Le tabac et les jeunes : la fumée des écrans

La Semaine du cœur organisée par la Fédération de cardiologie a décidé de s’intéresser aux jeunes et au tabac. C’est une excellente idée puisque les fabricants de cigarettes ont décidé d’en faire de même, mais depuis plus longtemps !

L’été qui vient de s’achever aura été marqué par deux événements. L’un a été une météo exécrable dans la moitié nord du pays, l’autre le retour à la télévision d’une émission de télé-réalité de type « Loft Story » diffusée par la chaine TF1, sous le nom de « Secret story ».

Si je parle d’événement dans ce dernier cas, c’est que j’avoue que je ne pensais pas pouvoir revoir un spectacle de ce genre à la télévision après ce qu’avait été le Loft et sa fameuse piscine. Mais je dois être un ringard fini ! Ce qui m’a frappé lors des deux fois où Jai jeté un œil sur ce programme ce n’est pas la portée intellectuelle des discussions des participants, ni l’étendue de leur culture générale du quotidien. C’est le nombre de fois où ces héros de l’enfermement volontaire étaient filmés en train de fumer. N’ayant pas une grande culture psychanalytique, je ne sais s’il fallait voir dans cette propension à consommer des cigarettes la recherche d’un substitut de tétine par ces grands enfants malheureux.

Ce dont je suis certain, en revanche, c’est que les manufacturiers de tabac ont dû être particulièrement heureux. En ces périodes où la protection des non-fumeurs bat enfin son plein, quel bonheur ce dut être pour les grandes compagnies de voir ces symboles vivants de la jeunesse d’aujourd’hui allumer ces « clopes » et exhaler la fumée. La cigarette à la télé et en « prime-time », c’était inespéré pour eux ! Et comme il y a un formidable impact d’identification dans ce type de programme, nul doute que certains jeunes, voire très jeunes ont foncé tête baissée chez les buralistes pour obtenir le paquet magique de leur héros ou héroïne favorite.

D’ailleurs l’industrie du tabac sait très bien quelle peut être la portée de scènes où on voit un personnage fumer. Une étude récente, publiée en septembre 2007 dans la revue Archives of pediatrics and adolescent medicine (Arch Pediatr Adolesc Med. 2007;161(9):849-856) www.archpediatrics.com a permis de suivre 6522 adolescents américains âgés de 10 à 14 ans pendant environ deux ans. Le but était de voir combien d’entre eux avaient fumé au moins cent cigarettes au terme de l’étude.

En même temps, les auteurs ont examiné les scènes de 532 films ayant connu un succès commercial au cours des cinq années précédant le début de l’enquête. Dans trois quarts de ces films, il y avait des milliers de scènes dans lesquels les personnages fumaient. Ces scènes étaient d’autant plus nombreuses que le film avait reçu une classification appelant à la vigilance des parents avant de laisser leurs enfants aller au cinéma, certains films étant même déconseillés aux moins de 13 ans. (On trouvera une explication de la classification des films américains à l’adresse suivante : http://tms.ecol.net/movies/ratings.htm)

Les auteurs de l’étude se sont aperçus que l’on trouvait deux fois plus de fumeurs chez les jeunes qui avaient vu certains films de cette liste que chez ceux qui n’en avaient pas vu. Le risque était encore plus élevé de devenir fumeur si on n’avait pas une tendance à aimer les sensations fortes mais qu’on avait vu ses héros fumer dans ces œuvres.

Tout cela n’est donc pas un hasard. Chassez les manufacturiers de tabac par la porte et ils rentrent par la fenêtre, celle de la TV ou du cinéma.

Ils disposent de moyens énormes et de stratégies commerciales bien rôdées. Pour vendre la cigarette du cowboy en Afrique, le fabricant diffusait, il y a quelques années des publicités avec un cowboy Noir !

Mais il est possible aussi de prendre cette industrie à son propre jeu. Nos voisin Belges l’ont montré brillamment. L’Œuvre belge du cancer, l’équivalent de notre Ligue nationale avait, au début des années 80 fait appel à Philippe de Dieuleveult, tragiquement disparu depuis au Zaïre.

Philippe, héros d’Antenne 2, animateur de la Chasse au Trésor, était le symbole de l’aventurier un « Indiana Jones » avant l’heure. L’organisation belge avait demandé à des élèves de primaires âgés de 9 à 10 ans sil comptaient devenir fumeurs. C’est en effet l’âge où tout se décide, notamment à cause du désir d’imiter les adultes de référence. Puis Philippe était venu parler aux enfants de sa vie, de ses aventures, du fait qu’il ne fumait pas et que la cigarette l’aurait empêché de vivre cette vie. Quelques mois après son passage, plus d’un tiers des enfants qui avaient déclarés vouloir fumer plus tard avaient renoncé à cette idée.

Je rêve de voir nos sportifs modèles se prêter à de telles campagnes. Entre des contrats pour des lunettes, des assurances, du jambon ou des biscuits, peut-être certains d’entre eux trouveront-ils le temps et l’envie d’aider nos enfants à ne pas avoir envie de fumer.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Le tabac et les jeunes : la fumée des écrans

  1. théma dit :

    Savez-vous qu’il éxiste une plante aidant la désaccoutumance au tabac ? c’est le Kudzu

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE A CAPRICORNE :

     

    Ne pas être enfumé relève aussi de ùma liberté . Envoyer un produit toxique dans les bronches des autres n’a rien à voir avec la liberté individuelle.

    Il y a des combats sûrement plus importants à mener sous ce vocable qu’on ne cesse de galvauder pour parler d’une addiction.

  3. capricorne75014 dit :

    Je considère que fumer ou ne pas fumer relève de la liberté individuelle et de la responsabilité de chacun.
    Pour ce qui concerne les pouvoirs publics, au noms de la société, leurs responsabilités est d’informer la population sur les risques de telle ou telle pratique et de ses conséquences.
    Ensuite, chacun est grand pour faire son choix et décider en toute connaissance de cause de s’empoisonner ou pas.
    Par contre, les conséquences de ses choix (tabac, alccol, drogue, etc.) ne doivent pas être supportées par les autres.
    Je considère anormal le remboursement de soins médicaux par la SS, lorsqu’ils sont la conéquence de choix personnels, en toute connaissance de cause.
    En cas de maladie, les intéressés doivent s’adresser à leurs fournisseurs.
    L’Assurance Maladie doit prendre en charge les seuls soins de maladies ou d’accidents imprévisibles.
    Il en va de même pour ceux qui décident librement de pratiquer une activité de loisir dangereuse (sportive ou autre). Ceux-ci doivent contracter une assurance, mais ne doivent pas faire supporter à la collectivité les conséquences financières de leurs choix hasardeux.
    Pascal F.

  4. noizepeak dit :

    Découvrez Derka le premier rappeur s’attaquant au sujet du tabac.
    http://www.myspace.com/derkamusic

    Noizepeak

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