COVID-19 : Chloroquine, remdesivir et autres traitements à l’étude

Alors que la pandémie causée par le coronavirus SARS-CoV-2 fait rage et que les cas de COVID-19 vont croissant à travers le monde, il peut paraître opportun de s’intéresser aux divers traitements potentiels testés ou à venir.

Et parmi ces traitements potentiels, le plus connu est, bien sûr, l’hydroxychloroquine, HCQ, vendue en France sous le nom de Plaquenil™. C’est cette molécule, associée à l’antibiotique azithromycine , que promeut le Pr Didier Raoult. C’est à partir de travaux chinois et d’une étude faite par sn équipe que ce virologue estime détenir le traitement du COVID-19.

L’étude publiée par son équipe soulève de nombreuses critiques, notamment par la faible taille de son effectif, 26 patients, et divers problèmes méthodologiques.

Mais oublions la querelle et voyons comment fonctionne ce dérivé de la chloroquine, médicament essentiellement utilisé dans la prophylaxie du paludisme, et dans la prise en charge de certaines maladies chroniques.

Fermer la porte

La HCQ va interférer avec le coronavirus de deux façons. La première c’est en lui compliquant l’entrée dans les cellules qu’il infecte.

Le virus a, en effet, une porte d’entrée bien précise dans les cellules pulmonaires principalement, accessoirement les cellules cardiaques et digestives. Cette porte d’entrée à laquelle il s’arrime par une sorte de crochet, appelé spicule, est le récepteur ACE2.

Derrière ce terme, se cache une protéine située à la surface de la cellule, normalement impliquée dans des phénomènes de dilatation des vaisseaux sanguins.

La molécule d’HCQ va modifier la forme de ce récepteur, rendant beaucoup plus difficile, voire impossible, l’entrée du virus dans la cellule.

Mais l’HCQ ne s’arrête pas là. Le coronavirus, une fois dans les cellules, va voyager dans des vésicules, sorte de bulles appelées endosomes.

Basiques instincts

Il va se déshabiller, libérer son ARN, le matériel génétique où est inscrit tout son programme de fonctionnement, faire tout recopier par la cellule infectée à plusieurs centaines d’exemplaires. Ce sont autant de virions, futurs virus matures, qui seront ainsi fabriqués.

Et ces virions vont utiliser la machinerie des cellules infectées pour reconstruire les diverses membranes qui les constituent et protègent leurs divers constituants.

L’HCQ va modifier l’atmosphère des endosomes que le virus emprunte dès son entrée, en les rendant moins acides. Cela n’est pas du tout fait pour plaire au virus qui va très mal supporter cet état de fait et même en mourir.

Et pour achever le travail, l’HCQ va aussi modifier le pH des vésicules dans lesquelles s’enveloppent les virions nouvellement formés et là encore, cela va entrainer la mort de ces hôtes indésirables.

Point important : toutes ces constatations ont été faites en laboratoire in vitro. A ce jour aucun essai d’envergure, que ce soit lors de l’épidémie de SRAS en 2002-2003, ou lors de la pandémie actuelle de COVID-19, n’a permis de retrouver les mêmes résultats en médecine humaine.

L’HCQ fait partie d’un essai lancé le 22 mars 2020, baptisé DISCOVERY et coordonnée par l’INSERM.

Quatre molécules à l’épreuve du coronavirus

Cet essai inclura 3200 patients européen dont 800 français.

Il comportera cinq modalités, dans le cadre d’un essai randomisé ouvert, les traitements étant attribués au hasard, mais patients et médecins sauront la nature du produit.

Ces modalités sont les suivantes :
Soins standards
Soins standards plus hydroxy-chloroquine
Soins standards plus remdesivir,
Soins standards plus lopinavir et ritonavir,
Soins standards plus lopinavir, ritonavir et interféron bêta.

Quels sont donc les autres traitements proposés ?

Commençons par le preque petit nouveau, le remdesivir, considéré comme très prometteur par certaines équipes.

Chamboule-tout


Ce produit a été mis au point, à l’origine en 2015, pour lutter contre le virus Ebola, sans succès.
Il a été ensuite repositionné Les tests en laboratoire et des essais sur l’animal ont montré qu’il semblait avoir une efficacité contre les coronavirus impliqués dans le SRAS et l’épisode de 2012 dans le Golfe arabo-persique, appelé MERS.

Le remdesivir vient aussi semer le désordre dans l’ARN du virus.
Comme dit plus haut, le coronavirus fait recopier son ARN par la machinerie de la cellule infectée. La construction du génome se fait morceau par morceau.


L’action du remdesivir c’est de venir introduire un élément totalement incohérent qui va planter tout le dispositif.

Le mécanisme responsable de la cohésion de l’ARN, une enzyme appelée ARN polymérase, ne peut finir son travai d’assemblage et, partant, les virions seront défectueux et détruits.


Cette molécule, mise au point par l’américain Gilead, a déjà été copiée et génériquée en Chine ou plusieurs essais cliniques incluant des centaines de patients, sont en cours. Les premiers résultats devraient être connus dans quques jours, sans doute avant la mi-avril.

Une molécule japonaise assez proche, utilisée jusque là dans la grippe, le favipiravir, semble aussi avoir expérimentalement une efficacité contre le coronavirus et devrait bientôt entrer dans des phases d’essais cliniques.


Du neuf avec du vieux

La branche lopinavir/ritonavir est une vieille connaissance. Cet assemblage, commercialisé sous le nom de Kaletra, est, en effet, utilisé depuis de longues années dans le traitement de l’infection par le VIH.

Ce médicament va contrarier lui aussi la finition des particules virales nouvelles, en empêchant les virions de pouvoir être équipés des protéines indispensables à leur bonne maturation.

Il faut signaler qu’un premier essai vient de s’achever avec cette association et qu’il s’est soldé par un échec.

La branche comportant l’adjonction d’interféron-beta consiste à ajouter une molécule antivirale bien connue aux propriétés anti-inflammatoires pour contrecarrer certaines réactions parfois gravissimes générées par le virus.

Deux semaines pour savoir

En ce qui concerne l’essai DISCOVERY, débuté le 22 mars 2020, les premiers résultats sont attendus au bout de deus semaines. Ce qui signifie notamment que les données sur l’HCQ seront connues avant le 10 avril 2020, cette fois dans le cadre d’un essai ayant inclus un nombre suffisant de patients, avec une méthodologie stricte non discutable.

.Références

Vincent MJ et al.
Chloroquine is a potent inhibitor of SARS coronavirus infection and spread.

Virol J. 2005 ;2:69. Published 2005 Aug 22. doi :10.1186/1743-422X-2-69

Le protocole DISCOVERY

L’étude Lopinavir/Ritonavir publiée récemment est I C I

Note concernant l’HCQ

Comme la chloroquine, mais de façon moins fréquente, l’HCQ a des effets secondaires qui peuvent être très graves, bien que peu fréquents. Les plus dangereux concernent des troubles de l’activité électrique du cœur. Les deux plus fréquents sont ce qu’on appelle un « allongement du QT » et les » torsades de pointes », troubles de la repolarisation ventriculaire. L’azithromycine peut aussi, très rarement, entrainer ces mêmes troubles.

L’administration des deux médicaments ensemble peut donc poser problème, surtout s’il existe en même temps la prise de médicaments pouvant modifier la concentration de ces deux substances

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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16 réponses à COVID-19 : Chloroquine, remdesivir et autres traitements à l’étude

  1. Celine dit :

    Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant.
    J’aurais une question concernant le vaccin. Pourquoi pense-t-on trouver ce vaccin d’ici 1an alors que l’on n’a toujours pas trouvé de vaccins contre ebola ou le SIDA. Qu’est ce qui différencie ce virus des 2 autres?
    En vous remerciant par avance

    • docteurjd dit :

      Il faut bien comprendre d’abord que ce sont des annonces et que dire un an c’est rassurer les investisseurs. Car ce sont souvent des petites biotechs qui débutent la recherche avant d’etre avalées par un gros.
      Pour le VIH la question c’est de trouver la bonne cible et on ne l’a pas vraiment. Les anticorps qu’on croyait neutralisants ne le sont pas. Il a fallu en développer d’autres en laboratoire et on teste actuellement ces constructions mais ce virus est diabolique et avec sa petite machinerie de 9 gènes il squatte près de 250 fonctions des cellules qu’il infecte.

      Pour le coronavirus ce devrait etre plus simple car les cibles sont bien définies, théoriquement assez proches de ce qu on voit avec la grippe. On a su, en un temps record, décrypter le génome du virus. On peut etre optimiste, mais il faut au moins encore un an

  2. Schneider dit :

    Je suis médecin psychiatre retraité ,il y a 3 semaines j’ai présenté une petite diarrhée à minima ,puis 2 jours après plusieurs symptômes à minima :rhume léger, petite pharingite et toux sèche ,petit fébricule sans perte d’appétit ni de l’odorat Tous les symptômes étaient à minima mais durables dans le temps :2 semaines ,le tout a disparu depuis 3 jours, je n’ai jamais connu une symptomatologie bénigne aussi longtemps. Covid19 ou autre virose ? N’ayant pas été testé

  3. Bonjour
    Merci pour cet article.
    L inclusion des patients dans l essai Discovery vient de débuter. Sachant que le critère de jugement principal est l évolution clinique à 15 jours, il me paraît peu probable que des premiers résultats soient disponibles dans 2 semaines.
    D autre part, il serait intéressant d avoir des infos sur des essais similaires monocentriques en cours semble-t-il à la Pitié Salpetriere et dans d’autres CHU
    Bien à vous

  4. Merci pour cet article très clair et didactique (comme d’habitude) !
    K. Farsalinos vient de mettre en ligne un article sur le rôle joué par la nicotine sur les récepteurs ACE2, en les désensibilisant (down-regulation)
    https://www.qeios.com/read/article/542

    Et en matière de prévention préférons le savon de Marseille au sav… de Marseille

    Bien cordialement.

    • docteurjd dit :

      Merci je vais le regarder. Quand il y a près d’un mois j’ai mis en ligne l’article sur la porte d’entrée du virus, on parlait des donnérs faisant etat d’un p’us grand nombre de récepteurs chez les fumeurs et donc d’un risque accru. C’est pour cela que j’avais insisté.

  5. Karen dit :

    Bonjour , vous dites que le virus entre également par les cellules digestives et cardiaques. Cela expliquerait les symptômes de certains sur l’estomac et l’intestin, mais à t-on documenté sur les symptômes cardiaques ? Merci

    • docteurjd dit :

      Rien de très certain mais les cardiologues se penchent sur la question face à certaines manifestations

      • Karen dit :

        En fait je me demande si les décès dans les Ephad ne sont pas liés au cœur, car c’est interpellant de voir autant de décès d’un coup sur une journée ou 2.
        Je dis ça car vous êtes journaliste / médecin et que ça peut vous intéresser: j’ai moi été confronté la semaine dernière à des symptômes très atypiques (j’ai 43 ans).1 semaine après que ma fille ait eu un syndrome grippal ( mal de tête, gorge, fatigué +++, fièvre) bref mais intense, je me suis retrouvé malade : légère poussée de fièvre , léger mal de gorge, désordre intestinal, et surtout : léger essoufflement avec mal à la poitrine , très mal à l’estomac (je ne pouvais plus manger), et des genres de palpitations ( sensation d’accélération du cœur).
        Bref mon médecin m’a dit que ça pouvait être le covid, et de surveiller et d’appeler le 15 en cas d’aggravation.
        Je vous dit ça car les « accélérations » du cœur était vraiment « flippant. (Maintenant ça va mieux mais j’ai encore un léger essoufflement qui s’atténue ).
        Nota: mon mari est tombé malade 2 jours après moi, beaucoup plus léger. Y’a
        Bonne journée

  6. jean yves chauveau dit :

    Merci de vos infos

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