Infirmières bulgares: le prix de la vie humaine c’est un demi- superpétrolier !

Le drame des enfants libyens contaminés par le virus du sida et le drame des six personnes faussement accusées d’en être la cause permet de résoudre enfin un vieux dilemme : quel est le prix de la vie humaine ?

Il aura donc fallu 468 millions de dollars, soit 341 millions d’euros pour que les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien, désormais bulgare lui aussi, puissent échapper à la plus injuste des condamnations.

Un observateur froid et dénué de tout sentiment ferait remarquer qu’avec une telle somme on a payé pour la non-exécution de ces six malheureuses personnes l’équivalent de 6 324324 barils de pétrole au cours de 74 dollars le baril.
Toujours aussi froid, notre observateur, sachant que le baril représente 159 litres et que le pétrole a une densité de 0,9 environ, conclurait que cette somme équivaut donc à 905000 tonnes de pétrole environ, soit l’équivalent de trois supertankers.

Plus sérieusement, cette terrible histoire montre combien la science, fut-elle pratiquée par les meilleurs, est impuissante face à la politique.
Car les plus grands spécialistes en matière de virologie et plus particulièrement dans le domaine du VIH, le virus du sida, ont travaillé sur les prélèvements sanguins obtenus chez les enfants libyens.

Ils ont pu déterminer avec une extrême précision que le virus impliqué dans ces dramatiques contaminations datait tout au plus de 1998, c’est-à-dire un an avant que les infirmières et le médecin arrivent dans l’hôpital.
Mais rien n’y aura fait. La science n’a pas grand poids en général, et encore moins quand la volonté de désigner des coupables est si forte.

Il est évident que ces enfants ont été contaminées par un manque flagrant d’hygiène comme on peut encore en voir dans certains pays, où, par exemple, le matériel n’a d’usage unique que le nom.
Il est également indiscutable que beaucoup de ces enfants n’ont pas reçu suffisamment tôt les soins que nécessite leur état.
La douleur des parents et la douleur de ces enfants ne peut en aucun cas être négligée. Elle mérite le respect et que soient mis en œuvre tous les moyens pour apporter à ces petites victimes ce dont on dispose de mieux pour atténuer les effets de la maladie aujourd’hui.

Cruellement frappées, les familles ont cherché des responsables, comme le font à travers le monde tous les parents dont les enfants contractent une affection au pronostic très grave.
Le contexte local a fait qu’il était impensable, pour les autorités, de dire la vérité des faits.

Mais nos démocraties ne sont pas totalement à l’abri de situations certes moins dramatiques, mais tout aussi problématiques quand les données scientifiques ne vont pas dans le même sens que ce qu’attendant victimes et opinion publique.
Le lien de cause à effet entre un geste donné, et une dégradation de l’état de santé nécessite souvent de longues et difficiles études épidémiologiques qui, très rarement, permettent de conclure à une causalité. Ce fut le cas par exemple lors de la survenue de formes très rares de cancer du foie, des angiosarcomes, chez des ouvriers exposés au monochlorure de vinyle, le MVC.
Mais le plus souvent, on a du mal à montrer une relation directe et on parle plutôt d’association. L’exposition à tel produit est associée au risque de développer une maladie X.

Cela ne veut pas dire que les chercheurs refusent de voir un lien de cause à effet, mais qu’ils considèrent qu’il peut exister d’autres facteurs qui permettent d’expliquer la survenue de la maladie en plus de l’exposition proprement dite.

On sait, par exemple, qu’il existe des prédispositions génétiques qui font que deux personnes exposées à la même dose de pesticides pendant la même durée ne courent pas le même risque de développer une maladie neurologique.

Mais un juge ou une commission chargée de statuer sur une demande d’indemnisation genre peuvent décider que le lien de cause à effet existe, malgré ce que dit l’état de la science aujourd’hui,

La science vit d’hypothèses, de doute et de remise perpétuelle en question des théories.
Dans notre société avide de certitudes, c’est plutôt inconfortable !

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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1 réponse à Infirmières bulgares: le prix de la vie humaine c’est un demi- superpétrolier !

  1. Anonyme dit :

    Excellent idée que de réaliser ce calcul !

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