Le saviez-vous ? Le vin contient de l’alcool et on aimerait que vous l’oubliiez !

Pétitions de grands noms, dont un oncologue , lobbying de la profession, les temps sont durs pour la ministre de la santé qui met le vin au même plan que toutes les autres boissons alcooliques.
Un choix qui n’a pas fini de faire parler, jusqu’en très haut lieu.

Chaque médecin pourra vous raconter la même chose : face à un patient chez lequel on suspecte une consommation d’alcool excessive, ce dernier, la main sur le cœur, affirmera

« Non, Docteur, je ne touche pas à l’alcool ». Mais si le médecin insiste en disant « et jamais de vin ou de bière ? », l’interlocuteur dira « Ah si, mais ça ce n’est pas de l’alcool ». Et quand vous avez la possibilité d’insister et de vous enquérir des quantités, bien souvent vous devez vous accrocher au bureau !

Pourquoi donc le vin et la bière ne sont-ils pas considérés comme des liquides contenant de l’alcool par tant de monde ?
Difficile à dire, peut-être parce que la vigne est très répandue en France et qu’il y a aussi des champs de houblon.
Peut-être aussi parce que les deux religions du Livre, judaïsme et christianisme, ont dans leur liturgie des bénédictions sur le vin.
Culturellement, les plus optimistes disent que le vin peut être addictif mais que c’est une addiction qui est parmi nous depuis des millénaires. Comparé au tabac, que nous consommons depuis peu, cinq cent ans, et qui est étranger à nos cultures, et d’autres produits et drogues arrivés dans nos vies plus récemment, nous serions supposés savoir vivre avec.

Bonne dépendance vs mauvaises drogues

C’est évidemment différent avec l’opium que nos voyageurs découvrirent en Asie ou le haschich et les dérivés de la morphine qui fournissent les stupéfiants qui sont consommés chez nous.
Il y aurait donc un côté « bonne drogue » au vin. Enfin pas pour n’importe quel vin, le vin français, de qualité, cultivé sur des terroirs bien protégés et élevés comme des trésors dans des fûts de chène précieux, au sein de chais qui sont parfois de vraies œuvres architecturales.
Ce côté noble, et cher, ferait donc du vin un produit à part, comme peuvent l’être les whiskies et portos « vintage » servis dans les clubs anglais de Pall Mall.
Et s’enivrer aux Premiers Crus de Bordeaux, au prix de la bouteille, n’est évidemment pas la forme de dépendance à l’alcool la plus répandue !
Toute cette mystique, cet art, ces traditions autour de la vigne et du vin, la dimension mi- religieuse mi- païenne (l’âne de St martin), les confréries, le partage et, point non négligeable, le formidable business, font qu’oser placer la bouteille de vin et son contenu au même niveau que la bouteille de vodka ou de gin achetées en grande surface, relève du crime de lèse-majesté.
Les alcooliers l’ont fort bien compris, eux qui, lors de la discussion de la loi Evin, poussaient les viticulteurs à la révolte et agitaient leurs relais parmi les parlementaires.
Vendant des alcools sans histoire, sans terroir, des produits industriels identiques du nord au sud de l’Europe, ils ont utilisé la viticulture française comme cheval de Troie pour tenter d’éviter la mise en œuvre de mesures restrictives vis-à-vis de la publicité et du sponsoring.

Le vin, alibi des alcooliers industriels

Les brasseurs dont un slogan fut à une époque « Ma chemise pour une bière » ont presque réussi à faire oublier qu’il y avait encore des brasseurs artisanaux en France capables de proposer autre chose qu’un breuvage uniforme et souvent renforcé en alcool de façon lamentable.
Revenons au vin, produit qui serait donc à part. Pourtant sa consommation excessive a produit de sacrés dégâts et en produit toujours.
En 1915, les soldats coincés dans les tranchées, utilisaient l’absinthe, la « fée verte » comme « monte en ligne ».
Paniqué l’Etat-Major obtient l’interdiction de la boisson qu’on accuse d’entrainer des troubles psychiatriques. Elle est remplacée par le vin, de mauvaise qualité, que de nombreux soldats vont ainsi découvrir. Car la vigne est inexistante dans certaines régions, comme la Bretagne ou le Nord. Elle a quasiment disparu d’autres endroits, suite au phylloxera, comme dans le Poitou ou le Thouarsais.

Et après 1918 on continuera à inonder ces régions de vins venus souvent de loin, des vins de médiocre qualité.
Difficile de dire que l’alcool de ces vins était un alcool « gentillet ».
Et difficile de dire que cette molécule différait de celle présente dans un vin d’appellation d’origine contrôlée.

Pour exonérer le vin de son contenu alcoolique on a aussi eu droit au cours des vingt dernières années à des concepts comme le « French Paradox », le « Paradoxe Francis ». Une alimentation assez riche en « bonnes graisses » et avec une consommation modérée de vin rouge protégeait le cœur des français de l’infarctus, comme le régime crétois et son huile d’olive celui des habitants de cette ile grecque.

 

Vin rouge et Alzheimer, la mascarade oubliée

Puis vint un joli coup commercial et médiatique, utilisant une étude qui se voulait scientifique mais qui avait suffisamment de défauts pour être rejetée par les principales revues médicales.
Des spécialistes bordelais nous apprirent, par le biais de deux organes de presse dont les représentants étaient dans le même voyage qu’eux, qu’une consommation de vin rouge réduisait le risque de développer une maladie d’Alzheimer.
Et la dose quotidienne allait jusqu’à quatre verres par jour, de bordeaux bien sûr.
Peu de temps après les hollandais montrèrent un résultat analogue avec la bière !

On le voit, parler du vin n’est pas une chose simple en France tant ce liquide est toute autre chose qu’une simple boisson alcoolisée.
Les allégations santé autour d’une consommation modérée de vin rouge ont rendu les choses encore plus compliquées.

Mais on a oublié de dire que « modérée » voulait dire deux verres par jour et aucune autre consommation d’alcool, bière incluse !
Il est très compliqué de vouloir faire passer le vin pour un produit néfaste tant il est partie prenante de notre culture, de nos croyances, de notre environnement.

Mais il est nécessaire de rappeler sans cesse que boire du vin c’est boire de l’alcool, un alcool comme un autre, métabolisé par le foie de la même façon que l’alcool du gin, de la vodka, du whisky ou de la bière.

Ne pas diaboliser le vin mais ne pas l’exonérer non plus et résister aux lobbies alcooliers qui, encore et toujours, se servent de la vigne et du vin pour sauver les parts de marché de leurs produits moins nobles.
Le travail fastidieux de la vigne, la transformation du jus en vin, l’élevage de ce vin sont partie prenante de notre culture.
Il y aura toujours des amateurs pour déguster et partager une bouteille. Et quand on parle du vin et qu’on aime le déguster on en boit généralement peu pour avoir l’esprit et le palais prêts à d’autres découvertes.
Le monde du vin n’a donc rien à gagner à vouloir empêcher que se mette en place une vraie prévention de l’alcoolisme dans notre pays.

Déclaration d’intérêts

Je précise que j’ai été intronisé dans la confrérie des Fripe-Douzils (Ingrandes de Touraine) et des Chevaliers de la Chantepleure (Vouvray)

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Le saviez-vous ? Le vin contient de l’alcool et on aimerait que vous l’oubliiez !

  1. Nicolas dit :

    C’est impératif de le dire et d’arreter de faire comme ci on ne le savait pas’ico

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