Un docteur est demandé au rayon « consultations »

Imaginez qu’un jour votre supermarché se dote d’un cabinet médical. Pas dans la galerie marchande, mais dans le magasin lui-même et qu’on y fasse des consultations à prix « discount ». Impossible ? Pour l’instant, oui, mais les américains y sont déjà.

Les noms de Walgreens, CVS, Rite-Aid ou Duane-Read ne vous diront sans doute rien si vous n’avez jamais traversé l’Atlantique. Ces noms ce sont ceux de « drugstores » où les américains font leurs emplettes, mais, surtout vont chercher leurs médicaments. Car ces superettes abritent aussi les pharmacies. Depuis quelques mois, un nouveau service est proposé aux clients de ces établissements. A travers les Etats-Unis, plus de 400 drugstores offrent maintenant la possibilité de consulter dans un cabinet médical situé dans le magasin, ouvert sept jours sur sept même tard le soir.

Ce sont des groupes privés qui ont crée ces cabinets de magasin. Dans la plupart de ces cabinets, ce ne sera pas, cependant, un médecin qui vous recevra, mais vous aurez affaire aux « physician assistants » ou aux « nurse practioners » Ces personnels sont des infirmières ayant reçu une formation très poussée et capables de poser un certain nombre de diagnostics. Elles ont même le droit de prescrire des médicaments. D’ailleurs, beaucoup de cabinets de groupe américains et de services d’urgence ont recours à de telles professionnelles parfaitement qualifiées. Il faut bien sûr signaler qu’elles ont toujours la possibilité d’avoir un avis médical en bonne et due forme si elles estiment se trouver devant un cas qui leur pose problème.

La clientèle qui consulte dans ces drugstores vient pour des pathologies pas franchement graves: rhumes, allergies, infections urinaires, maux de gorge. Des pathologies qui ne nécessitent pas d’avoir fait dix ans d’études pour poser le bon diagnostic Résultat, ces cliniques de magasin pratiquent une médecine trois fois moins chère que dans un cabinet habituel. Et dix fois moins cher qu’à l’hôpital Car il faut savoir qu’aux Etats-Unis, vous payez les urgences et, en plus, les honoraires du médecin qui vous voit dans le box des urgences ! Le tout en étant peu ou pas remboursé du tout. Et l’équivalent de 500 euros pour une simple angine, c’est un peu cher. Au delà de ces simples considérations financières, cette pratique montre qu’un certain nombre d’actes de santé peuvent tout à fait être faits par un personnel médical bien entraîné, sans pour autant être médecin. On appelle cela le transfert de compétence. Ainsi, infirmières, sages-femmes, techniciens échographistes peuvent-ils jouer un rôle autre que celui qu’on leur fait jouer habituellement.

On peut ainsi, dans le suivi de patients atteints de maladies chroniques, donner une vraie mission aux infirmières, par exemple. Prenons l’exemple du suivi d’un patient souffrant de diabète de type 2, appelé aussi diabète gras ou de la maturité. Le médecin spécialiste verra son patient deux ou trois fois dans l’année, tout au plus. Mais une consultation infirmière permettra un suivi mensuel, beaucoup plus approprié. L’infirmière pourra vérifier si le traitement est bien suivi et l’adapter au besoin. Si un médicament est mal toléré, plutôt que de laisser le patient abandonner son traitement, l’infirmière pourra demander au médecin de le modifier. Une telle expérience menée à Manchester, en Angleterre a montré que ce type de prise en charge améliorait le taux de sucre des patients, leur taux de cholestérol et réduisait même la mortalité !

Dans un autre domaine, celui de l’ophtalmologie, la plupart des pays qui nous entourent reconnaissent la formation d’optométriste. Ce sont des professionnels, opticiens, qui ont fait deux ans de spécialisation après leurs quatre années d’études. Ils peuvent faire un certain nombre d’examens et de prescriptions de verres correcteurs. Toutefois, la première prescription de lunettes est réservée au médecin spécialiste.

Cela permet de réduire considérablement les délais d’attente pour avoir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste. Mais cette idée a du mal à cheminer en France. Pourtant, la pénurie de médecin n’est pas près d’être résolue dans nombre de spécialités. Il faudra donc se décider à autoriser un certain nombre de professions médicales et paramédicales à pratiquer certains actes aujourd’hui dévolus aux seuls médecins. A condition d’assurer un encadrement médical strict et rigoureux, il n’y a aucune raison que ces professionnels ne soient pas capables de rendre un certain nombre de services à partir du moment où leurs compétences auront été définies. Et surtout, pour un coût moindre. Et ce genre d’argument ne devrait pas déplaire à ceux qui doivent juguler les déficits de notre système de protection sociale

 


USA : Des cabinets médicaux dans les supermarchés – Ma-Tvideo France2

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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7 réponses à Un docteur est demandé au rayon « consultations »

  1. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Bien curieuse question pour ce billet ! Je pourrais vous conseiller de regarder le film « Lavie est un long flauve tranquille » où vous avez une réponse. Plus sérieusement, une éjaculation « ante portas », c’est à dire sans pénétration au dela de l’hymen peut permettre à des spermatozoides « sportifs » de grimper jusqu’au col de l’utérus pour peu que l’hymen ne soit pas complétement imperméable. Mais c’est rare et dans ce cas on peut appeler l’enfant Mac Gyver.

  2. Anonyme dit :

    je veux savoir si une fille, en faisant un rapport sexuel tout en restant vièrge, il y a un risque pour qu’elle devient enceinte?

  3. claude36 dit :

    j’ai eu un énorme rhume avec fièvre lors d’un voyage d’affaires à Manhattan. Je me suis fait conseiller AFRIN et j’ai pù travailler et dormir normalement pendant 3 jours. Merci Duane Read.
    Claude 36

  4. docteur Coq dit :

    merci pour ces infos passionnantes. Je crois que pour la prescription de verres correcteurs, le conseil de l’Ordre a donné son accord pour que les ophtalmos soient épaulés par les opticiens, avec un cadre bien défini. C’est vrai qu’il va bien falloir inventer des solutions vu les conditions d’exercice actuelles…

  5. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Je pense comme vous que le transfert de compétences ne peut se faire que dans un cadre précis et structuré. Transfert ne veut pas dire abandon ou passer la main ! Mais aux Etats-Unis, la réalité économique est telle que certains patients préfèrent courir le risque d’être mal soignés plutôt que pas soignés du tout. Petit exemple réel : une enfant de 4 ans mordue légérement par un écureuil dans Central Park, à New-York. les parents, touristes français, vont à l’hôpital le plus proche. la désinfection est faite en salle d’urgence et un médecin voit l’enfant deux minutes et envoie les parents dans un drugstore Duane-Read pour prendre les pansements. Coût de l’aventure : 400 dollars pour « utilisation de la salle d’urgence » et 200 dollars pour l’urgentiste. A ce prix là on regrette presque que l’écureuil nait pas transmis une infection qui en valait le coup !

  6. Dr Lotz dit :

    "La clientèle qui consulte dans ces drugstores vient pour des pathologies pas franchement graves: rhumes, allergies, infections urinaires, maux de gorge. Des pathologies qui ne nécessitent pas d’avoir fait dix ans d’études pour poser le bon diagnostic "

    Attention à la banalisation de la médecine… Je suis médecin urgentiste et, sans vouloir prêcher pour ma paroisse et faire du corporatisme, le transfert de compétence peut parfois être très dangereux. Il faut vraiment qu’il soit strictement encadré et défini. Les exemples que vous citez ici sont contrairement à ce que l’on pourrait penser les choses, à mon sens, à ne pas faire. Petit florilège :
    – rhume : il y a peu, j’ai reçu un patient entrant pour un rhume, ressorti avec une tumeur cérébrale
    – allergies : un mauvais diagnostic peut être mortel…
    – infection urinaire : certaines peuvent être gravissimes sans que l’on s’en rende compte immédiatement
    – maux de gorge : le classique infarctus ou la cellulite pharyngée nécessitant une intervention chirurgicale en urgence…

    A contrario, le suivi infirmier d’un patient diabétique ou hypertendu ou encore un renouvellement de lunette par l’optometriste, oui.

    En résumé, la médecine n’est pas une chose aisée. Mieux utiliser les compétences paramédicales peut être une avancée bénéfique aux patients, mais seulement pour un suivi infirmier spécifique, et certainement pas en remplacement du médecin pour une consultation de symptomes "banaux" qui pourraient cacher quelque chose de plus sérieux que seul un médecin aurait pu diagnostiquer.

  7. Anonyme dit :

    Oui enfin adapter les posologies, contacter le médecin, traiter les petites pathologies c’est déjà le travail du pharmacien.

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