Vaccin anti-HPV : baisse des lésions précancéreuses et pas d’effets secondaires alarmants.

La vaccination contre le papillomavirus humain, HPV, rencontre une très forte opposition en France. Destinée aux seules adolescentes, elle est fort peu suivie notamment à cause de rumeurs sur sa sécurité. La publication d’une étude par des relecteurs indépendants de la Cochrane Library devrait pouvoir calmer certaines craintes.

Il existe près d’une centaine de types de virus HPV. Deux en particulier, numérotés 16 et 18, sont fréquemment retrouvés dans les prélèvements faits chez des femmes porteuses d’un cancer du col de l’utérus. Et chez les personnes des deux sexes porteuses d’un cancer de l’anus
Avec les sous-types 6 et 11, ces virus HPV provoquent aussi des lésions précancéreuses du col de l’utérus, de la vulve et du vagin, ainsi que des verrues génitales, les fameuses « crêtes de coq » en particulier.

Il existe sur le marché un vaccin contre les HPV 16-18 et un vaccin quadrivalent anti HPV 6-11-16-18.

Bientôt en France un vaccin nonavalent pourrait arriver. Il protégerait contre les HPV 6-11-16-18-31-33-45-52-58.

Les relecteurs de Cochrane, experts totalement indépendants ont revu un certain nombre d’essais cliniques incluant les vaccins bi et tétravalents. Au total 26 études incluant un total de 73428 femmes, la majorité d’entre elles ayant moins de 26 ans. Mais certaines de ces études incluaient des femmes jusqu’à 45 ans.

Toutes ces études comparaient l’efficacité du vaccin contre un placebo.

Les chercheurs ont considéré deux populations :
– Les femmes qui n’étaient pas porteuses de HPV à haut risque au moment de la vaccination
– Toutes les femmes, quel que soit leur statut HPV au moment de la vaccination.
Ont été prises en compte les lésions cervicales précancéreuses liées aux HPV 16-18 et les lésions cervicales précancéreuses quel que soit le type de HPV. Dix études au total.

Trop tôt pour mesurer l’effet sur les cancers

Le recul était au maximum de huit ans, trop court donc pour mesurer le rôle du vaccin sur la réduction éventuelle du nombre des cancers génitaux

Qu’ont-ils constaté ? Chez les jeunes femmes non porteuses du HPV, la vaccination protégeait de l’apparition du risque de lésions précancéreuses de façon importante :
Alors que chez les jeunes femmes ayant reçu le placebo le risque était de 164/10000 il n’était que de 2/10000 chez les vaccinées.

 

Ils se sont intéressés ensuite aux femmes de 15 à 26 ans qui avaient été vaccinées quel qu’ait été leur statut HPV.

Baisse  des lésions précancéreuses, pas d’excès des effets secondaires

Pour les virus HPV 16/18, le risque de lésions cervicales précancéreuses tombait de 341/10000 chez les non vaccinées à 147/10000 chez les vaccinées.
Deux remarques : les résultats étaient beaucoup moins parlants chez les femmes plus âgées et le taux d’effets secondaires identique chez les vaccinées et non vaccinées, à 7%

Les auteurs n’ont, en particulier pas répertorié d’événements graves et pas de fausses couches chez les femmes devenues enceintes après la vaccination.

Pour les auteurs, il reste encore nécessaire de poursuivre les observations. Mais ils pensent que la diminution des lésions précancéreuses suite à la vaccination devrait se traduire par une diminution du nombre des cancers à moyen terme.
Ces travaux sont d’autant plus importants que le virus HPV, virus oncogénique, fait parler de lui dans deux types de cancer, hors du col de l’utérus.

Le HPV associé à d’autres cancers

On le retrouve associé au cancer de l’anus de façon de plus en plus fréquente. Relativement rare, ce cancer connait cependant une forte croissance, notamment chez les hommes ayant des rapports homosexuels.
Depuis plusieurs années, le CDC, centre de contrôle des maladies d’Atlanta aux Etats-Unis, recommande la vaccination des jeunes gays avant 22 ans.
En France, le Haut Comité de santé Publique recommande la vaccination des jeunes gays jusqu’à 26 ans.

Autre domaine dans lequel le virus sévit, la sphère ORL. Depuis plusieurs années des pays comme la Suède ont tiré la sonnette d’alarme face au nombre croissant de tumeurs de l’oropharynx positives au virus HPV.
Cette recrudescence est liée aux pratiques sexuelles bucco-génitales et concerne les deux sexes.
Très différents des cancers ORL des personnes alcoolo-tabagiques, ces cancers semblent être de meilleur pronostic et répondent favorablement à certains traitements combinant radiothérapie et traitements ciblés.
Mais cela impose de savoir si la tumeur est porteuse ou non du virus, ce qui n’est pas encore fait systématiquement.

Les réticences françaises

 

Les vaccins anti HPV semblent donc montrer une efficacité contre les lésions précancéreuses.
Certains pays qui ont vacciné précocement leurs populations jeunes devraient bientôt pouvoir mesurer les premiers effets sur la survenue de cancers du col de l’utérus.
Il semble d’autre part, et la revue Cochrane le confirme, qu’il n’y a pas de risque sanitaire grave qui apparaît avec la vaccination
Ce vaccin ne couvrira jamais totalement le risque de cancer du col et les mesures de dépistage restent nécessaires
Mais il faudra bien se demander pourquoi, par exemple, le Portugal a une couverture vaccinale de 87 % et la France de 19 %.
Se demander aussi, si on considère ce vaccin comme étant efficace pourquoi ne vacciner que les filles ?
Dans un contexte de fausses nouvelles et de désinformation, il est évident que l’incitation à la vaccination par les vaccins anti-HPV n’est pas évidente ! D’autant que certains fabricants ont, par le passé, utilisé des méthodes pour pousser à la vente qui laissaient entendre que leur produit rendrait inutile le dépistage des cancers du col, ce qui est faux.

Rions un peu

Petite anecdote pour vous montrer comme ce n’est pas simple.
Il y a quelques années, sur ce blog, j’ai consacré un article à la sécurité de ce vaccin à partir de données officielles du registre américain des effets adverses des vaccins.
Un médecin, membre du très rigoureux Formindep (peut-être ne l’était-il pas encore) m’envoie un lien vers un site présumé officiel, répertoriant au contraire du mien, des catastrophes : paralysies, accidents neurologiques etc.
Problème : le lien dirigeait vers ce qu’on appelle un hoax, un site mensonger de désinformation.
Un de mes lecteurs le lui fit remarquer et je m’étonnai qu’un médecin puisse ainsi propager de fausses nouvelles.
Sa réponse fut simple : il prétendit ne pas bien lire l’anglais !

L’affaire aurait pu s’arrêter là mais quelques jours plus tard, sur son blog il rédigea un billet se demandant si on pouvait vraiment me faire confiance en matière d’information médicale, pour en conclure que j’étais vraiment un moins que rien !

Je ne serai donc pas surpris si, dans les jours qui viennent, on me dit que ce nouvel article sur le vaccin anti-HPV me vaut une nouvelle descente en flammes.

Pour terminer je précise et déclare n’avoir aucun lien d’intérêt avec les laboratoires fabriquant ces vaccins

Reference:
Arbyn M et al.
Prophylactic vaccination against human papillomaviruses to prevent cervical cancer and its precursors.
Cochrane Database of Systematic Reviews 2018, Issue 5. Art. No.: CD009069. DOI: 10.1002/14651858.CD009069.pub3.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Vaccin anti-HPV : baisse des lésions précancéreuses et pas d’effets secondaires alarmants.

  1. Jean Paul Georges dit :

    Une fois de plus, on constate l’effet délétère des angoisses « anti-vaccins » en France. Les autres pays d’Europe n’ont pas eu besoin de rendre obligatoires les vaccins listés par notre ministère récemment : pourquoi ? Parce que, sauf chez nous, quand la vaccination est libre, les gens vaccinent leurs enfants volontairement ! Pour avoir vu pendant mes études l’horrible film de l’agonie d’un patient – non vacciné – décédant du tétanos, je crois avoir été assez marqué pour penser que les « anti-vaccins » sont de dangereux rêveurs.

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