ASCO18: méditation, acupuncture, cannabis pour gérer les suites de l’après-cancer

Douleurs, anxiété, insomnie, dépression, fatigue, stress. Autant de mots mais aussi de mots qui dans un certain nombre de cas vont altérer la vie des patients bien après la fin des traitements. Ce qui était considéré comme une fatalité fait désormais l’objet d’une prise en charge dans de nombreux centres. Et les méthodes proposées font de moins en moins appel aux médicaments.

L’une des techniques les plus étudiées actuellement c’est la méditation en pleine conscience, mindfulness en anglais.
Cette méthode comportementale s’intéresse au présent de la personne, l’amène à identifier les problèmes liés à sa maladie plutôt qu’à les nier et cherche à donner des outils pour renforcer les capacités de gestion de la douleur, du handicap et du stress. Donner les moyens de la récupération par des séances étalées sur quelques semaines, que les personnes peuvent ensuite faire elles-mêmes.

On n’a pas encore la certitude de l’efficacité de la technique, l’effet placebo jouant certainement un rôle.
Mais de plus en plus d’études laissent à penser que cette méthode a un avenir certain dans la suite des soins en oncologie.
Une évaluation sous la forme d’un PHRC, programme hospitalier de recherche clinique ; débute, par exemple, à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif. Ce programme va notamment évaluer l’intérêt de la technique sur les troubles du sommeil qui touchent jusqu’à 60 % des patients après un traitement par chimiothérapie.

La prise en charge des troubles du sommeil a fait l’objet d’une étude de la part du Memorial Sloan Kettering Cancer Center de New-York que vous pouvez retrouver ICI.
Là encore, pas de médicament, mais de l’acupuncture et des thérapies cognitives comportementales, avec de très bons résultats.

Douleurs tenaces

Si on arrive donc à améliorer les choses face à la dépression et à l’anxiété, il est un problème bien plus ardu à résoudre, celui des douleurs et en particulier les neuropathies, ces douleurs secondaires à certains traitements.

On sait que certains produits comme les sels de platine ou les taxanes peuvent entrainer des lésions des nerfs périphériques, avec des fourmillements puis l’installation de troubles de la sensibilité et des douleurs souvent nocturnes et insomniantes.

Lors des cures de chimiothérapie, on utilise des gants et des chaussons réfrigérés pour minimiser le risque d’atteinte neurologique.
Mais, malgré ces précautions, les neuropathies peuvent s’installer.
La réponse habituelle est médicamenteuse. Elle a une certaine efficacité, mais elle a aussi beaucoup d’inconvénients car elle impose souvent des doses très élevées de produits qui ont un effet sédatif et retentissent donc énormément sur la qualité de vie
Les traitements actuels recourent à des antidépresseurs seuls ou associés, à des anticonvulsivants souvent à très haute dose.

 

Les opiacés n’ont pas d’effets sur les neuropathies.

Neuropathies : le courant passe

Le champ des thérapeutiques non médicamenteuses est là encore en plein essor. Acupuncture et auriculothérapie sont souvent utilisées avec des résultats mitigés, moins nets que dans la prise en charge des douleurs liées aux anti-aromatases, par exemple.
Autre tendance qui se développe, le recours à des traitements par stimulation électrique des voies de la sensibilité.

On connait bien le TENS, appareils de stimulation nerveuse électrique transcutanée. Cet appareil utilise deux ou quatre électrodes, placées sur la zone douloureuse. Un courant électrique envoie un signal qui va parasiter le signal douloureux et donc altérer son interprétation au niveau cérébral.
Arrive maintenant le « scrambler ». C’est également un appareil utilisant l’électricité et des électrodes, mais rien à voir avec le TENS.

Le courant passant entre les électrodes est modulé et change sans arrête. Le signal envoyé est un signal qui emprunte la voie nerveuse de la douleur mais qui n’est pas un signal « douleur »
Les séances durent 90 minutes. Il semble que les premières études publiées montrent des résultats intéressants dans la prise en charge des douleurs neuropathiques.

Cannabis, l’arlésienne combien de temps encore ?

Et puis comment ne pas parler du cannabis ? Il en a été beaucoup question ce lundi à la conférence sur le cancer ASCO18.
Il existe une certaine confusion entre l’usage du cannabis et l’utilisation de médicaments dérivés des principes actifs de la plante.
On retrouve un usage médical du cannabis dès la première moitié du 19ème siècle en France.
Notre pays, comme beaucoup d’autres, va ensuite durcir les lois et le cannabis va devenir une drogue illicite.
Depuis quelques années, près de trente pays ont autorisé la consommation de cannabis à usage médical, pour diverses indications.
En même temps, quelques laboratoires ont choisi de développer des produits de synthèse à partir de composants. L’un des plus connus est le Sativex, du laboratoire anglais GW Pharmaceutical.
Il comporte, dans un rapport de 1/1 du tétrahydrocannabinol (THC) et du cannabidiol (CBD).
Son indication principale ce sont les troubles de la spasticité dans la sclérose en plaques.
Testé dans le contexte des douleurs cancéreuses, il n’a pas donné de résultats positifs sans doute en raison d’un dosage insuffisant et du rapport 1/1 des deux composants, estiment les experts.

La difficulté de mener des études sur les médicaments à base du cannabis tient surtout à des raisons politiques dans divers pays.
Or diverses études ont montré que le cannabis avait un effet bénéfique sur la dénutrition, augmentait la prise alimentaire protéique et avait un effet sur l’anxiété et certaines douleurs.

Plusieurs pays ont décidé, comme Israël par exemple, de se lancer dans une production industrielle de médicaments dérivés du cannabis.
Face à la surconsommation mondiale d’opiacés et aux drames que cela entraine, on ne pourra pas longtemps bloquer le développement de ces produits.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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