Le risque de cancer décolle chez les hôtesses et stewards

C’est une nouvelle étude qui va sans doute faire du bruit dans le monde des PNC, les personnels navigants commerciaux, hôtesses et stewards, qui assurent le confort et la sécurité des passagers des avions. Les risques sanitaires liés à leur profession sont, en effet loin d’être anodins.

La chanson de jacques Dutronc dit « Toute ma vie j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air ». Mais est-ce vraiment un métier de rêve ? Pas vraiment si on en croit une nouvelle publication scientifique qui montre une majoration du risque de certains cancers dans cette profession.

Depuis 2007, une équipe de la Harvard T.H. Chan School of Public Health mène une très longue étude dénommée Harvard Flight Attendant Health Study, ou FAHS et qui compare 5336 hôtesses et stewards à 2729 personnes, n’ayant strictement rien à voir avec les métiers de l’aérien, et qui participent à une étude nutritionnelle baptisée National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES).

Par le passé des éléments avaient été déjà publiés montrant que la comparaison des deux populations indiquait un excès de manifestations telles la fatigue, la dépression et les troubles du sommeil chez les personnels navigants commerciaux.
En revanche ils ont une meilleure santé cardiovasculaire et respiratoire.

La nouvelle publication s’est intéressée au risque de survenue d’un cancer et les résultats montrent que ce métier de PNC n’est pas sans risques.
L’environnement n’est déjà pas simple. Il y a les radiations cosmiques. On ne le sait pas forcément mais c’est la profession la plus exposée parmi toutes celles qui subissent des radiations.
Il y a bien sûr la rupture du rythme circadien, les décalages horaires qui perturbent les cycles hormonaux et la sécrétion des neuromédiateurs. Et l’air respiré en cabine n’est pas d’une qualité maximale, puisqu’il s’agit d’air recyclé.

L’étude a pris en compte divers facteurs, incluant le tabagisme passif pour les personnels en poste avant 1988, année où les vols américains sont devenus non-fumeurs.
Les résultats montrent que la prévalence (1) des cancers du sein, et de la peau (mélanome mais également carcinome épidermoïde cutané et carcinome basocellulaire cutané) est plus élevée dans la population des hôtesses que dans la population générale témoin.

Pour le sein, cela se manifeste en particulier même chez des PNC ayant trois enfants et plus, alors qu’on estime que la grossesse, surtout si le premier accouchement a été avant 30 ans, joue un rôle protecteur.
L’hypothèse combinée des radiations cosmiques et de la rupture des rythmes physiologiques hormonaux et de la sécrétion de la mélatonine est souvent envisagée. Mais il s’agit d’une étude dite « transversale » qui ne permet pas de parler de causalité mais d’évoquer plutôt une association.

Pour les cancers de la peau, l’implication des radiations semble peu discutable. Un PNC reçoit annuellement une dose de radiations quatre à six fois plus élevée que celle reçue par une personne employée dans le secteur de l’énergie.

Cette tendance à l’élévation des cancers de la peau se retrouvé également chez les personnels masculins.
On note, par ailleurs, une élévation de la prévalence également pour des cancers génitaux, comme ceux de l’endomêtre et du col de l’utérus, les cancers digestifs et de la thyroïde.

Diverses études européennes de petite taille ont montré des résultats proches. Mais comme il s’agit d’études transversales, nous l’avons dit, on peut constater mais pas vraiment faire de déductions suffisamment concluantes.
Il faudrait pour cela mener des études longitudinales, c’est-à-dire suivre une population importante de PNC pendant suffisamment longtemps ces études sont difficiles à mener et posent des problèmes d’interprétation.

Mais il n’empêche que le suivi des personnels navigants, pilotes et personnel commercial, reste encore très insuffisant Certains éléments semblent pourtant bien établis, comme la fréquence plus élevée de cancers du sein et de la peau.
Il faut donc maintenant rechercher s’il existe un moyen de réduire les risques, notamment ceux liés aux radiations. Pour ce qui est des décalages horaires et des horaires de services la tâche semble bien évidemment quasi impossible.

(1) Prévalence :nombre de cas à l’instant t / nombre total de sujets présents dans la population observée (valeur comprise entre 0 et 1 sans unité ou 0 et 100 %)

Référence de l’étude :
Eileen McNeely et al.
Cancer prevalence among flight attendants compared to the general population
Environmental Health https://doi.org/10.1186/s12940-018-0396-8

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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5 réponses à Le risque de cancer décolle chez les hôtesses et stewards

  1. BONO dit :

    il y a plus simple ; calculer le taux de radiation auquel a été soumis le personnel navigant en passant sous des portiques de mesures après chaque vol long courrier. Quand la personne a atteint un niveau critique, aménager son planning en prévoyant des activités au sol par exemple . Cette idée a été soumises aux grandes compagnies européennes qui , bien sûr s’y sont opposées et la seules chose qu’il ont trouvé c’est de donné en fin d’année, aux navigants le taux de radiation moyen auquel ils ont été exposés ! A bon entendeur salut !!!
    Une navigante

  2. saron dit :

    Bonjour
    Ce qui est étonnant ET surprenant est l’absence de toute considération sur les habitus de ces PNC. De surcroît cette population est suivie médicalement sur un mode préventif itératif.
    On est pantois de constater une grande inefficacité des médecins car et pour l’exemple un cancer de la peau cela se dépiste tôt et connaît des facteurs néfastes: soleil…est ce que les pilotes font autant de ces cancers ?
    Les cancers génitaux : même type de commentaires
    quel rôle de co facteur comme l’immuno dépression ?
    Bien entendu les rayons cosmiques jouent un rôle probable, mais alors différence entre court courriers et longs courriers ? au nombre d’heures similaires
    Bref une étude sur papier glacé ou les victimes sont tous identiques aux témoins alors qu’elles exercent une profession à forte sélection médicale, à bon suivi et aux facteurs de risques personnels totalement gommés

    • docteurjd dit :

      Je pense que vous devriez contacter les auteurs et leur apprendre comment on mene une étude épidémiologique transversalle. La Harvard School of Public Health est une des 3 meilleures écoles au monde dans ce domaine mais ils sont sûrement perfectibles

  3. Alain Blondel dit :

    Oui c’est sur que les stewards et hôtesses en prennent plein la gueule et je suis content qu’on s’en rende enfin compte. Mais il n’est pas facile de réduire les radiations! Dix mille mètres d’altitude c’est équivalent à dix mètre d’eau et je ne vois pas qu’on enveloppe les avions d’une telle masse morte. On pourrait peut-être déjà mettre les bagages au dessus des habitacles plutôt que dessous, ils serviraient ainsi de protection? Une autre solution serait de remplacer les personnels naviguant qui sont ainsi exposés aux rayons cosmiques, par des automates et créer des procédures automatisées pour attacher les ceintures distribuer de l’eau etc.. ça se fait bien dans le train, on doit pouvoir inventer des trucs pour les avions.

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