Tabac : plus c’est cher moins on fume, mais il n’y a pas que les taxes

Le prix que paient nos sociétés au tabac est immensément plus élevé que les taxes et impôts divers que rapporte cette plante. Et la France n’est pas parmi les meilleurs élèves en matière de lutte contre le tabagisme.

De toutes les mesures qui jouent le plus sur la réduction de consommation de cigarettes et sur l’ arrêt définitif du tabac, ce sont les augmentations de taxes qui s’avèrent les plus efficaces. Les prix très élevés pour les fumeurs sont la principale arme de dissuasion.

Mais on ne peut se limiter à cela, d’autant qu’il existe une contrebande qui permet, dans un certain nombre de cas de contourner les hausses.
Les autres mesures «payantes », sont, par exemple l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Cette interdiction a permis d’éliminer la cigarette de l’intérieur des cafés, restaurants et boites de nuit. Mais, malheureusement, ce sont les terrasses qui sont devenues les nouveaux refuges des fumeurs, exposant les non-fumeurs à des volutes dont on aimerait bien se passer.

Autre mesure : investir dans des campagnes d’information vers le grand public. Là encore, le match est très inégal car l’industrie du tabac investit des sommes sans aucune commune mesure avec ce que mettent en œuvre les pouvoirs publics de tous les pays.

Exemple récent, la prise de position de l’ensemble des Ecoles de Santé Publique aux Etats-Unis, qui ont décidé de refuser tout financement ou don venant d’une fondation appelée « Foundation for a smoke-free world ». Cette fondation « pour un monde sans fumée » est financée par ….Philip Morris International !

Ajoutons à cela des mesures d’interdiction de la publicité, un domaine dans lequel nous avons pris, pour une fois de l’avance.
Les messages sanitaires sur les paquets, mesure très décriée, ont aussi un intérêt, même faible.
Enfin il y a la question de la prise en charge des traitements de substitution avec les dérivés nicotiniques et les méthodes diverses et variées de cessation.
Hormis les moyens médicamenteux, l’accompagnement est une nécessité pour nombre de fumeurs. La diversité des méthodes proposée montre qu’il n’y a pas de panacée et que quelle que soit la technique proposée, on arrête si on a envie d’arrêter !
N’oublions pas la place de la cigarette électronique, de plus en plus importante, ne serait-ce qu’en termes d’offre.
Son rôle dans la baisse du tabagisme semble indiscutable. En ce qui concerne le sevrage tout n’est pas définitivement établi même si les tenants de la vapette estiment la messe dite.
Incontestablement il y a un rôle non négligeable joué par cet instrument à ne pas négliger.

En matière de lutte contre le tabagisme, la hausse des taxes reste donc le déterminant numéro un mais pas le seul. Il faut donc développer une vraie politique de santé publique, ce qui, on le voit actuellement avec l’alcool, est loin d’être évident en France.

Nous sommes très fiers de la façon dont sont soignés les malades, nous ferions mieux d’être plus fiers d’avoir su les empécher de tomber malades.

Une étude (1) sur 27 pays européens, la Croatie étant encore hors UE, menée de 2006 à 2014 a montré qu’avec le Portugal et la Slovénie, la France faisait partie des mauvais élèves de l’Union Européenne en matière de baisse de la consommation de tabac et d’arrêt.
Il n’est donc plus vraiment temps de mégoter.

(1)Ariadna Feliu et al.
Impact of tobacco control policies on smoking
prevalence and quit ratios in 27 European Union
countries from 2006 to 2014
Tob Control 2018;0:1–9. doi:10.1136/tobaccocontrol-2017-054119

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à Tabac : plus c’est cher moins on fume, mais il n’y a pas que les taxes

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  2. Zeplead dit :

    Expérience de parent et d’enseignant :
    Naguère le service militaire initiait nos jeunes hommes au tabagisme.
    Aujourd’hui – égalité des sexes oblige ? – une bonne partie et peut-être une majorité de nos jeunes garçons et de nos jeunes filles apprend la dépendance au tabac à l’intérieur de notre institution scolaire.
    Pour y avoir exercé toute ma vie professionnelle, j’ai pu voir que le principal obstacle à l’application de la loi EVIN dans l’enceinte même de nos lycées est directement lié à l’attitude laxiste pour ne pas dire coupable de la communauté des adultes et notamment d’une bonne partie des enseignants et des surveillants.
    On voit désormais apparaître des « zone fumeurs » totalement hors la loi dans nos lycées au prétexte que les fumeurs sortent du périmètre des établissements et « se mettent en danger pour aller fumer » (sic).
    Il semble pourtant si simple, pour lutter contre le tabagisme, de s’attaquer à l’une de ses racines évidentes !
    Tant de jeunes, souvent mineurs et à l’insu de leurs parents (qui naïvement nous ont confié leurs gosses en toute confiance), s’initient au tabagisme dans nos écoles et nos lycées.
    Sur mes trois enfants, adultes et parents aujourd’hui, il m’en reste un qui n’est pas encore sorti de cette dépendance.

    • docteurjd dit :

      Vous avez parfaitement raison quant au laxisme dans les établissements. Créer des zones fumeurs est une vraie demission de la politique de prévention. On veut nous faire croire que ce serait attentatoire aux libertés.
      Quel recul !

  3. Charlotte Spolidoro dit :

    Merci d’avoir cité les sages femmes dans votre intervention sur France2 ce midi!

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