Retravailler après un cancer.

L’amélioration des traitements, le fait que les cures de chimiothérapie nécessitent de moins en moins de rester à l’hôpital, a pour corollaire que les patients traités pour un cancer ont envie de reprendre le travail.
Mais le monde de l’entreprise a encore beaucoup d’efforts à faire pour les accepter.
Pourtant, il existe un moyen très utile et très méconnu de gérer son retour au travail.

Retravailler, revenir sur la planète des vivants. Quand j’ai rencontré cette femme de cinquante ans qui, à trois reprises, a été frappée par un cancer du sein, elle m’a dit combien elle avait eu envie, dès que les choses avaient semblé aller mieux, repartir au boulot.
« Je n’avais pas les moyens de rester en longue maladie et à demi-salaire. Et puis je n’avais aucune raison de ne pas me remettre au travail. A partir du moment où mon cancérologue était d’accord et comme je me sentais bien «.

Cette femme a donc retrouvé son entreprise, mais pas au même poste, car elle a commencé par un « mi-temps thérapeutique ».
Elle a dû ensuite passer d’un emploi technique à un poste administratif.

Ils sont ainsi des milliers, hommes et femmes qui, aujourd’hui, reviennent dans le monde de l’entreprise alors qu’ils sont encore sous traitement. La modification des thérapeutiques, le fait que beaucoup de chimiothérapies se font en « ambulatoire », c’est-à-dire par des séjours de quelques heures seulement à l’hôpital, ont vraiment changé la donne.

Un contexte souvent difficile

Mais ce retour n’est pas toujours simple. Il y a d’abord les peurs. Peur des salariés, ou plutôt appréhension face à un ou une collègue dont on sait que la maladie est souvent qualifiée de « longue et cruelle ».
Peur du patient vis-à-vis du regard des autres, également. « Je n’aimais pas l’image que je donnais de moi » se rappelle mon interlocutrice « j’avais perdu mes cheveux, ils repoussaient à peine et étaient touts gris ».

Mais on s’habitue vite à l’image, ce n’est pas le problème majeur. A en croire la responsable du service social d’un très gros centre de lutte contre le cancer, la difficulté du retour au travail vient souvent des collègues. Dans un contexte de précarité, de flux tendu, de productivité, chacun doit être au maximum. Quand une personne commence à s’absenter une ou deux journées parce qu’elle est fatiguée, ou parce qu’elle a sa chimiothérapie, la charge de travail des collègues augmente d’autant. Comme on ne va pas remplacer le manquant, la répétition des absences va faire parfois monter un climat de moins en moins tolérant vis-à-vis de celle ou de celui qui a eu un cancer.

« N’oubliez pas », souligne cette responsable « on ne peut pas licencier quelqu’un à cause de son cancer. Mais on peut le licencier si ses absences répétées portent tort à l’activité de l’entreprise ».

La visite de pré-reprise

Alors, pour minimiser les risques liés au retour en entreprise, il existe un instrument récent et assez efficace.
C’est la visite médicale dite de « pré-reprise ». Cette visite se fait auprès du médecin du travail. Mais c’est le ou la patiente qui seul€ peut la demander, à condition bien sûr d’en connaître l’existence !
Idéalement, cette visite se passe deux à trois mois avant le moment prévu pour le retour. Le médecin du travail va contacter l’employeur, explorer avec lui les possibilités d’aménagement de poste, d’horaires, une éventuelle reconversion même.
Bien évidemment, le secret médical est absolu et le chef d’entreprise ne doit rien connaître du diagnostic, pas plus que quiconque dans l’entreprise.

L’intérêt de cette pré-visite c’est qu’elle met en jeu une approche pluridisciplinaire. Ergonomes, assistante sociale, psychologue peuvent ainsi collaborer avec le médecin du travail et le patient.

Mais il restera toujours des obstacles, des difficultés et des injustices à affronter. Ainsi les absences pénalisent le patient quant à l’attribution des primes et les longues périodes d’éloignement freinent l’évolution des carrières et du salaire.

Le cancer a été déclaré grand chantier présidentiel en 2002. Le chantier est encore loin d’être achevé.

PS : ce thème sera abordé jeudi 28 juin lors du congrès EUROCANCER qui se tient à Paris.

www.eurocancer.com


Retravailler après un cancer – Ma-Tvideo France2

Retravailler après un cancer – Ma-Tvideo France2
Solange de Nazelle, responsable du service social de l’institut Curie, à Paris, souligne l’importance pour les personnes qui veulent retravailler de demander une visite de "pré-reprise".
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A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Retravailler après un cancer.

  1. jean dit :

    Le 30 mars 2008

    Il est difficile d’avoir le courage tous les jours quand on sait que le lendemain peut-être plus difficile que la vieille.
    Il est vrai qu’il est préférable que les différentes fonctions publics hospitalières locales offrent des avantages que la majorité de personnes ne peuvent bénéficier.

  2. JD Flaysakier dit :

    REPONSE : Sans commentaire , c’est la seule chose que je puisse dire dans un tel contexte.

  3. Anonyme dit :

    Dans la réalité, il semble très difficile d’allier la maladie et le travail lorsque l’on est salarié ou au chômage!
    En revanche, ca fonctionne très bien lorsque l’on est fonctionnaire!

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