Cancer ASCO19: le cannabis, acteur incontournable de la prise en charge des symptômes liés à la maladie et aux traitements

Une session du programme éducatif consacré à la place du cannabis dans la gestion des symptômes dans la maladie cancéreuse. Initiative salutaire dans la plus importante conférence de cancérologie au monde, qui part d’un constat simple : les utilisateurs sont nombreux et les médecins peu ou pas informés.

Ce n’est pas une panacée, ni un produit magique. Mais on ne peut plus l’ignorer Près d’un quart des patients américains et 18 pour cent des patients canadiens atteints de cancer consomment, sous diverses formes du cannabis. Une minorité de ces patients pense même que le cannabis est le médicament qui va traiter leur cancer. Face à cette situation, la moitié des médecins estime qu’il faut parler de ces produits avec leurs malades, mais moins d’un sur six estime avoir suffisamment d’informations pour le faire de façon correcte.

Et l’une des difficultés vient du fait que les produits contenant le THC ou tétrahydrocannabinol sont disponibles sous diverses formes : plante, résine, feuille et médicaments ou sprays.

Deuxième difficulté : pour un usage médical on a besoin de connaitre les doses et si un médicament permet de faire une titration exacte, c’est plus compliqué de savoir combien de THC contient la feuille de marijuana qui va être fumée !

Effets secondaires réels et supposés

Ces difficultés vont de pair avec les effets secondaires réels ou supposés du cannabis Les plus communs sont bien connus : anxiété, bouche sèche, fatigue, sensation vertigineuse, euphorie maux de tête et nausées.

D’autres sont plus rares comme l’hypotension orthostatique, la dépression, des troubles moteurs, l’apparition de tachycardie, ou une psychose.

Prévenir ces effets secondaires, tout ou partie, est possible en partant d’un principe simple qu’a rappelé le Dr Claude Cyr, médecin de famille à Montréal et membre d’un groupe expert cannabis : « partir à des doses faibles, continuer par des doses faibles, rester à des doses faibles ».

Un seuil dangereux connu

On sait que le seuil de perception des effets est de 2,5mg de THC. Cinq mg est une dose moyenne,10mg une dose forte et les complications apparaissent à partir de 15mg de THC.

On peut atténuer les effets indésirables du THC en ajoutant du CBD ou Cannabidiol. Cette adjonction réduit le risque de voir apparaitre des phénomènes de type anxiété, psychose ou déficit cognitif. Cette adjonction se retrouve dans des préparations commerciales, comme le Sativex et permet de porter le seuil de THC toxique de 15 à 50 mg.

Dans quels domaines a-t-on étudié l’usage du cannabis médical en oncologie et obtenu des résultats, pas toujours cependant définitifs ?

Précision liminaire et importante : ces effets bénéfiques sont considérés comme probables pour certains, possibles pour d’autres car on n’a pas encore d’études indiscutables

Les bénéfices les plus rapportés par les utilisateurs concernent l’effet sur les douleurs neuropathiques séquelles des chimiothérapies, en particulier après usage de taxanes ou de sels de platine. Ces douleurs très pénibles, à type d’élancement et de brûlures, surviennent souvent la nuit et sont très insomniantes. Elles sont assez difficiles à traiter et toutes ne disparaissent pas au bout de quelques mois.

Les autres douleurs répondent semble-t-il assez bien aussi au cannabis.

Les nausées et vomissements induits par les chimiothérapies sont également calmées grandement, selon les patients par le THC. Des études ont même montré un effet stimulant sur l’appétit, avec une consommation protéique accrue, ce qui peut être intéressant chez des patients parfois cachectiques

Bienfaits probables et possibles

 Les effets les plus notables concernent les troubles du sommeil, l’anxiété et la dépression, la fatigue, les nausées et vomissements et, dans une moindre mesure mais de façon notable, une baisse de consommation de médicaments opiacés. Quand on voit ce qui se passe aux Etats-Unis, au Canada également, et ce qui commence à se passer en Europe et en France avec les antalgiques dérivés opiacés, ces résultats ne peuvent que susciter l’intérêt.

Les effets psychoactifs du cannabis sont-ils des inconvénients ou peuvent-ils apporter un certain bénéfice dans la maladie cancéreuse ?

Visiblement, ces effets ont un intérêt non négligeable. On imagine l’effet relaxant, délivrant de la tension et du stress, l’euphorie également. Mais on a constaté aussi une stimulation créative, une meilleure perception sensorielle et aussi une sorte de sensation de « ralentissement » de temps passant plus lentement, du temps donné au temps.

Pas pour tout le monde

Evidemment il y a des contre-indications en fonction de l’état psychiatrique du patient, surtout s’il s’agit de sujets âgés. Une psychose est une contre-indication absolue, de même que toute variabilité importante de l’état psychique. Chez ces personnes il faudra aussi tenir compte des effets des troubles de l’équilibre et de la vision induits par le THC et qui peuvent faire courir un risque de chute. Les troubles du rythme cardiaque doivent aussi être pris en considération, en particulier la tachycardie. Le cannabis peut aussi réveiller une angine de poitrine

D’autre part il existe des interactions enzymatiques entre le cannabis et certains cytochromes. Le taux de certains médicaments dans le sang peut s’en trouver modifié.

Les spécialistes recommandent donc aux médecins une chose simple : demander aux patients s’ils utilisent du cannabis et sous quelle forme. Ainsi, pouvoir discuter des doses et des effets indésirables aidera à un usage plus efficace.

Les patients français utilisent aussi le cannabis, dans des proportions inconnues, mais qu’on peut imaginer moindres qu’outre-Atlantique. Il ne faut cependant pas en profiter pour éviter de se pencher sur la question ! Actuellement un seul médicament à base de THC et de CBD a reçu une AMM, le Sativex. En janvier 2019, 14 ans après sa sortie en Grande-Bretagne et au Canada et alors qu’il est déjà disponible dans 17 pays européens.

Ses indications actuelles ne concernent que la neurologie, notamment la spasticité rencontrée dans la sclérose en plaques.

Le Marinol, à base de THC seulement, ne peut être prescrit que sur autorisation temporaire.

Les médecins français doivent se préparer et se former

La situation évoluera forcément, de gré ou de force. Le vide actuel pourrait être mis à profit par le monde médical et les divers soignants pour se former et approfondir leurs connaissances dans l’utilisation, l’intérêt et les limites du cannabis thérapeutique.

Cette meilleure connaissance aiderait à un dialogue constructif avec les patients qui, de toutes façons, utiliseront ces produits de plus en plus souvent.Ne pas s’en préoccuper c’est courir le risque de voir s’installer une dérive commerciale, où des produits mal et trop dosés circuleront au détriment de l’intérêt des patients.

Pour s’en convaincre on lira l’article très informatif que le Dr Claude Cyr a publié dans le quotidien québécois « La Presse« 

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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