Cancers du colon et du poumon : la viande rouge sur le gril

Manger trop de viande rouge et de produits industriels à base de viande n’est pas une très bonne idée si on souhaite se préserver de certains cancers.

Une nouvelle étude, particulièrement bien construite en apporte une preuve difficilement contestable

Samedi prochain, quand j’irai faire mes courses sous les halles de Tours, mon copain Philippe le boucher va sûrement me jeter un œil noir. Enfin seulement si la pesse parle beaucoup de l’étude dont je vais vous présenter les résultats ici et dont je vous donnerai les références exactes en fin de billet.

De quoi s’agit-il donc ? D’un long travail, plus de huit ans, pour mesurer la relation qui peut exister entre certaines habitudes alimentaires et la survenue de cancers.
Des épidémiologistes américains de l’Institut national de la santé (NIH) ont suivi ainsi près de 500 000 personnes âgées de 50 à 71 ans au moment de leur recrutement dans cette étude en 1995 et 1996.
Ces personnes ont, à intervalles, réguliers, rempli des questionnaires sur leurs habitudes alimentaires, des questionnaires très détaillés, les interrogeant en particulier sur leur consommation de fruits, de légumes, de viande rouge, de jambon, de saucisses, de bacon, de volaille.

Au cours de ces huit années de suivi, les responsables de l’étude ont identifié la survenue de 53396 cancers.
Ils ont alors repris les questionnaires alimentaires des personnes concernées et ils ont constaté que la consommation en grande quantité de certains aliments était associée avec un risque plus élevé de développer certains cancers.
Cette consommation élevée concernait la viande rouge et les produits élaborés à base de viande, comme les saucisses, le jambon, le bacon, les plats industriels à base de viande.

Les gros consommateurs de ce type d’aliments ont montré un risque plus élevé (20 %) que les autres de développer un cancer du colon et du rectum et un cancer du poumon (16 %). Dans une moindre mesure, ces gros consommateurs avaient également plus de risque de développer un cancer du foie ou de l’œsophage.

A ce point de l’histoire, je dois apporter un élément d’information important. Il n’y a, dans cette étude aucune démonstration d’un lien de cause à effet entre consommation importante de viande et cancer. On parle ici d’association et ce n’est pas la même chose. Association cela veut dire qu’il y a un rôle favorisant d’une consommation importante sur la survenue des tumeurs, mais ce rôle n’est en aucun cas suffisant ou la cause unique de la maladie.

Ce point étant précisé, que montrent les résultats ? D’abord que les cancers digestifs sont d’abord des cancers du rectum, la partie terminale de l’intestin. Cela est dû en particulier à la présence de bactéries favorisant la fermentation et l’apparition de substances de dégradation des produits carnés qui sont des cancérogènes connus.

L’autre point surprenant c’est cette élévation du risque de cancer du poumon. Il n’est pas évident a priori de voir un rapport entre l’ingestion de viande et une tumeur pulmonaire. Faut-il y voir l’influence des méthodes de cuisson ? On sait que griller une viande, notamment au barbecue, favorise la fabrication d’hydrocarbures polycycliques aromatiques, un nom barbare pour désigner des composés tels le benzène.

Mais sans doute n’est-ce pas la seule explication et je vais enquêter plus avant sur cette affaire.

On pourrait objecter aux auteurs que les gros mangeurs de viande sont peut-être des gros fumeurs et que leurs résultats auraient pu être faussés par ce biais. Mais ces chercheurs sont des gens très brillants et ils ont pensé à cette éventualité.
Grace à des méthodes statistiques qui permettent de tenir compte de ces paramètres dans les calculs, ils montrent qu’en contrôlant ce « facteur cigarettes », les gros mangeurs de viande sont plus à risque que les consommateurs les plus faibles. Ils reconnaissent, cependant, que l’action du tabac ne peut pas être complètement négligée.

Mais cette étude n’est pas source seulement de mauvaises nouvelles, puisque, grâce encore à un calcul savant, les auteurs nous indiquent qu’en réduisant leur consommation les gros mangeurs de viande rouge et de produits carnés peuvent réduire leur risque de voir apparaître un cancer colorectal ou pulmonaire. Un cancer sur dix pourrait être évité si la consommation de ces produits était abaissée aux alentours de 12 grammes pour 1000 calories. Comme notre prise énergétique quotidienne est de 2500 calories (on doit dire d’ailleurs kilocalories), cela équivaudrait à ne pas dépasser quotidiennement une consommation carnée de 30 grammes.

Avec un tel chiffre, c’est sûr, je me fâche avec mon copain Philippe, le boucher. !

Il ne faut pas oublier que cette étude est américaine, que les modes de cuisson, notamment les barbecues, ne sont pas obligatoirement les nôtres. En ce qui concerne les méthodes de préparation des produits industriels, notamment la charcuterie, la législation européenne est également très stricte sur les « sels rougisseurs » riches en nitrites, des substances précurseurs des nitrosamines, cancérogènes connus.

Mais il n’empêche que depuis des années, beaucoup d’études vont dans le même sens et montrent qu’une consommation trop importante de viande rouge peut jouer un rôle dans la survenue d’un cancer colorectal.

La viande est un aliment important et, sauf si on est végétarien, personne ne prônera le fait d’y renoncer.
Mais il faut savoir la consommer avec modération, peut-être un peu moins souvent mais en se faisant plaisir avec des morceaux de qualité.

J’espère que tu ne m’en voudras pas trop, Philippe.

Voici donc les références de l’étude.
Elle est publiée dans une revue appelée PLoS Medicine accessible gratuitement en ligne.

http://dx.doi.org/10.1371/journal.pmed.0040325

On trouvera dans cette même revue un editorial faisant le point sur la connaissance des mécanismes impliquant la consommation de viande dans la survenue de cancers

http://dx.doi.org/10.1371/journal.pmed.0040345

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Cancers du colon et du poumon : la viande rouge sur le gril

  1. Morel Jean-Yves dit :

    Manger de la viande rouge(hors-sol) n’est pas une cause directe mais empile les risques.

    Les animaux "produits" en hors-sol sont vaccinés, dopés aux vitamines, anti-oxydants, métaux lourds, antibiotiques, hormones.(prostaglandines).
    Résultat résistances aux antibiotiques, pollutions multiples a risques sanitaires.
    Concentrations de polluants dans notre environnement.
    Réchauffement climatique, déforestation pour produire le maïs et soja transgénique ou pas.
    On utilise sept fois la surface agricole de l’europe dans les pays tiers (Brésil Argentine, voire Afrique)pour nourrir porcs, poulets, vaches.
    Transport maritime, routier,ect.

    La FAO met d’ailleurs en évidence les risques que font courrir aux consommateurs les élevages industriels.

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