Nouveau coronavirus : ce que l’on sait et ce qu’on ignore encore sur 2019-nCoV

L’hospitalisation des trois premiers patients porteurs du nouveau coronavirus à Paris et Bordeaux montre la nécessité d’une collaboration internationale pour évaluer le risque de transmission interhumaine de ce virus, sa pathogénicité et découvrir ses origines pour lutter contre le réservoir.

On l’appelle 2019-nCoV. Il est apparu en fin d’année 2019 dans la région de Wuhan, ville de 11 millions d’habitants, reliée à de nombreux pays par des vols directs, trois par semaine vers Paris par exemple. Ce virus appartient à la famille des coronavirus dont le premier à avoir montré sa possibilité à provoquer des contaminations interhumaines fut le virus du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002.


Mais on a dû à l’époque attendre plus de quatre mois pour découvrir l’épidémie en 2003 car un certain nombre de responsables locaux chinois avaient volontairement caché ce qui se passait au pouvoir central.
Une autre grande alerte sanitaire a été déclenchée en 2012 dans le Golfe arabo-persique, liée au coronavirus MERS-CoV.
Le taux de décès fut de 10 % avec le SARS-CoV et de 34,4¨% avec le MERS-CoV.


Cette fois, les autorités chinoises, le président Xi le premier, ont joué la transparence. La source des contaminations a été vite identifiée, un marché de fruits de mer mais aussi d’animaux vivants de Wuhan.
Les caractéristiques du virus, son analyse moléculaire a été rapide, montrant sa différence avec les deux virus connus pour avoir pu contaminer les humains, même si son génome est semblable à 80 % à celui du virus de 2003 et s’il utilise les mêmes récepteurs des cellules épithéliales du système respiratoire.


Mais il reste des inconnues. Des biologistes chinois pensent que ce nouveau virus résulterait d’un croisement entre une souche de la chauve-souris et celle d’une autre espèce pour l’instant non identifiée.
Ils émettent l’hypothèse que ce virus serait ensuite passé chez le serpent où une modification d’un des composants de son enveloppe lui aurait permis d’acquérir la possibilité de se transmettre aux humains.
Cette dernière hypothèse est contestée par divers scientifiques qui pensent que l’étape avant l’humain ne peut passer que par un mammifère, comme ce fut le cas les fois précédentes
En 2002-2003 le réservoir était la chauve-souris et l’hôte intermédiaire la civette palmiste masquée, vendue et consommée sur les marchés en Chine.
En 2012, même réservoir et cette fois c’est le chameau qui était l’hôte intermédiaire.


Premier défi donc : trouver cet hôte intermédiaire.
Deuxième défi : analyser ce que fait ce virus chez l’être humain, sa pathogénicité.
On s’est aperçu, en analysant les cibles des divers virus respiratoires, ceux des grippes aviaires comme H1N1 ou H7N9 et des coronavirus connus, que l’endroit où ils se fixaient dans le système respiratoire n’entrainait pas les mêmes conséquences.
Une infection respiratoire basse entrainait des troubles beaucoup plus graves qu’une infection respiratoire haute.
Les expériences passées ont aussi montré que ces infections pouvaient revêtir un aspect nosocomial, c’est-à-dire infecter des patients présents pour une autre cause dans un hôpital et qui seront contaminées par la présence de la personne porteuse du coronavirus.

En 2003, une personne en provenance de Hong-Kong et hospitalisée à Toronto, au Canada, a en quelque sorte, passé son virus à 128 autres personnes, soignant et patients.
En 2012, un Sud-Coréen qui a été infecté dans le Golfe, a été à l’origine de 186 contaminations dans l’hôpital de Seoul où il avait été admis.


Ces « super diffuseurs » imposent que soient prises des mesures très strictes afin d’éviter la diffusion par aérosols de gouttelettes et postillons emplis de virus. Les habituelles mesures d’hygiène, port de masque et lavage des mains, étant bien sûr strictement renforcées. Il est à la fois surprenant et désespérant de lire ça et là qu’imposer le port du masque est attentatoire aux libertés individuelles
Les mesures d’isolement et de quarantaine sont bien évidemment nécessaires.
Pour l’instant, comme le souligne une équipe américano-néerlandaise la virulence de cette nouvelle souche semble plus faible que celle de ses deux prédécesseurs, mais on est au début de l’épidémie et on peut paradoxalement ne pas identifier tous les cas. Si, en effet, ce virus n’est pas très pathogène, un certain nombre de cas ne seront pas identifiés, les patients ne requérant pas une prise en charge médicale spécialisée. Mais le risque de transmission est toujours là et des patients fragiles peuvent être touchés.

La Chine a pris des mesures drastiques, qu’on sait impossibles à imaginer ailleurs. Mais les mesures sanitaires, notamment dans les aéroports vont devoir être mises en place et appliquées sérieusement.
Il va falloir aussi gérer les retombées médiatiques de cette nouvelle infection. On entre en France en période épidémique de grippe saisonnière, avec des symptômes de fièvre, courbatures, toux sèche, maux de tête. Des symptômes qu’on retrouve dans l’infection à coronavirus.
Mais si on n’a pas séjourné en Chine dans les 15 jours précédents, ou si on n’a pas un proche rentré de Wuhan ou de Pékin avec 39°C une toux sèche, des difficultés à respirer, il est quasi improbable qu’il s’agisse d’une infection liée au 2019-nCoV. La seule chose à faire est d’appeler le 15, la régulation médicale. Surtout ne pas courir aux urgences, déjà encombrées.


En fonction de l » interrogatoire et des symptômes, la régulation médicale prendra la décision la mieux adaptée.
En cas de suspicion, c’est un véhicule du SMUR qui sera chargé du transport vers le centre hospitalier équipé pour gérer cette hypothétique infection à coronavirus.

Les scientifiques et les médecins ont beaucoup de travail devant eux, les responsables politiques et les autorités de santé vont avancer sur un terrain pas facile, étant donné les expériences du passé.
Il faut espérer que le monde médiatique saura éviter les vaines polémiques, les informations tronqués, éviter d’inviter des experts auto-proclamés afin que cet épisode soit géré le plus sereinement possible.
Les spécialistes du « Yaka Faukon » pourront toujours refaire le monde ensuite.

Référence :
Vincent J Munster et al.
A novel coronavirus emerging in China- Key questions for impact assessment.

DOI ;10.1056/NEJMp2000929

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Nouveau coronavirus : ce que l’on sait et ce qu’on ignore encore sur 2019-nCoV

  1. PAG dit :

    Article instructif et complet, merci Docteur !

    Pierre-Alain Gabert

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