Médicaments et TV : vous reprendrez bien un peu de pub ?

Vous avez parfois du mal à supporter les publicités pour les détartrants WC où les troubles intestinaux à l’heure du repas. Vous n »avez peut-être encore rien vu ! L’industrie pharmaceutique rêve de vous vendre de la pub pour ses médicaments à la télé.

On appelle cela le DTC, en anglais le « direct to consumers » et en français « directement vers le consommateur ».
Cette pratique concerne la publicité pour les médicaments délivrés uniquement sur prescription médicale.
Seuls, deux pays au monde, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis acceptent la diffusion de spots télévisés vantant les vertus des médicaments sur ordonnance.
Ces spots doivent énoncer aussi les contre-indications et effets secondaires les plus fréquents. Mais, bien évidemment, ces messages sont faits pour faire vendre les médicaments et sont fabriqués de telle sorte que les « bienfaits » sont plus mis en exergue que les inconvénients.

Et l’industrie pharmaceutique n’y va pas avec le dos de la cuiller En 2006, les investissements dans la publicité Tv ont représenté 5,3 milliards de dollars, soit environ 3,86 milliards d’euros, en augmentation de 14 % sur 2005.

Les trois premiers budgets ont concerné deux somnifères et un antidépresseur. Trois molécules lancées sur le marché depuis moins de trois ans.
Et c’est là que le bât blesse. Car ces produits ont, certes, été homologués par les autorités sanitaires américaines, la FDA ou Food and Drug Admionistration (www.fda.gov)
Mais trois ans sur le marché c’est parfois assez court pour voir apparaître des effets secondaires qui vont survenir après que quelques millions d’utilisateurs ont consommé le produit.
Or, il n’y a aucune étude de surveillance après mise sur le marché qui soit diligentée par les autorités de tutelle.
On a vu ainsi ces dernières années des incidents survenir avec certaines molécules pourtant dûment autorisées, mais dont la sécurité à moyen et long terme s’est avérée déficiente. Certains de ces produits, comme le rofecoxib, vendu sous le nom de Vioxx, ont fait l’objet de retrait du marché.

Si l’Europe échappe pour l’instant à ce phénomène, ce n’est pas faute de tentatives répétées des industriels auprès du Parlement européen et de la Commission européenne.
L’argumentation du recours à l’information directe du patient serait celui d’une meilleure information, le patient étant enclin à se renseigner auprès de son médecin ensuite.

Le problème c’est qu’en France comme en Europe, l’information sur les médicaments délivrée aux médecins l’est principalement par l’industrie pharmaceutique. Or, cette industrie n’est pas régie par la loi de 1901 sur les associations à but non lucratif, mais par les règles du marché boursier.

En France par exemple, il existe une seule revue indépendante de l’industrie pharmaceutique, la revue « Prescrire » (www.prescrire.org)

Cette revue et d’autres associations européennes se mobilisent pour bloquer l’action des groupes de pression et des lobbies qui tentent d’imposer une modification des lois réglementant la publicité des médicaments.

Ce n’est pas une tache aisée. Rien qu’aux Etats-Unis, des centaines de personnes sont employées à temps plein par les laboratoires pour surveiller l’activité du Sénat et de la Chambre des représentants, les projets de loi et tout ce qui pourrait menacer leur activité.
Chaque élu est « encadré » par deux lobbyistes en moyenne.

On n’en est pas encore là chez nous, mais le médicament n’est pas un produit banal et même si le détartrant WC ou les couches-culottes pour l’incontinence ne sont pas du meilleur goût au moment du potage, mieux vaut leur laisser les espaces publicitaires que ce promouvoir des somnifères ou des tranquillisants sur nos écrans.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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