VIH/SIDA CROI 2008 : l’horizon s’assombrit encore pour la mise au point d’un vaccin.

Trois essais de vaccins en quelques années, des milliers de volontaires à travers le monde et, en bout de course, trois échecs dont un dernier retentissant. Personne ne peut dire aujourd’hui si un vaccin préventif contre le VIH existera un jour.

A l’automne dernier, le monde de la recherche sur les vaccins contre le VIH tombait de huait. En analysant les données de suivi de l’essai baptisé STEP et qui concernait le vaccin MerckV520, les experts constataient en effet que ce vaccin ne protégeait vraiment pas.
Cette étude avait enrôlé 3000 volontaires séronégatifs pour le virus VIH et ayant des comportements sexuels à risque.
Dans le groupe de volontaires vaccinés on dénombrait 49 nouvelles contaminations par le VIH alors qu’il n’y avait que 33 cas dans le groupe recevant le placebo.

L’essai a été immédiatement interrompu et depuis les spécialistes cherchent à comprendre.
Ce mardi à Boston, les premières tentatives d’explication ont été présentées par Susan Buchbinder (San Francisco) et Michael Robertson ( Merck, West Point).

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Drs Susan Buchbinder et Michael Robertson

Ce dont on est sûr c’est que le vaccin lui-même n’est pas directement à l’origine de ces contaminations puisqu’il ne contenait que trois gènes issus du virus VIH et aucun matériel potentiellement infectieux.

La préparation vaccinale a plutôt joué un rôle indirect prédisposant à l’infection par le virus, mais comment ? Là est la question. Les analyses statistiques sont loin d’être terminées mais déjà émergent des éléments de réponse.

En comparant les diverses caractéristiques des sujets infectés et de ceux qui ne l’étaient pas, on s’aperçoit que les volontaires qui étaient circoncis ont bénéficié d’un effet protecteur.
La raison n’est pas encore connue !
Un autre élément semble entrer en compte. Les génes étaient insérés dans un virus synthétique appelé adénovirus de type 5. Ce virus est de la famille des virus responsables du rhume commun et il est fréquent que l’on s’immunise contre cette famille de virus. Les personnes infectées avaient tendance à avoir un haut niveau d’anticorps contre cet adénovirus, ce qui veut dire que la préparation vaccinale aurait pu être inactivée d’emblée.

Il va falloir de longs mois encore pour comprendre ce qui s’est passé et l’analyse de cet échec apportera sans doute beaucoup aux chercheurs. Des chercheurs qui ont le blues car la mise au point d’un vaccin préventif semble s’éloigner de plus en plus et pour longtemps.

L’un des plus grands spécialistes de cette recherche, Ronald Desrosiers (Harvard university, Boston) dit clairement que dans l’état actuel de nos connaissance il est impensable d’obtenir un vaccin efficace et que tous les projets en cours de développement sont voués au même échec que les trois essais précédents.

Pr Ronald Desrosiers

Desrosiers explique cette position par le fait que nous ignorons encore trop de choses sur la façon de contrer ce virus et que l’urgence c’est de revenir en arrière et de se lancer dans de nouvelles recherches et plus d’innovation créative. Actuellement le virus échappe à l’action des anticorps, ces protéines censées le neutraliser. Il faut pouvoir trouver la formule pour qu’il ne puisse plus narguer nos défenses.
Autre difficulté de la mise au point d’un vaccin, la multiplicité de formes que peut prendre le virus. Un vaccin est adapté à un type de virus mais pas à un spécialiste de l’évasion qui peut « cracher » des éléments en permanence pour tromper les défenses.
Et la liste est longue de notre ignorance à frapper au coeur un ennemi diabolique. L’idée d’une « balle magique », d’un vaccin universel est donc une illusion pour le moment.

« Nous courons le risque en continuant ainsi » dit Desrosiers « de lasser les bailleurs de fonds, notamment les pouvoirs publics et de décourager les volontaires »

L’équivalent d’environ deux cents millions d’euros a déjà été investi dans des essais cliniques sans résultat positif.
Desrosiers estime que cet argent serait plus utile pour financer des études scientifiques destinées à comprendre comment bloquer le virus, ce qu’on ne sait toujours pas faire vingt-cinq ans après la découverte du VIH.

D’autres voix s’élèvent aussi pour encourager à financer des stratégies de prévention et d’éducation qui montrent leur efficacité comme au Botswana par exemple.

Il y a quelques années, en France, un scientifique proclamait dans les médias :« Donnez- moi deux millions et dans deux ans je vous fais le vaccin ». Il parlait de 2 millions de francs, un peu plus de 300 000 euros.

Malgré un investissement des milliers de fois plus importants, aucune équipe au monde n’a mis au point un vaccin efficace.

Apparemment, ce ne sera fait avant bien longtemps

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à VIH/SIDA CROI 2008 : l’horizon s’assombrit encore pour la mise au point d’un vaccin.

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE à Anonyme (cf infra):

    Je suis journaliste, pas marchand d’illusions. les travaux que j’ai rapportés concernaient la mise au point d’un vaccin prophylactique et non pas une immunothérapie destinée aux personnes vivant déjà avec le VIH.

    cela fait vingt ans que des annonces tonitruantes sur le vaccin sont faites. Il est important de dire où en est l’état de la recherche pour faire comprendre que la prévention reste plus que jamais de mise.

    Désolé de vous gâcher la soirée.

  2. Anonyme dit :

    Cet article est d’un pessimisme mortifère. Merci pour les 150000 seropositifs vivant en France et les millions d’autres à travers la planète, c’est vraiment encourageant¨!!!!
     

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