Homosexualité et don de sang : la ministre , la santé et la santé publique.

Prendre une décision en santé publique est souvent un acte politique. Mais prendre une décision politique n’est pas obligatoirement un geste en faveur de la santé publique.

La volonté, annoncée, de Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, d’autoriser le don de sang pour les homosexuels risque d’avoir un certain nombre de conséquences dont on espère que la ministre a tenu compte.

Depuis le début des années 80 un certain nombre de personnes dits « à risque » sont exclues du don de sang à l’occasion de l’entretien médical préalable au don lui-même.
Les donneurs potentiels ayant des partenaires multiples par exemple ne peuvent donner leur sang. Les homosexuels masculins non plus.
Tout cela, bien sûr, en raison du risque de transmission du virus VIH, à l’origine du Sida.

Bien sûr, il y a des tests de dépistage qui font qu’on élimine tout don contaminé, mais aussi parfait que soit le dépistage aujourd’hui, il y a toujours un risque résiduel .

Ce risque est statistiquement estimé à un sur 2,6 millions. C’est-à-dire que, théoriquement, sur 2,6 millions de poches transfusées, une d’entre elles peut encore contenir du virus VIH.

Théoriquement, dis-je, car depuis plusieurs années, il n’y a pas eu un seul cas de contamination post-transfusionnelle par ce virus alors qu’on dépasse les 3 millions de poches transfusées.

Autre problème, la « fenêtre », c’est-à-dire la période qui s’étend entre le moment de la contamination d’une personne et le moment où elle aura un test de dépistage positif. Il peut s’écouler plus de dix jours, voire des semaines, avant que n’apparaisse la trace du virus. Si la personne donne son sang dans cette période, le test de dépistage fait au moment du don sera négatif alors que le virus est déjà là.

C’est pour cette raison que l’interrogatoire préalable des donneurs est si important et si minutieux et qu’il exclut de plus en plus de monde, pas seulement, d’ailleurs pour le sida. Des séjours en Grande-Bretagne dans les années 80 vaut aussi un refus, en raison cette fois de la crainte de la transmission du prion, l’agent de l’équivalent humain de la maladie de la vache folle.

Cette mesure d’exclusion des homosexuels a été plutôt bien acceptée par les principaux intéressés qui, comme le disent nombre d’entre eux, ont beaucoup d’autres combats à mener qui leur semblent plus importants que la question du don de sang.

Seules deux associations, SOS Homophobie et ELCS, Elus locaux contre le sida, ont décidé de se battre contre cette exclusion depuis quelques années. Le président d’ELCS, Jean-Luc Romero avait demandé à Xavier Bertrand, lorsque ce dernier avait en charge la santé, de lever cette interdiction.
Xavier Bertrand avait demandé qu’on modifie les termes du questionnaire médical, qu’on fasse référence à des comportements à risque au lieu de « groupes à risque », mais n’avait pas levé l’interdiction.

Il faut dire que les épidémiologistes en charge de la surveillance de l’infection par le VIH et les spécialistes de l’Etablissement français du sang, l’EFS, avaient fait savoir combien cette mesure leur semblait inopportune et risquée.

Il faut dire que les chiffres sont là qui expliquent les craintes de ces professionnels, qui réagissent en acteurs de santé publique et non pas en tant que parangons de vertu homophobes, comme certains aiment à les caricaturer.

Que disent ces chiffres ? Que la prévalence de l’infection, c’est-à-dire le pourcentage de gens infectés au moment où vous lisez ces lignes est entre 70 et 100 fois plus élevée dans la population homosexuelle que dans la population « générale ».

Selon une modélisation statistique, ouvrir le don de sang aux homosexuels aurait pour conséquence de doubler le risque résiduel de contamination post-transfusionnelle.

J’ai écrit, certes, que ce risque est actuellement estimé 1 sur 2,6 millions. Il passerait à 1 sur 1,3 millions. Ce n’est pas énorme en valeur brute, mais c’est colossal en termes de santé publique. Un risque qui double est considéré comme une vraie menace en épidémiologie.

Et quel sera l’impact sur le public, sur ceux qui donnent et sur ceux qui peuvent recevoir du sang ?
Aujourd’hui, il ne se passe pas de semaine sans qu’un appel soit lancé car les pénuries de sang sont devenues monnaie courante, faute de donneurs.
Les drames sanitaires et humains liés à la transfusion dans les années 80 et les procès des années 92 et 93 ont terriblement secoué le domaine de la transfusion et érodé la confiance du public.

Depuis des progrès énormes ont été faits en matière de sécurité, notamment avec des tests ultra-performants et aussi grâce aux mesures d’exclusion, sans doute parfois excessives, mais qui répondent aux mesures de précaution indispensable pour éviter de nouveaux drames.

La décision que s’apprête à prendre Roselyne Bachelot-Narquin fera plaisir à Jean-Luc Romero et à un certain nombre de personnes. Elle va déplaire à beaucoup d’autres et, probablement, inquièter et effrayer même encore plus de monde.

Le moment semble d’ailleurs curieusement choisi quand le dernier rapport de l’Instiut national de veille sanitaire www.invs.sante.fr indique que l’infection par le virus VIH ne connait pas de baisse, bien au contraire, parmi la population homosexuelle.

A moins que la ministre ait en sa possession des arguments scientifiques contredisant toutes les études et mesures connues, notamment celles édictées par l’Organisation mondiale de la santé.

Il faut espérer qu’elle les fera alors connaître pour qu’on puisse comprendre pourquoi il était si important de prendre une décision dont la nécessité n’apparaît pas forcément évidente.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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10 réponses à Homosexualité et don de sang : la ministre , la santé et la santé publique.

  1. Pascal dit :

    J’approuve les remarques d’alex et de david avant moi, d’autant plus que vos réponses ne sont pas vraiment convaincantes. Permettez-moi d’en rajouter une couche.

    Vous dites que la prévalence du HIV est 70 fois supérieure chez les homos. Je veux bien vous croire bien que je ne parvienne à retrouver ce chiffre nul part ailleurs, ni à l’INVS ni à l’UNAIDS. Peu importe, car le truc, c’est que ça n’a pas la moindre importance. Ce chiffre n’a rien à voir dans le débat, et c’est bien là qu’on peut accuser de terrorisme les auteurs que vous citez : ils font peur avec un chiffre impressionnant mais non pertinent.

    En effet, et vous le dites fort bien dans votre article, ce sont uniquement les personnes situées dans la fenêtre sérologique qui posent problème. Les autres sont bloquées par les tests effectués a posteriori sur les prélèvements. Ce sont donc uniquement les contaminations RECENTES qu’il faut considérer dans vos statistiques. Or, et là on trouve les chiffres sans difficulté, les 2/3 des contaminations récentes ont lieu parmi la population hétéro. Autrement dit, à un instant donné, si l’on prend l’ensemble des personnes HIV+ situées dans la fenêtre sérologique et donc dangereuses en terme de don de sang, 1/3 seulement sont des homos. S’il n’y avait pas d’autres considérations sur lesquelles je n’ai pas la place de m’étendre ici et qui tempèrent un peu ce raisonnement, on pourrait presque dire que le risque serait moins grand à utiliser le sang des homos qu’à utiliser le sang des hétéros…

    En fait, le vrai problème n’est pas que les homos se sentent humiliés de ne pas pouvoir donner. Pour tout dire, je pense que la majorité s’en foutent. Comme vous dites, il y a des combats plus importants. Le vrai problème est que quelque part, bien profondément ancré dans le cerveau de médecins et de décideurs politiques, il est écrit PD = SIDA. C’est ce que prouvent ces décisions politiques, ces études biaisés, ces statistiques bidons qui font peur. C’est ça qui est inadmissible, seulement ça, et ça vaut vraiment d’être combattu.

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE: J’ignorais être devenu terroriste. Je tiens juste à vous rappeler des temps un peu anciens, c’est à dire lannée 1985 où les tests de dépistage étaient faits seulement lors du don de sang, puisqu’il n’existait pas de centres de dépistage anonyme et gratuit. A cette époque , un certain nombre de personnes allaient donner leur sang pour savoir si elles étaient séropositives ou non . L’imprécision des tests a fait qu’un nombre de prélévements contaminés est passé dans le circuit. Bien sûr l’époque n’est pas comparable et lestests aujourd’hui sont de tout autre qualité qu’à l’époque. Mais il y a toujours des personnes qui jouent à la roulette russe et qui prennent des risques délibérés. Je redis combien je comprends qu’il puisse être humiliant et insupportabl pour un donneur potentiel gay vivant une relation stable sans prise de risque de se voir refuser l’accès au don de sang. Mais les chiffres de l’épidémie sont là aussi et ce n’est pas faire du terrorisme que de constater que la contamination ne recule pas dans la population gay. Comment fait-on pour ,dans un même temps dire que la prise de risque ne diminue pas dans la population agy et qu’il n’y a pas d’obstacle à autoriser le don de sang par cette même population ? Je ne voudrais pas être décideur politique ayant à gérer ce dilemme.

  3. David dit :

    Cet article fait du terrorisme statistique. Il est faux de croire que les gays vont augmenter significativement le risque de transmission du VIH par le don de sang. Les gays qui se savent atteints du VIH n’iront pas donné du sang et les gays ayant eu des pratiques à risque dans les semaines ou mois précédents le don, qui sont en grand nombre, seront exclus par le questionnaire. Les gays qui pourront valablement donner leur sang seront très peu nombreux. Les effets de peur des statistiques sur la prévalence du VIH chez la population homosexuelle n’a donc aucune raison d’être car ces statistiques sur le risque de transmission du VIH présupposent que TOUS les gays pourront et iront donner leur sang. Chez les gays qui se croient séronégatifs et qui n’ont pas eu de pratiques sexuelles à risque, les risques sont plutôt faibles qu’ils soient atteints du VIH sans le savoir. Le risque d’un faux négatif lors du dépistage du VIH de la poche de sang de cette dernière catégorie de personne, qui serait les seuls donneurs potentiels, est donc minime. La décision de la ministre est en conséquence raisonnable. La ministre devrait parallèlement encourager par des mesures concrètes le dépistage volontaire des ITS chez les gays ou, ultimement et idéalement, rendre ce dépistage obligatoire. Il va de soi qu’il faut continuer d’encourager les pratiques sexuelles à risques minimum et d’encourager l’utilisation de moyens de protection efficace contre les ITS.

  4. JD Flaysakier dit :

    REPONSE: J’ai pris pour règle d’afficher tous les commentaires reçus sur ce blog, sauf lorsqu’ils relèvent de l’insulte ou de propos racistes ou diffamatoires. Bien que l’auteur du dernier commentaire ait choisi de rester anonyme, il me semblait utile de permettre à chacun de lire son texte. Je signale donc à Matt qu’il peut parfaitement contacter l’Instiut national de veille sanitaire pour se faire confirmer que la modélisation a bien été faite et que le Pr Gilles Brucker, directeur général de cet instut a bien donné ce résultat. Pour le este, je laisse à l’appréciation de chacun les commentaires de l’auteur. Je ne retire bien evidemment rien à ce que j’ai écrit.

  5. Matt dit :

    Docteur Flaysakier,

    Votre commentaire obscurantiste sur le don de sang et la tentative de dissimuler votre méconnaissance du sujet derrière des conclusions statistiques grossières et erronées sont très regrettables.

    Tout d’abord permettez moi de relever que votre analyse repose sur trois incantations bancales et non sourcées :

    – "Selon une modélisation statistique (…) doubler le risque résiduel."
    Je trouve cela très opportun, probablement trop, que le simple fait d’ouvrir le don de sang aux homos double le risque. Pouvez vous nous donner une référence précise pour cette étude ?

    – "un certain nombre de gays, la majorité m’a dit s’être fait une raison sur le fait de ne pas donner du sang".
    C’est donc via ce sondage réalisé par vous même selon une méthodologie qui doit certainement vous être très propre que vous concluez sur le fait que "seulement 2 associations" luttent pour la fin de cette discrimination. Je pourrai facilement affirmer de la même façon que la totalité des associations homosexuelles luttant contre les discriminations réclament la fin de cette situation. En effet, SOS Homophobie est au niveau national la seule voix des homos. Il est vrai que l’association locale des Gays Randonneurs Nantais, que je salue ici, ne s’est pas emparée du sujet probablement car celui-ci ne la concerne pas. Utiliser le minoratif "seulement" et le majoratif "doubler" à quelques phrases d’intervalle est réthoriquement joli mais statistiquement faux.

    – "Les épidémiologistes en charge de la surveillance de l’infection par le VIH et les spécialistes de l’Etablissement français du sang, l’EFS, avaient fait savoir combien cette mesure leur semblait inopportune et risquée."
    Auriez-vous encore une fois l’obligeance de préciser vos sources ? Affirmer aussi catégoriquement, sans contexte et sans mesure (combien d’épidémiologistes ? quand ? quelles sont leurs responsabilités au sein de l’EFS ?) ne rend pas l’affirmation juste.

    Concernant le don lui-même, je doute que vous n’y ayez récemment pris part. Le contenu précis des questions, le fait qu’il soit mené par un médecin et l’importance de l’acte lui-même (entièrement volontaire) rend le risque de prélèvement par accident très faible. A moins de penser que les homos soient de moins bons citoyens et veuillent volontairement contaminer des malades, je ne vois pas de raison.
    Quelqu’un souhaitant commettre un tel acte criminel peut déjà le faire aujourd’hui, il lui suffit de mentir et cette personne n’a même pas besoin d’être homosexuelle.

    Ouvrir le don aux homos, avec les même exigences que pour les hétéros n’est pas un acte politique, c’est du bon sens, que seul un esprit étriqué, pervers ou mal informé ne pourrait admettre.

    C’est pourquoi j’ai l’honneur Docteur de vous demander de revenir sur cet article, comme Xavier Bertrand, ministre de la Santé, était revenu sur son opinion initiale il y a quelques années.

    Si vous ne pouvez y consentir, corrigez au moins votre article pour y inclure des sources scientifiquement neutres et irréprochables au lieu d’un tissus d’opinions de comptoir.

  6. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A JEAN-MICHEL : si vous lisez ma réponse au commentaire précédent, vous verrez que je dis que la notion de population à risque n’existera plus dans le questionnaire mais sera remplacé par la notion de pratiques à risque. Pour ce qui est des répercussions psychologiques du refus de don , je comprends qu’il puisse être traumatisant. mais je comprends aussi la position des spécialistes de la transfusion et des épidémiologistes. pardonnez moi de me répéter mais la prévalence de l’infection par le VIH est 70 fois supérieure dans la population gay à celle retrouvée dans la population en général. Et en l’état actuel des capacités de détection des tests, « ouvrir » le don aboutirait à doubler le risque statistique d’avoir une poche de sang contaminée et non détectée. Imaginez que cela arrive et que l’enquête d’hémovigilance remonte jusqu’au donneur. comment réagira l opinion ? ne croyez vous pas que le risque de stigmatisation sera alors mille fois plus grand ?

  7. jean michel dit :

    Je trouve ce point de vue très choquant car l’exclusion des homosexuels du don du sang contribue à leur stigmatisation qui genère la honte, la haine de soi (appelée aussi homophobie interiorisée), la depression le suicide et les conduites à risque (dont les conduites à risque face au VIH). Ainsi, c’est un cercle vicieux qui augmente le risque de contamination. Il faut bien sur tenir compte de pratiques à risque mais pas de populations à risque.

  8. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Le terme de « population à isque » va disparaître des questionnaires. ce sont les pratiques à risque qi seront désormais recherchées, ce qui évite de stigmatiser une préférence sexuelle par rapport à une autre. Je ne suis pas l’avocat de l’EFS mais je pense qu’en l’état actuel des choses, il vaut mieux avoir une attitude assez rigoureuse. je comprends combien cela peut paraître injuste et déplaisant aux personnes dont vous évoquez fort justement la situation. le problème c’est que, comme vous le savez, l’épidémiolgie de l’infection montre que la transmission du virus ne connait pas de pause parmi les homosexuels masculins. Certaines pratiques sciemment à risque peuvent aussi amener des « donneurs » à venir tester la fiabilité du dépistage , avec le risque que l’on sait. Quand j’ai travaillé ,il y a un peu plus d’un an deja, sur cete question et que j’ai interrogé un certain nombre de gays,la majorité m’a dit ^s’être fait une raison sur le fait de ne pas donner du sang et avoir d’autres combats plus importants à merner. Ma deuxième ie est consacrée à la recherche en santé publique et j’avoue que le discours de ces garçons me convient très bien. Je crois ue le temps viendra où les tests réduiront encore plus notre degré d’incertitude et alors les obstacles seront levés. Mais la transfusion est trop fragile en rance actuellement pour qu’onpuisse courir un risque fût-il minime, de gébérer des craintes et des peurs, voire une contamination .

  9. alex dit :

    Il y a une chose que je ne comprends pas et peut-être pouvez-vous me l’expliquer : pourquoi refuser du don un homosexuel masculin qui déclarerait n’avoir qu’un seul partenaire depuis plus d’un an ou qui déclarerait ne pas avoir de relations sexuelles depuis plus d’un an ? Certes il peut mentir ou être trompé et contaminé par son conjoint… mais pas plus qu’un(e) hétérosexuel(le). La notion de prise de risque qui permet d’exclure les hétérosexuels multipartenaires comme les homosexels multipartenaires me semble plus efficace que celle de populations à risque. Je ne comprends pas l’opposition de l’EFS à cette mesure.

  10. Dr Lotz dit :

    c’est effrayant de voir comme le démagogisme peut parfois être destructeur…

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