AVC : augmenter les centres de rééducation, raccourcir les séjours, mieux payer les professionnels

C’est sans doute l’une des inégalités les plus flagrantes de notre système de santé. La prise en charge des personnes victimes d’AVC dans les suites de l’accident aigu varie selon les endroits et cela n’est pas sans conséquences sur la récupération d’une certaine autonomie. Pourtant il y a des solutions pour mieux faire.

Le développement des unités neuro-vasculaires, les UNV, est un des grands progrès de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux. Pouvoir dans les premières heures suivant l’AVC être pris en charge dans une de ces unités permet dans un certain nombre de cas de désobstruer l’artère bouchée par le caillot et de limiter les dégâts en permettant une reperfusion sanguine des tissus cérébraux.

Mais une fois cette phase passée et les moments un peu critiques des tous premiers jours, une fois que la personne victime d’AVC commence à recouvrer, l’urgence est de la faire sortir de l’hôpital afin de la diriger vers un centre de rééducation fonctionnelle (CRF) où une équipe pluridisciplinaire la prendra en charge.
Ce travail peut rarement être mis en œuvre à l’hôpital faute de moyens et surtout faute de personnel spécialisé, orthophonistes et kinésithérapeutes en particulier en effectifs suffisants.
Et comme la journée d’hospitalisation coûte cher, autant éviter de prolonger des séjours qui , en outre, ne vont aucunement aider le patient à récupérer, tout au contraire.
Dans ces CRF, orthophonistes, kinésithérapeutes, psychomotriciennes, ergothérapeutes  mais aussi des professeurs de sport adapté vont prendre en charge une rééducation qui aura pour but de maintenir autant que faire se peut une autonomie des patients en visant, lorsque c’est possible, un retour à domicile après des adaptations nécessaires du lieu de vie.

Sortir vite de l’hôpital, quand on trouve une place en centre

Dans cette prise en charge il ne faut pas oublier le travail des aides-soignantes formées à la prise en charge de la déglutition et de ses troubles, si fréquents en cas d’AVC et bien sûr les psychologues.

On le voit, ce sont de grosses équipes qui vont intervenir et plus tôt elles interviennent, moins le patient perd de chances de recouvrer une partie non négligeable de certaines de ses fonctions, notamment la marche.

Les centres s’équipent aujourd’hui d’instruments de rééducation robotisés du membre supérieur et du membre inférieur. Ces instruments ne remplacent pas le travail des kinésithérapeutes, mais viennent en complément.
Ils peuvent avoir un intérêt certain chez des patients longuement hospitalisés et qui trouvent ainsi une certaine variété dans une activité de rééducation qui peut sembler répétitive.

Mais comme pour la réalité virtuelle, ion manque d’évaluations solides pour apprécier l’apport thérapeutique de ces techniques.
On manque de centres spécialisés en France et ceux qui existent sont souvent en manque de personnel qualifié et spécialisé, les salaires étant peu attractifs et la charge de travail très lourde.

Plus près de chez soi, moins longtemps hors de la maison

Il y a donc des patients qui ne vont pas bénéficier de cette prise en charge optimale ou qui vont être contraints d’aller loin de chez eux. Or cet isolement et la coupure avec les proches n’est pas, au plan psychologique, une très bonne chose, loin de là.
Pourtant, il existe dans un certain nombre de départements, des plateaux techniques qui ne demandent qu’à fonctionner et qui pourraient accueillir des personnes victimes d’AVC dans une structure plus proche de leur domicile.

Il suffirait pour cela de former les personnels adéquats, ce qui ne relève pas de l’impossible !
Mieux encore, on pourrait, à l’instar d’autres pays européens, favoriser un retour beaucoup plus rapide à la maison, pour peu que les aménagements nécessaires soient en place.
Continuer la réadaptation avec l’aide de l’orthophoniste et du kiné à domicile se pratique dans plusieurs pays.
Mais en France les honoraires des professions paramédicales sont très bas, un peu plus de 15 euros par exemple pour un kinésithérapeute, et la prise en charge des déplacements est anecdotique.
Autant de raisons pour ne pas inciter au développement de cette prise en charge à domicile.
Ce qui est foncièrement dommage, car permettre un retour plus rapide à la maison et aider le patient à se réapproprier les lieux c’est éviter des séjours longs et coûteux et préserver une autonomie précieuse en évitant un placement en établissement de long séjour, type Ehpad.

Peut-être s’en apercevra-t-on un jour !

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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16 réponses à AVC : augmenter les centres de rééducation, raccourcir les séjours, mieux payer les professionnels

  1. Lepp Cécile dit :

    Enfin qqn qui parle de nous les Orthos ! Merci docteur, je viens de travailler 10 ans dans un centre avec plateau technique, peu de reconnaissance financière malheureusement.
    J’ai démarré dans cet établissement sans reprise de mes
    12 années en libéral , commencer au tarif horaire d’une femme de ménage après un concours très sélectif , 4 ans d’études et des formations régulières c’est peu encourageant.
    J’ai pris la décision de retourner en libéral , en faisant pas mal de prises en charge à domicile. Je n’en pouvais plus de ne pas pouvoir partir en vacances seule avec mes 3enfants . J’adore mon métier mais quel mep Des gouvernements successifs.
    Encore merci !!! Une orthophoniste passionnée

  2. Danielle D. dit :

    Mon mari a fait un avc en décembre dernier, apres 1 mois d’hôpital, il a été transdéré
    dans CRF sachant PERTINEMMENT qu’il n’y avait plus d’orthophonie, spécialité indispensable à sa rééducation.
    Plusieurs demandes ont été faites pour un autre CRF …. refus !
    Que faire ? Tout ce temps aux repas moulinés et eau gélifiée !!!

  3. Mathilde dit :

    Merci beaucoup pour votre intervention sur France 2 rappelant que les orthophonistes et d’autres professionnels manquent dans les centres de rééducation faute de salaire décent ! Cela doit se savoir.

    Mathilde, orthophoniste

  4. DUCROCQ Françoise dit :

    Merci pour cet article qui explique clairement les modalités de prise en charge d’une personne ayant subi un AVC.
    Vous avez raison d’évoquer le manque de personnel paramédical, extrêmement dommageable pour les patients. Nos salaires sont effectivement très faibles dans tous les établissements recevant des adultes et aussi des enfants, atteints de pathologies diverses. Et tout particulièrement en milieu hospitalier : à peine un peu plus que le SMIC en début de carrière pour un niveau Bac + 5 pour les orthophonistes… La conséquence c’est que de très nombreux postes salariés sont effectivement vacants.
    Françoise DUCROCQ
    Orthophoniste

  5. A.G. dit :

    Bonjour,
    Etudiante en ergothérapie je m’intéresse aux études étrangères concernant le retour à domicile rapide de la personne après un AVC ainsi que sa rééducation et réadaptation sur son lieu de vie. Auriez-vous des références d’article à me transmettre ? Merci.

  6. MG dit :

    Merci beaucoup de relayer l’information quant à la situation désastreuse des professionnels de santé à l’hôpital, en centre de rééducation, mais également en libéral! Les prises en soins post-AVC devraient être intensives. Les conditions ne le permettent souvent pas, malheureusement. Le CHU de Bordeaux semble toutefois montrer un bel exemple.
    Je suis orthophoniste et ai connu plusieurs expériences d’activité mixte en libéral et à temps partiel en centre de rééducation et/ou hospitalier: je n’ai pu tenir financièrement que quelques mois à chaque fois.
    L’orthophonie est un métier absolument passionnant, le travail auprès de personnes cérébrolésées un enrichissement mutuel incroyable, et les bénéfices des prises en soins pluridisciplinaires intensives indéniables. Malheureusement nous ne sommes pas reconnnus à la hauteur des reponsabilités et compétences.
    Je vous remercie infiniment pour cet article et pour vos mots lors du dernier JT.
    Bien à vous,
    Une orthophoniste qui ne travaille plus qu’en libéral pour combler le déficit lié aux mois de salariat…

  7. Caroline dit :

    Merci beaucoup pour votre article très juste et qui dépeint enfin les orthophonistes et la faiblesse de leur rémunération de manière réaliste.
    J’espère que vous serez entendu car vos propos sont pleins de bon sens et il est urgent que les patients post-AVC (entre autres) puissent bénéficier d’un suivi de qualité. La santé n’a pas de prix, elle est un trésor inestimable et c’est pour ça qu’on a besoin de moyens, pas d’un discount continu qui déshabille Paul pour (sur)habiller Jacques!

  8. Emegé dit :

    En tant qu’orthophoniste travaillant avec des patients victimes d’avc, je vous remercie de tirer la sonnette d’alarme.

    Effectivement un aphasique qui se fait reeduquer loin de chez lui alors qu’il ne pourra pas parler au téléphone à ses proches ni bénéficier de leur soutien stimulant, c’est très dommage. Et les salaires bas des orthos (vu leurs responsabilités notamment dans l’évaluation et la rééducation de la deglutition) le management façon hôpital etc qui font fuir les pros peuvent aussi être très dommage.

  9. Valerie Gérard dit :

    Bonjour Docteur.
    Je vous écoute depuis de nombreuses années. Presqu’aussi longtemps que mes années d’exercice. Merci. Merci mille fois de cette réflexion aussi juste que touchante. Merci. Peut être va t on avancer pour enfin chercher les solutions là où il faut les chercher: afin que l’humain soit aussi considéré que le financier. Que le bon sens l’emporte!
    Merci

    Valérie Gérard
    Orthophoniste

  10. Rechard dit :

    Merci pour cet article intéressant et très vrai !
    Je suis orthophoniste et je sais que le travail d’équipe auprès des personnes se relevant d’un AVC est primordial. Il peut se faire en centre puis dans un second temps au domicile du patient ou dans nos cabinets.
    La compétence et la motivation des orthophonistes ne demande qu’ à s’exprimer mais vous avez raison de le souligner: salaire et honoraires en libéral sont trop bas. Les indemnités kilométriques ne sont pas les mêmes pour toutes les professions … il me semblait pourtant que nous payons tous le meme prix à la pompe !

  11. Isabelle Devynck dit :

    Merci JDF pour avoir cité notre profession si mal payee en liberal comme a l hopital .. orthophoniste depuis 29 ans en liberal j ai du fermer mon cabi pour raisons de sante. ( pas d arret maladie et on doit continuer a payer charges pdt 91 jours… ), en salariat au sein de la fph on a refuse de prende mon anciennete.. je suis payee 1550 euros nets… au bout de 34 annees de travail ! Et on se plaint de ne pas trouver d ortho a l hopital ! Cherchez l ereur quand le diplome est a bac +5 depuis cette annee !

  12. Sève-Ferrieu Nicole dit :

    Sur un site médical, qui plus est ouvert à tout public, il me semble dommage d’utiliser indifféremment les termes « indépendance » et « autonomie » puisqu’ils ne sont pas des synonymes. Pour faire simple et dans le cadre de la médecine (donc de la rééducation), l’indépendance est la capacité de réaliser sans aide humaine les actes de la vie quotidienne, qu’il y ait ou non utilisation d’une ou plusieurs aides techniques. Par contre, l’autonomie est la capacité de gérer sa vie, soit, à un niveau élémentaire, de pouvoir dire « oui » ou « non » en toute connaissance de cause. [Réf : Sève-Ferrieu Nicole, « Indépendance, autonomie et qualité de vie : analyse et évaluation », Encyclopédie Médico Chirurgicale, Rééducation, Elsevier-Masson, 26-030-A-10 ; 2016].
    Je me permets également de penser que l’ergothérapie, dont le professionnel est chargé de parfaire l’indépendance dans le cadre de la vie quotidienne ET de favoriser l’autonomie dans celui d’un projet de vie réaliste et réalisable, soit si peu citée. Le nombre d’ergothérapeutes formés en France a considérablement augmenté dans le cadre du projet de maintien ou de retour à domicile des personnes âgées. Ils travaillent dans les centres de rééducation et de réadaptation, certes, mais également de plus en plus fréquemment dans un cadre indépendant où, bien que non reconnus par la Sécurité Sociale, ils sont généralement remboursés par les mutuelles, et de plus en plus reconnus par les caisses de retraite. En particulier, leur rôle dans l’aménagement du domicile est fondamental.
    Cordialement,
    Nicole Sève-Ferrieu (Ergothérapeute, Cadre de Santé, Expert clinicienne NER21)

    • docteurjd dit :

      je suis content de savoir que vous êtes apparemment satisfaite de la situation de l’ergothérapie. Je rencontre des professionnelles beaucoup moins optimistes

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