Cancer/ASCO2018: Moins, c’est mieux.Pour les femmes ayant un cancer du sein HER2+, on va peut-être pouvoir diviser la dose de trastuzumab par 2.

Moins c’est mieux est une phrase qu’on entend de plus en plus souvent en cancérologie, que ce soit pour le recours à la chimiothérapie ou pour la radiothérapie. Une nouvelle pierre est en train d’être apportée à l’édifice avec une étude britannique visant à réduire la durée de traitements de certains cancers du sein. Etude qui sera présentée lors de la conférence annuelle de l’ASCO à Chicago, du 1er au 5 juin 2018.

L’étude s’appelle PERSEPHONE, le même nom que la fille de Zeus et de Déméter dans la mythologie grecque. Mais cette Perséphone-là n’a pas pour but de vivre aux enfers mais, bien au contraire, d’éclairer la vie des 15 à 20 % de patientes qui ont un cancer du sein dit HER2+.

Cette forme particulière de cancer est liée à la surexpression d’un gène qui va entrainer la prolifération à la surface des cellules d’un récepteur appelé HER2.
Ce cancer a bénéficié de la découverte d’un anticorps, le trastuzumab, qui a totalement révolutionné le pronostic de cette forme tumorale en réduisant mortalité et risque de récidive de près de 40 %.

Administré pendant un an, à raison d’une perfusion toutes les trois semaines, le trastuzumab (Herceptin®) a aussi des effets indésirables, peu fréquents mais qui peuvent être définitifs, notamment sur le muscle cardiaque.
Plusieurs tentatives ont été faites pour réduire la durée du traitement. Mais les résultats n’ont pas été positifs, notamment une étude française, PHARE, qui prônait 6 mois de traitement au lieu de 12.

Une équipe britannique a débuté une étude similaire à PHARE en 2007. L’essai a inclus 4088 femmes, réparties en 2 groupes, l’un recevant le trastuzumab pendant 12 mois (2045 femmes), l’autre pendant 6 mois (2043 femmes)
Le but était de démontrer que 6 mois de traitements n’étaient pas inférieurs à un an.

Les patientes ont été suivies pendant quatre ans et on a mesuré la survie sans progression ou SSP, période pendant laquelle la maladie ne se manifeste pas.
On a évalué aussi le retentissement cardiaque, la qualité de vie et la répercussion économique

Au bout de 4 ans, 89,8% des femmes traitées pendant 1 an et 89,4% de celles traitées pendant 6 mois n’avaient aucun signe de reprise de la maladie
Au plan cardiaque, le groupe traité 6 mois a connu la moitié seulement des effets secondaires du groupe traité un an, 4% contre 9%, avec une meilleure récupération.

Sur la mesure de la SSP, le traitement court a donc été jugé non inférieur au traitement classique

Les données sur la qualité de vie ne sont pas encore connues.

Il manque cependant un élément clé dans cette analyse, c’est ce qu’on appelle la survie globale. Le raccourcissement de la durée de traitement aura-t-elle un effet bénéfique, neutre ou délétère ? On ne le sait pas encore mais il faudra évidemment prendre en compte ce qui sera l’élément déterminant.

Grâce aux techniques de séquençage du génome, les chercheurs vont aussi analyser et essayer de découvrir les caractéristiques qui favorisent une bonne réponse au traitement court, de façon à pouvoir le proposer au maximum de patientes.
Il n’est donc pas impossible que dans un futur proche, le standard du traitement pendant un an pour le trastuzumab puisse être ramené à six mois.

Moins serait alors vraiment mieux.

 

Référence :
Helena Earl et al.
PERSEPHONE: 6 versus 12 months of adjuvant trastuzumab in patients with HER2 positive early breast cancer: Randomized phase 3 non-inferiority trial with definitive 4-year disease-free survival results
Abstract 506 consultable sur abstracts.asco.org

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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