VIH/Sida : un virus d’une intelligence diabolique

Le virus Vih, à l’origine du Sida est un génie du mal. Chaque nouvelle découverte le prouve un peu plus. Aujourd’hui c’est une étude américaine qui montre comment ce tueur réussit à tromper les cellules qu’il parasite.

D’un côté un virus, très petit, dont l’équipement génétique, c’est-à-dire le programme de fonctionnement, est constitué de neuf gènes seulement, capables d’élaborer quinze protéines en tout et pour tout. De l’autre une cellule humaine de défense, un lymphocyte. Une extraordinaire machine de plus de trente mille gènes, capables de fabriquer des centaines de milliers de protéines.

Mettez le virus en présence de la cellule et qui tue l’autre ? Le virus.

Pour vivre, en effet, il doit entrer dans la cellule, y déposer son matériel génétique et le faire reproduire à des milliers d’exemplaires par cellule infectée. Au total, c’est un milliard de copies qui sont ainsi élaborées quotidiennement.

Le virus a ses propres outils, il a ainsi une protéine « interprète » qui permet à son matériel génétique codé dans une langue d’être traduit dans le langage de la cellule. On passe ainsi de l’ARN à l’ADN grâce à cette enzyme, la reverse transcriptase ou transcriptase inverse.

Mais le virus est vite limité et doit utiliser des mécanismes de la cellule qu’il infecte pour arriver à ses fins.

On avait ainsi identifié une quarantaine de protéines humaines « piratées » par le Vih. Le virus fait croire aux mécanismes de défenses qu’il est un ami. Au prix de légères petites mutations, il envoie des signaux à la cellule qui se fait abuser et déclenche des cascades de réactions biologiques que le Vih met à profit pour se multiplier avant de quitter la cellule en la tuant en partant.

Mais une étude publiée cette semaine dans la revue Science, montre que l’étendue du piratage est encore pire que ce qu’on savait. conduite par Abraham Brass et des chercheurs de l’Ecole de médecine de Harvard, à Boston, cette étude montre que le Vih utilise en fait 173 protéines humaines , un chiffre six fois plus important que ce qu’on imaginait jusque là.

Cette nouvelle est à la fois inquiétante et intéressante. Inquiétante parce que vingt cinq ans après la découverte du Vih, on s’aperçoit qu’on est encore très loin de tout savoir sur les mécanismes qu’utilise ce virus pour parvenir à ses fins. Les échecs répétés des essais vaccinaux en sont une terrible démonstration.

Mais le bon côté théorique des choses c’est que de telles découvertes ouvrent aussi des voies de recherche pour la mise au point de médicaments ou de substances issues des biotechnologies qui soient capables d’interférer avec les mécanismes mis en jeu par le génie diabolique du virus. Bloquer une protéine ou une chaîne de réaction est faisable, même si ce sont de longues recherches pour arriver à mettre au point les produits efficaces.

Avec un bémol cependant. Ces protéines, ces réactions, ces récepteurs sont dans la cellule depuis la nuit des temps, alors que le Vih a environ cinquante ans. Les voies qu’il parasite sont utilisées par les cellules dans leur fonctionnement quotidien et bloquer certaines de ces voies peut avoir des conséquences non négligeables.

Il faudra donc peser les avantages et les inconvénients de tel ou tel blocage ou inhibition d’effet pour savoir si c’est profitable ou risqué pour la personne porteuse du virus. En attendant, les mesures de prévention de la transmission restent encore le meilleur remède, même si certains ont tendance à l’oublier.

Référence de l’étude

Identification of Host Proteins Required for HIV Infection Through a Functional Genomic Screen

Abraham L. Brass, Derek M. Dykxhoorn, Yair Benita, Nan Yan, Alan Engelman, Ramnik J. Xavier, Judy Lieberman, and Stephen J. Elledge

Publié en ligne le 10 janvier 2008 sur www.scienceexpress.org

Doi:10.1126/science.1152725

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans Non classé, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.