Greffes : une victoire française dans la guerre des trachées.

Aller chercher des pièces détachées de rechange dans le corps lui-même, c’est ce que depuis 2009 une équipe chirurgicale française a réalisé. Ces spécialistes ont pu ainsi réparer des trachées artères et des segments de bronche à partir d’un morceau d’aorte congelée.

D’un côté l’artère aorte, le plus gros vaisseau sanguin du corps humain, de l’autre la trachée artère, le conduit qui achemine l’air du larynx vers les bronches et les poumons. A priori rien en commun dans leur spécialisation.

Et pourtant, on a démontré que l’une pouvait aider à réparer l’autre. A partir de tissus aortique cryopréservé, des chirurgiens français sous la conduite du Pr Emmanuel Martinod (CHU Avicenne, Bobigny) ont pu couper des parties de trachées artères touchées par des tumeurs ou des rétrécissements sévères, des sténoses, et faire « pousser » le segment manquant à partir de ces morceaux d’aorte.

Il est vrai qu’embryologiquement, ces deux organes ont une origine proche puisqu’ils appartiennent à la grande famille des tissus conjonctifs, faits de fibres et de cellules.
Mais si on sait, en laboratoire, déprogrammer des cellules-souches adultes et les reprogrammer dans une autre direction, ce qu’a montré cette équipe c’est que Dame Nature savait parfaitement le faire toute seule in vivo.

Après une dizaine d’années de recherches, c’est en 2009 que l’équipe française a fait sa première tentative. Le principe est d’enlever suffisamment de la zone malade pour être en ce qu’on appelle « marge saine » c’est-à-dire sans plus aucune trace de cellules tumorales.

On enlevé la zone malade, on la remplace par du tissu aortique qui a été prélevé sur un donneur décédé et conservé à moins 80°C
Le greffon est posé sur un stent, c’est-à-dire une sorte de ressort grillagé qui va maintenir le calibre de la voie aérienne.

Un lambeau musculaire est accolé au greffon de façon à permettre la création de nouveaux vaisseaux sanguins nécessaires à l’irrigation du nouveau tissu.
Car, comme dit plus haut, on a vu apparaître la couche la plus superficielle de la trachée, ce qu’on appelle l’épithélium et ensuite les cellules et fibres habituellement trouvées dans un cartilage élastique.

Le greffon et la trachée restante ont donc pu reconstituer la partie manquante et permettre de retirer le stent en moyenne un an et demi après sa pose.

Ce mode de transplantation ne requiert aucune compatibilité des groupes sanguins ABO ni des antigènes tissulaires. Il n’y a donc besoin d’aucun traitement antirejet.

Sur les 20 patients sélectionnés, treize ont pu être opérés. Trois ans après 10 étaient toujours vivants. Huit d’entre eux respirent aujourd’hui normalement.

Il est important de préciser que cet essai est un essai de faisabilité. Il a été conçu pour montrer qu’on pouvait tenter ce geste.
La question est de savoir si d’autres équipes pourront le faire et avec les mêmes résultats.
Cette technique n’a pas été comparée aux autres possibilités de soins, ce qu’on appelle un essai contrôlé. On ne peut donc pas encore en conclure que c’est la méthode à privilégier.
Enfin le nombre de patients est faible et il faudra inclure plus de personnes pour avoir des informations plus précises.

Une fois les réponses apportées, on peut imaginer que cette chirurgie aura des indications précises, notamment dans les cancers broncho-pulmonaires et certains cancers de la thyroïde.

Toutes les atteintes ne seront pas opérables, loin s’en faut. Mais pour celles et ceux qui pourront en bénéficier, éviter l’ablation d’un poumon ne peut être vu que comme un avantage.
Le retentissement sur la qualité de vie n’en sera que plus important. Mais pour l’instant on ne peut rien dire sur un gain éventuel en quantité de vie.

Référence :
Emmanuel Martinod et al.
Feasibility of Bioengineered Tracheal and Bronchial Reconstruction Using Stented Aortic Matrices
JAMA. doi:10.1001/jama.2018.4653
Published online May 20, 2018.

Valerie W.Rusch
Has Reconstruction of the Central Airways Been Transformed?
From Aorta to Trachea
JAMA. doi:10.1001/jama.2018.4652
Published Online: May 20, 2018.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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