif, la fin d’un mythe Robert Laffont – 22 avril 2005

Références de l’étude MISSION : Breast cancer incidence and hormone replacement therapy: results from the MISSION study, prospective phase. Gynecol Endocrinol, 2007 Jul ; 23(7) :391-7

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Traitement de la ménopause : il faut rester prudent.

  1. yoyo6878 dit :

    il semblerait que j’y sois, du moins "techniquement" … je ne prends rien, et je ne me pose même pas la question : entre mon insuffisance cardiaque, et le cancer du poumon métastasé au crane et au bassin de mon compagnon, une ménopause me semble très aléatoire : les inconvénients d’une ménopause ne seraient ils pas "psychologiques " ? c’est la question que je suis entrain de me poser lorsque je m’accorde 5 mns pour y penser

  2. NTOURNEUR dit :

    Bonjour,
    Je suis asthmatique corticodépendante, insuffisante surrénale. Et… cerise au cyanure sur le gâteau, on m’a détecté un cancer au poumon droit l’année dernière (je suis fumeuse passive). Je ne vous décrirai pas le traitement, le cancer qui évolue… L’oncologue a voulu que j’arrête le traitement pour la ménopause (principe de précaution), j’ai vécu des jours invivables, donc, je suis allée voir la gynéco qui m’a prescrit estreva et utrogestan, elle m’assure que je ne risque rien. Aujoud’hui mon coeur balance, je me sens mieux avec ces hormones mais je n’ai pas osé l’avouer à l’oncologue.. je mens donc à chaque consultation… mais le quotidien est aussi important que le futur. Bonne journée

  3. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Je ne peux évidemment pas vous donner un avis sur le triste cas de votre amie. Je crois, en revanche, qu’il faut rester très prudent et continuer à limiter le traitement hormonal aux cas très précis des femmes dont lees troubles sont les plus sévères. Un traitement court à doses faibles et bien surveillé ne présente pas de risques. mais estimer qu’on peut faire table rase des études étrangères au motif qu’elles sont justement étrangères est un peu léger. L’avis de l’AFSSAPS me semble être le bon et l’Académie nationale de Médecine va aller dans le même sens.

  4. Sarvane dit :

    Bonjour,

    En octobre dernier, ma meilleure amie décédait d’un cancer du sein. Elle avait 47 ans. Et j’entends encore sa voix : "Surtout ne prends jamais d’hormones à la ménopause !". Et à vous lire, j’en déduis qu’elle n’avait peut-être pas tort…

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