Cancer: on peut éviter de mourir des effets toxiques des chimiothérapies à base de 5-FU

La toxicité liée à certains médicaments utilisés pour combattre le cancer peut être sinon totalement prévenue, du moins limitée dans un certain nombre de cas grâce à des examens de dépistage peu onéreux et à la portée de nombreux laboratoires.

Ce sont les médicaments les plus utilisés en cancérologie. Le 5-fluoro-uracile, ou 5FU, et un certain nombre de molécules qui s’en rapprochent ont un côté Janus, une double face. Extrêmement efficaces d’un côté, ils peuvent être très souvent toxiques de l’autre, des toxicités qui dans moins d’un pour cent des cas conduiront au décès du patient.

Le 5–FU entre dans de nombreuses combinaisons thérapeutiques, dont la plus répandue est sans doute le FEC 50 ou 100 (5–FU+Epirubicine+Cyclophosphamide), utilisé dans le cancer du sein. Il est également très présent dans les chimiothérapies utilisées dans les cancers digestifs et les cancers de la sphère ORL.
Un autre médicament, la capecitabine, est ce qu’on appelle une prodrogue du 5-FU et va être transformée dans l’organisme en ce produit. On l’utilise sous forme orale, sous le nom de Xeloda©

Les effets toxiques liés au 5-FU sont bien connus et touchent à des degrés divers jusqu’à 40 % des personnes chez lesquelles on l’administre. Cela représente des milliers de cas par an.

Mais ces toxicités peuvent aussi entrainer une issue fatale dans 0,2 à 0,8 % des cas.

Une cause est liée au déficit partiel, plus rarement total, en une enzyme qui dégrade le 5-FU, la dehydropyrimidine déshydrogénase, la DPD. Environ 0,1 à 0,5 % de la population générale a un déficit total en cette enzyme et de 3 à 15 % des gens ont un déficit partiel plus ou moins marqué.

Ces accidents dramatiques peuvent-ils être évités ? Sans doute pour une grande partie. Car on sait doser cette DPD.
Deux techniques, génotypage et phénotypage, sont disponibles.
Les experts du groupe de pharmacologie clinique oncologique UNICANCER (groupement des centres régionaux anticancéreux) et leurs collègues du Réseau national de Pharmacogénétique hospitalière demandent donc à ce que soit systématiquement mis en place un dépistage d’éventuelles anomalies de l’enzyme DPD avant tout traitement comprenant 5-FU ou capecitabine.

Un recours à un dosage sanguin de l’uracile par phénotypage associé à une recherche d’anomalies sur le gène DPYD par génotypage

Leur recommandation est d’adapter la dose en fonction des résultats, de l’abstention de prescription à des doses réduites en cas d’anomalie, jusqu’aux doses habituelles si les tests de dépistage sont normaux
Ces tests sont réalisables dans Centres de lutte contre le cancer et CHU en France pour l’instant. Le coût oscille de 40 à 110 euros selon la méthode choisie.
Les patients n’ont rien à débourser.

La généralisation de ces dépistages du déficit en DPD ne réglera sans doute pas tout, mais elle permettra de réduire le nombre de décès attribuables à la toxicité liée à la carence en cette enzyme. Décès évalués entre 100 et 500 chaque année en France.

Référence de l’étude :

Loriot M-A, et al.
Dépistage du déficit en dehydropyrimidine déshydrogénase (DPD) et sécurisation des chimiothérapies à base de fluoropyrimidines : mise au point et recommandations nationales du GPCO-Unicancer et du RNPGx.
Bull Cancer (2018), https://doi.org/10.1016/j.bulcan.2018.02.001

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
Ce contenu a été publié dans VARIA, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

10 réponses à Cancer: on peut éviter de mourir des effets toxiques des chimiothérapies à base de 5-FU

  1. Ping : Cancer: on peut éviter de mourir des effets toxiques des chimiothérapies à base de 5-FU – Portail-Veille

  2. Colette Bibeau dit :

    Ici, au Québec, le test est obligatoire depuis juillet 2017. J’en ai reçu la confirmation par courriel le 4 juillet directement de sous-ministre associé du ministère de la Santé et des Services sociaux. Et ce test est gratuit. Selon une étude de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) ce test coûtera 18 $ en argent canadien et permettra de sauver des vies. C’est notre service de santé qui en assume le coût. C’est une belle victoire et sans les articles de la journaliste Malboeuf, rien ne se saurait encore, puisque malgré les nombreux articles scientifiques publiés depuis les 15 derniéres années, aucun protocole n’avait été rédigé obligeant le test préalable au traitement de chimiothérapie contenant du 5-FU.

  3. Colette Bibeau dit :

    Je suis ravie que des renseignements concernant la toxicité du 5-FU soient maintenant publiés outre-mer. J’avais rencontré la journaliste Marie-Claude Malboeuf en mai 2015 à ce sujet, car mon mari, Paul Allard de Sherbrooke au Québec, est décédé en mars 2011. Différentes recherches effectuées sur Internet m’ont amenée à vouloir utiliser les médias pour informer le plus de gens possible. Madame Malboeuf a mené une enquête sérieuse et en a publié les résultats le 8 septembre 2015 dans le journal La Presse de Montréal. J’ai multiplié les démarches, participé au Forum sur l’industrie de la santé à Québec, demandé de passer à une émission de grande écoute au Québec afin de médiatiser le plus possible les dangers liés au 5-FU pour certaines personnes.

    • docteurjd dit :

      De fait la demande consiste à mettre systematiquement en place un depistage individuel pré-traitement

      • siary dit :

        Cette attitude est certes justifiée . Mais un autre problème se pose avec le 5FU : apporte-t-il un bénéfice dans le cadre de la chimiothérapie de première ligne du cancer du sein? ( protocole FEC : 5 FU Epirubicine Cyclophosphamide ) En prenant les critères : Survie sans progression et Survie globale dans le cadre d’un essai randomisé en ouvert, la réponse des auteurs est négative .
        William J. Gradishar, MD reviewing Del Mastro L et al. Lancet 2015 Mar 1. von Minckwitz G and Loibl S. Lancet 2015 Mar 1.

  4. Boisdron-Celle dit :

    Cela fait plus de 16 ans que ce test est utilisé en pratique clinique avec un recul sur plus de 26 000 patients….
    7

    • docteurjd dit :

      la demande des experts est qu’il soit systématiquement pratiqué avant d’initier la chimio. ce n’est pas excatement la même chose je crois.

      • Lily dit :

        Si, c’est malheureusement la même chose, des milliers de vies auraient pu être épargnées depuis 16 ans… :'(

      • Boisdron-Celle dit :

        L’équipe de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest qui a développé cette approche (première publication internationale en 1999) l’utilise pour dépister avant chimiothérapie plus de 3000 patients par an et pour plus de 200 Centres Hospitaliers…. Les résultats publiés là aussi en 2007 et en 2017 dans des revues Internationales à comité de lecture démontre la supériorité de l’approche multiparamétrique…. Si certains biologistes avaient eu moins d’Ego on aurait pu sauver effectivement beaucoup de patients pendant toutes ces années… C’est lamentable….

  5. RIVOIRE dit :

    Une association de victimes existe depuis mai 2017, son action auprès des médias (@Leprogresloire @VirginieBagouet @boylandry @CecileThibss) et des politiques (@DinoCinieri @JeanMichelMIS) a enfin fait bouger les choses…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.