ASCO18 : enfin une très bonne nouvelle pour les patients dont on peut opérer le cancer du pancréas

  • Les bonnes nouvelles concernant le cancer du pancréas sont suffisamment rares pour qu’on en parle, même avec retard. Une étude franco-canadienne présentée lors de la conférence annuelle de l’ASCO, le 4 juin à Chicago montre, en effet, que pour les personnes que l’on peut opérer, une combinaison de chimiothérapies allonge franchement la survie.

La nouvelle a été vécue comme un coup de tonnerre dans une conférence pourtant habituée aux avancées spectaculaires. Chez des patients opérés d’un cancer du pancréas et qui avaient reçu une chimiothérapie reposant sur quatre produits, la moitié était toujours vivants quatre ans et demi (54,4 mois) alors qu’avec le traitement classique par la seule gemcitabine, la moitié des patients avaient disparu au bout de 34,8 mois.

Un gain de quasiment de 20 mois !

Revenons un peu en arrière. Le cancer du pancréas est sans doute l’un de ceux qui a le plus mauvais pronostic. Découvert souvent très tard dans son évolution, il n’est opérable que dans 10 à 20 % des cas seulement.
Dans les autres cas, l’extension des lésions et l’implication des organes voisins et notamment des voies biliaires, imposent des traitements souvent palliatifs et qui ne permettent pas de freiner vraiment l’évolution de la maladie.
Actuellement aucun moyen ou test ne permet de dépister à un stade précoce le cancer du pancréas.

L’étude coordonnée par le Pr Thierry Conroy, de l’Institut de Cancérologie de Lorraine (Groupe UNICANCER), baptisée PRODIGE 24/CCTG PA 6 est partie de la constatation que lorsqu’on traite des patients atteints de cancer pancréatique métastatique par la combinaison FOLFIRINOX, les résultats sont meilleurs que si on leur donne de la gemcitabine seule.

Que se cache-t-il derrière ce mot FOLFIRINOX ? Ce sont quatre produits :
5-fluorouracile
Leucovirine
Irinotecan
Oxaliplatine.

C’est cette combinaison légèrement modifiée qu’on compare au traitement classique, la gemcitabine.
Entre 21 et 84 jours après résection chirurgicale de l’adénocarcinome, les 493 patients ont été divisés en deux groupes.
L’un a reçu la gemcitabine pendant 6 cycles. L’autre a reçu le mFOLFIRINOX toutes les deux semaines pendant douze cycles.

Après un peu plus de deux ans et demi de suivi, les médecins ont constaté de grandes différences entre les deux groupes.
La maladie n’a pas évolué pendant 12,8 mois dans le groupe Gemcitabine et pendant 21,6 mois dans le groupe mFOLFIRINOX
Comme on l’a déjà vu la médiane de survie, c’est-à-dire le point où 50 % des patients ont disparu a été de 34,8 mois dans le groupe G et de 54,4 mois dans le groupe mF. Presque 20 mois de survie en plus

Le revers de la médaille ce sont les effets toxiques beaucoup plus nombreux dans le groupe mF, 75,5 %, que dans le groupe G, 51,1 %.
On voit donc que cette combinaison de chimiothérapies, bien que non dénuée d’effets secondaires parfois pénibles, comme des neuropathies, permet un gain considérable en terme de vie.
Gagner 20 mois avec une chimiothérapie ne se rencontre pas souvent dans la vie d’un oncologue.

Ce résultat va évidemment changer les pratiques. Mais ne résoudra pas le fait qu’on découvre ces cancers du pancréas souvent trop tard pour pouvoir appliquer le traitement.

En attendant et parce qu’on ne le sait pas toujours, une mesure préventive est facilement applicable : cesser de fumer. Le tabac est, en effet, un facteur de risque important du cancer du pancréas.

Référence :
Conroy T et al
Unicancer GI PRODIGE 24/CCTG PA.6 trial: A multicenter international randomized phase III trial of adjuvant mFOLFIRINOX versus gemcitabine (gem) in patients with resected pancreatic ductal adenocarcinomas.

J Clin Oncol 36, 2018 (suppl; abstr LBA4001)

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