Nouveau coronavirus : heureux comme un virus sur un marché chinois

Dix-sept ans après l’épidémie de SRAS, lié à un coronavirus, l’alerte sanitaire partie de la ville de Wuhan, dans le sud de la Chine, montre que non seulement les leçons du premier épisode n’ont pas été retenues, mais que les marchés chinois sont une aubaine pour un certain nombre de virus. Suite donc mais pas fin.

C’est presque un inventaire à la Prévert qu’on peut dresser en déambulant sur les marchés du sud de la Chine, comme celui de Wuhan. A côté des fruits et légumes, de la viande de bœuf, de porc ou de mouton, des crustacés et de la volaille, on trouve toutes sortes d’animaux vivants. Cela va des serpents aux chauves-souris, en passant pas des blaireaux, des marcassins, des louveteaux, des otaries, voire des marmottes ou encore des rats de bambou. On peut même y trouver des civettes masquées, ces animaux qui furent les hôtes intermédiaires du coronavirus à l’origine, en 2002 de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS.

Officiellement, elles n’ont plus le droit de cité sur les marchés chinois, officiellement !

Car ces marchés d’animaux vivants sont une parfaite illustration de ce que peut être la difficulté de mener une politique de santé publique efficace.
Il u a les évidences scientifiques et face à elles, le poids des traditions, de la culture, des croyances et le besoin de montrer sa puissance ou sa fortune.

En 2002 on avait établi que le virus avait pour réservoir la chauve-souris et que l’hôte intermédiaire était la civette masquée, petit mammifère dont les glandes anales secrètent une sorte de musc très recherché. La Chine avait alors interdit la présence de ces animaux sur les marchés et en avait fait abattre des quantités faramineuses.
Pour autant on peut toujours s’en procurer, illégalement.


L’épisode actuel est loin d’avoir livré tous ses mystères. On sait que le virus en cause, baptisé 2019-nCoV, possède un profil génétique semblable à 88 % à celui du virus de 2002. Mais si l’origine de ce virus semble être la chauve-souris, on ne sait pas quel est l’hôte intermédiaire. Il est probable qu’il s’agisse d’un mammifère présent vivant sur les marchés, mais lequel ?
Pourquoi donc ces marchés abritent-ils ainsi des espèces sauvages en si grand nombre, au risque de faire courir un risque de disparition pour certaines espèces, comme les pangolins ?
D’abord et avant tout parce que dans certaines régions de Chine, particulièrement dans le sud, on prête à moult espèces des vertus médicinales et curatives qui sont parfaitement empiriques et n’ont, bien entendu, jamais été démontrées.
Comme pour la corne de rhinocéros ou les testicules de tigre, le gros marché est celui de la virilité, où se confondent traitement de l’impuissance et infertilité. Et malgré l’arrivée du Viagra, de ses concurrents et de leurs contrefaçons, la croyance populaire préfère le remède vendu sur le marché, plutôt que celui du pharmacien !


L’autre aspect de cette appétence pour la faune sauvage c’est la façon de montrer qu’on est riche et donc puissant. La civette masquée ou le gros porc-épic valent 200 euros pièce, le crocodile près de 400 et c’est presque aussi le prix des pangolins.

Malgré des appels officiels de chercheurs et de spécialistes de la faune chinois, malgré des injonctions gouvernementales, le trafic et la contrebande continuent.

Fermer les yeux c’est aussi acheter une certaine paix sociale, car vu les prix pratiqués, cela améliore l’ordinaire des paysans et des chasseurs.
Et vouloir briser cet état de fait n’est pas sans risques, surtout face aux apparatchiks du Parti, petits seigneurs provinciaux dont la peur est de déplaire au pouvoir central et qui veulent donc préserver la paix à tout prix.
C’est ainsi que huit médecins qui, début janvier, avaient lancé l’alerte sur la survenue de nouveaux cas de pneumopathies à Wuhan ont été arrêtés et accusés de diffuser de fausses nouvelles ! Ils font actuellement l’objet d’une « réhabilitation » spécialité des régimes communistes historiques !

Par rapport à l’épisode de 2002-2003, où il aura fallu quatre mois pour que la Chine avoue l’existence d’une épidémie, les choses se sont passées correctement cette fois. Grace à une collaboration exemplaire, les séquences permettant de mettre au point les tests ont été données immédiatement par les scientifiques chinois aux laboratoires compétents.
Les médecins chinois publient les premières observations dans les grandes revues médicales internationales comme The Lancet ou le New England Journal of Medicine.


Mais tant que sur des marchés la promiscuité entre un certain nombre d’animaux sauvages et les humains persistera sans aucun contrôle, dans un monde où en douze heures, un patient contaminé peut se retrouver à des milliers de kilomètres du marché, les virus émergents auront la belle vie.
Même dans la Chine communiste, il faut parfois encore craindre la loi, ou plutôt l’absence de loi du marché.

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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