Thromboses et vaccins anti-COVID19 : on ne restaurera pas la confiance en utilisant des comparaisons inadéquates.

Les accidents très rares survenus avec les vaccins AstraZeneca (AZ) et Johnson & Johnson (J&J) ont semé un certain trouble dans la population et chez les soignants. Pour dissiper les doutes et combattre les craintes, on voit fleurir des tableaux comparant la fréquence d’accidents thrombotiques dans diverses circonstances, le risque vaccinal apparaissant infinitésimal. Mais ce n’est peut-être pas la meilleure méthode pour rassurer le public.

Sur les réseaux sociaux tableaux et graphiques abondent, qui comparent le risque de développer une thrombose veineuse en prenant l’avion, en utilisant un contraceptif, en étant enceinte ou en étant atteint d’un cancer. Ces risques sont alors comparés à la probabilité de développer une thrombose veineuse à la suite de l’injection du vaccin AZ anti-COVID-19.
Bien évidemment, le risque vaccinal est rarissime et des centaines, voire des milliers de fois moindre que dans les situations énumérées plus haut.


Certains estiment donc qu’à partir de là, le débat est clos et qu’ »il n’y a aucune raison de freiner ou d’arrêter la vaccination par les produits AZ ou J&J.
Personnellement, je pense que ce raisonnement est un tantinet dangereux et je vais m’en expliquer. Au préalable je tiens à préciser que :


1-Je défends la vaccination et suis moi-même vacciné
2-J’assure deux fois par semaine une vacation dans un centre de vaccination.


Ces points posés je vais donc vous dire ce qui me dérange dans cette façon d’évacuer le problème.


Tout d’abord les thromboses. Elles ne sont pas comparables. Si les thromboses veineuses profondes des cancers sont connues depuis qu’elles ont été décrites par Armand Trousseau, elles ne se caractérisent pas comme la majorité des thromboses veineuses survenant après vaccination.


Ces dernières concernent en effet principalement des accidents siégeant dans ce qu’on appelle les sinus veineux cérébraux ou les veines splanchniques, veines de l’abdomen dans la région de la rate.
Et ces thromboses s’accompagnent d’une chute importante du taux des plaquettes sanguines, ce qu’on nomme une thrombopénie.
Ce genre d’anomalie se voit dans de rares cas lors de l’utilisation d’un anticoagulant injectable, l’héparine.


Donc dresser un parallèle entre ces thromboses post-vaccinales et les thrombophlébites diagnostiquées au cours d’un cancer, de la prise de contraceptifs chez ls fumeuses ou encore de ce qu’on appelle le « syndrome de la classe éco » lors d’un long voyage aérien, n’est pas vraiment justifié.

Deuxième point : les cancers, les jambes repliées neuf heures dans une cabine d’avion sont des situations pathologiques.
La grossesse, la prise de contraceptifs sont des situations où la physiologie est modifiée.
Mais quand des personnes jeunes se présentent à la vaccination, elles sont a priori bien portantes, les comorbidités sévères concernent des personnes plus âgées en règle générale.
Il me semble donc que balayer les objections et les craintes d’un revers de main soit la pire chose à faire.


Le meilleur moyen de perdre la confiance du public c’est de dire « Faites-moi confiance » !

Il faut être transparent, dire qu’on ne comprend encore pas ce qui se passe, qu’on avance pas à pas dans la connaissance et qu’en attendant, on prend des mesures pour éviter tant que faire se peut la survenue de nouveaux accidents. Dire « je ne sais pas encore tout mais je vous tiendrai informé », même s’il faut dire et redire les mêmes choses sans arrêt.


Face à une pathologie sur laquelle on apprend en marchant, face à une recherche formidable qui nous a donné des vaccins en quelques mois et face à une opinion publique inquiète, il y a un devoir d’information.


Les complotistes, les faux grands, les gourous de seconde zone ont parfaitement compris que servir un discours prédigéré permettait de s’allier les plus faibles et les plus vulnérables.
Oui les accidents sont rares, oui les vaccins sont une chance incroyable, mais oui vous avez le droit de vous poser des questions.

La démocratie sanitaire nous impose cette transparence.

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