Diabète de type 2 : l’agro-alimentaire a de gros progrès à faire

Il y a trois cent millions de personnes obèses à travers le monde et parmi elles, 171 millions souffrent de diabète de type 2.

Des chiffres qui ne peuvent laisser indifférents les grands groupes alimentaires. Mais sera-ce pour le bien des diabétiques? Là est la question.
Il y a quelques années encore , quand on parlait de diabète on imaginait des personnes jeunes, minces, se piquant plusieurs fois par jour avec de l’insuline pour pallier l’absence de production de cette hormone par leur organisme.

Ce diabète, dit de type 1, n’a pas disparu de la planète , mais depuis quelques années, on a « découvert » qu’une autre forme de diabète avait pris une ampleur considérable, le diabète de type 2, qu’on appelle encore quelquefois le diabète gras.

Cette affection a tendance à se révéler à la quarantaine chez des adultes en surpoids, souvent hypertendus, peu enclins à avoir une activité physique régulière. Sournoise, l’affection reste totalement silencieuse si on ne prête pas gare à certains signes comme le fait de boire de grandes quantités d’eau et d’uriner abondamment, souvent en fin de deuxième partie de nuit.

Ce diabète de type 2 ne résulte pas d’une absence de sécrétion d’insuline par l’organisme, mais d’une résistance des cellules cibles à l’action de cette hormone.
Il faut donc prendre en charge ces patients, gérer tous les facteurs de risque, notamment l’excès de cholestérol et de triglycérides, l’hypertension, l’excès de poids.

Les diététiciennes des services spécialisées ne sont pas avares de conseils pour aider les patients à se prendre en charge, une fois sortis de l’hôpital. Elles rédigent des régimes avec des quantités de sucres pour la journée.
Et c’est là que commence la galère !

Faire ses courses dans un magasin d’alimentation normal et faire la chasse aux sucres sur les étiquettes nécessite d’être un disciple ou un descendant de Champollion.
Très souvent, l’affichage minimal de la teneur en glucides, lipides et protides est écrit le plus petit possible. Et il faut avoir une bonne mémoire. Prenez la plupart des marques de yaourts vendus par quatre. La composition se trouve sur l’emballage carton. Un emballage qui, au nom des règles d’hygiène, n’entrera pas dans le réfrigérateur. Allez ensuite chercher sur chaque pot sa composition, c’est trop tard !

Il y a cependant certaines marques de distributeurs, c’est à dire les produits vendus par la grande distribution, qui font l’effort d’étiqueter chaque pot.
Eviter le sucre, c’est beaucoup plus dur que d’éviter les matières grasses, car le 0 % fleurit sur les emballages, alors que la mention « sans sucres ajoutés » est difficile à trouver.
Il y a certaines marques qui commencent à s’y mettre, mais elles sont encore rarement vendues dans les magasins où on fait habituellement ses courses. Il faut donc chercher le magasin de produits diététiques quand il existe. Cela fait un peu de marche, mais la vie devient compliquée !

Avec des gens de plus en plus gros et la véritable « épidémie » de diabète de type 2, on aurait pu croire que les géants de l’agro-alimentaire allaient se jeter avec un féroce appétit sur ce marché, après avoir épuisé les filons du « light ».

Il faut dire que le marché de l’aliment « santé » est assez juteux pour ces groupes, puisqu’il génère une marge bénéficiaire de 15 % environ, contre 8 % pour un produit classique, comme le rappelle fort justement un article de la revue BusinessWeek , dans un article publié le 22 juin 2006 (Nestlé: Fattening up on skinnier foods, ). www.businesweek.com

Mais promouvoir des produits ciblant les obèses ou les diabétiques n’est pas très « tendance » sous nos cieux. Mieux vaut vendre du bien-être ou du ferment lactique qui fait oublier les troubles du transit.

Pourtant Nestlé a sauté le pas, mais sur les marchés asiatiques en vendant une barre de céréales enrichie en bêta-glucane. Cette substance est un glucide complexe, au contraire du glucose qui est un glucide simple rapidement absorbé.

On le trouve principalement dans le son d’avoine et de seigle.

Son rôle est d’augmenter la viscosité du bol alimentaire dans l’estomac et de procurer une sensation de satiété. Il ralentit l’absorption intestinale des sucres et des graisses. Il joue d’ailleurs un rôle important pour faire baisser le LDL-cholestérol, celui qui se dépose sur les artères.

Le géant suisse devrait bientôt utiliser cette substance dans des produits destinés aux marchés occidentaux. Mais s’il vise spécifiquement les personnes souffrant de diabète de type 2 en incorporant ce bêta-glucane dans des aliments, il devra obtenir le feu vert de la FDA, l’agence américaine qui régule la sécurité des aliments et des médicaments. Une même homologation sera sûrement indispensable en Europe.
Cela implique des études coûteuses dont la plupart des firmes souhaiteraient se passer.

Nestlé travaille aussi sur des fibres « acétogènes ». ces fibres qui réduisent le taux d’acides gras circulant dans le sang. Les triglycérides, en particulier, jouent un rôle néfaste chez les diabétiques de type 2.

Un autre géant, Unilever travaille sur des mécanismes capables de ralentir l’absorption des graisses par l’intestin
Danone n’est officiellement pas dans cette quête, même si le géant français a sorti une ligne de produits, yaourts, mousses de fruits, à 0 % de matières grasses et sans sucres ajoutés.

La question est de savoir si toutes ces recherches aboutiront à des produits vraiment efficaces. Les spécialistes de nutrition en doutent et font remarquer que les résultats obtenus dans le contexte expérimental sont rarement reproductibles dans la vraie vie.
Certains y voient même de la part de l’agro-alimentaire une façon de se donner bonne conscience tout en engraissant ses revenus.

Mais, en attendant, il serait peut-être temps que les pouvoirs publics imposent aux industriels des étiquetages beaucoup plus informatifs et faciles à lire, avec notamment l’index glycémique des produits, c’est à dire la vitesse avec laquelle les sucres contenus dans le produit vont passer dans le sang et déclencher une sécrétion d’insuline.

Pour aider ses clients à mincir, l’industrie pourrait au moins faire ce gros effort.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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