Erreurs médicales et chirurgicales : encore des progrès à faire même si ça va mieux

Chaque année, plusieurs centaines de milliers d’événements indésirables graves surviennent dans les établissements de soins. La moitié d’entre eux pourrait être évitée.
Mais cela suppose du temps, des moyens et de renforcer la culture de la sécurité du patient dans le soin

Un certain nombre de ces événements graves est lié à des facteurs humains et donc évitables, théoriquement.
En chirurgie par exemple, on s’est inspiré de l’aéronautique avec la fameuse check-list. Avant le décollage, pilote et co-pilote ont une liste de contrôles obligatoires et tout est vérifié en double.
Depuis quelques années, un équivalent de cette check- list est obligatoire dans les services de chirurgie. Mais elle peine à être appliquée.
Cela va de l’identité du patient au côté à opérer et elle se fait à divers niveaux : personnel infirmier de bloc, médecin et infirmière anesthésiste et bien sûr le chirurgien qui, comme le pilote aura la responsabilité finale et doit avoir vu le dossier une dernière fois avant de débuter le geste.
La surcharge de travail de certains établissements, le manque de personnel, les horaires à rallonge peuvent toujours générer des erreurs. Ainsi un changement d’équipe entre l’installation du patient et le début de l’anesthésie et de l’intervention peut générer une perte d’information.

 

Diverses études ont montré que cette pratique réduisait le risque de mortalité de près d’un tiers et raccourcissait la durée de séjour d’une journée environ.

Une telle liste est une façon de travailler en équipe, de façon complémentaire et doit donc être vécue comme un argument de sécurité supplémentaire et non pas comme une énième contrainte administrative.

 

Un tiers des événements indésirables graves à l’hôpital ou en clinique concerne le médicament.
Et dans plus d’un cas sur deux l’analyse montre que ces accidents auraient pu être évitables.
La cause la plus fréquente est liée au moment où la distribution du médicament au patient se fait. C’est le rôle de l’infirmière mais cette dispensation ne se fait pas toujours tranquillement ! En moyenne, une infirmière sera interrompue sept fois en une heure pendant une tâche. On imagine ainsi ce qui peut des passer quand on l’interrompt en pleine préparation et distribution de médicaments dont les doses ou la quantité peuvent changer dans la journée en fonction de l’évolution de l’état du patient.

Afin de remédier à ces situations, il n’est plus question de prendre les prescriptions du médecin par écrit lors de la visite et de les transmettre telles quelles à la pharmacie.

La prescription doit être informatisée, évitant ainsi les erreurs de noms de produits. Et le dosage est automatiquement inscrit ainsi que la posologie.
Le pharmacien de l’établissement accède donc ainsi en direct à la prescription, peut en vérifier la cohérence, détecter des interactions dangereuses ou des contre-indications formelles.

Autre progrès qui se généralise doucement, la préparation de piluliers individuels directement à la pharmacie avec un double contrôle avant la montée dans les chambres.

Cela demande beaucoup de temps et de travail. Ainsi dans un établissement de type EHPAD accueillant 30 résidents, la préparation des piluliers pour la semaine et le contrôle représentent une charge de travail de six heures environ.
On imagine aisément que cela prendra encore plus de temps dans un hôpital classique avec services de médecine, de spécialités et de chirurgie, où les prescriptions peuvent varier du matin au soir !

On a pu ainsi réduire les erreurs liées à la délivrance des médicaments en soulageant les personnels des services de la réalisation de la préparation, même si les changements de prescriptions restent de leur domaine.
On a également commencé à mettre en place un système dit de « conciliation des traitements » qui consiste à rechercher quel était le traitement des personnes hospitalisées avant son entrée dans l’établissement. Pour cela on interroge le pharmacien de ville qui a délivré les médicaments. On peut ainsi éviter des prescriptions inutiles et/ou dangereuses.

Tout cela, on l’a vu, consomme beaucoup de temps et dans la situation de nombreux établissements, les personnels sont sous pression et travaillent à flux tendu.
Idéalement, la préparation des médicaments pourrait donc être faite par des robots. Cela commence à être mis en place dans divers endroits. Mais c’est un matériel très onéreux et là encore, étant donné le contexte », on ne se bouscule pas pour investir.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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12 réponses à Erreurs médicales et chirurgicales : encore des progrès à faire même si ça va mieux

  1. DUMONT Elisabeth dit :

    Bonjour Docteur ,
    ca nous a fait grand plaisir de vous revoir aux infos de France 2. Cela faisait un bon moment qu’on ne vous y avait pas vus, et je n’arrivais pas à savoir pourquoi…
    Continuez à venir régulièrement nous informer « simplement » et merci
    Mr et Mme DUMONT

  2. TAPAS92 dit :

    Rappel sur la check-list des pilotes d’avions (toujours citée en exemple) : elle se fait à 2 (pilotes et copilotes), sur un appareil qui a déjà été vérifié auparavant par des techniciens, et scrute tous les éléments du vol (machine, personnel, météo …). Ce temps de la check-list fait partie du temps de vol pour le pilote (alors qu’il n’est qu’assis dans son cockpit) avec tous les avantages sociaux qui vont avec. Et au dernier moment, le pilote peut décider d’annuler le vol s’il le juge « dangereux ». Imagine t on 2 personnes (une infirmière et une pharmacienne) vérifier la distribution des médicaments, au lit du malade, pour chaque malade … ce serait le monde idéal … qu’on nous en donne les moyens (actuellement, une infirmière dans les services de médecine hospitalière est dédiée pour plus de 25 malades et pour toutes les tâches, en commençant par réconforter les patients (je n’ai jamais vu un pilote d’avion venir réconforter un passager angoissé par son vol).
    Tout ça pour dire que, oui des études montrent que quand on établit une check-list (notamment avant les opérations) on diminue les complications voire les morts. A t on besoin de faire des études pour cela ? Mais que la comparaison avec la check-list des pilotes est lassante, voire insultante pour le personnel : nous n’avons pas les mêmes conditions de départ !
    Enfin, la seule médication qui a un niveau de sécurité équivalente à l’aéronautique est la transfusion : le risque est quasiment nul de contamination ou d’erreur de groupe sanguin lors d’une transfusion, tellement les « check-list » sont nombreuses avant que le patient ne reçoive la moindre transfusion (tout au long de la chaine, du don du sang jusqu’à la transfusion). Mais, revers de la médaille, ces contraintes sont telles que de nombreux patients ne sont plus transfusés (ou transfusés trop tardivement) car trop peu de culots disponibles en réserve (avant la transfusion) ou trop consommateurs de temps de soins (pour faire la transfusion) … données non publiées, mais qui travaille dans les services comprend ce que je dis là

  3. GAVEL Vincent dit :

    Bonjour Docteur,
    Un réel plaisir de vous avoir revu ce jour dans le journal de France 2.
    Nous sommes retraités mon épouse et moi-même et apportons toujours une oreille attentive à vos commentaires sur les divers sujets proposés.
    Nous apprécions beaucoup votre manière de répondre avec justesse aux questions des journalistes, ainsi que votre courtoisie envers ces derniers.
    Continuez de nous renseigner sur votre métier et surtout sur ces questions médicales qui nous concernent de plus en plus avec les années qui passent.
    Merci à vous et bonne journée.
    Cordialement.
    Muriel et Vincent GAVEL des Hauts de France.

  4. Christelles Lasternas dit :

    Bonjour je viens d écouter votre commentaire au jt sur les erreurs de traitements vous dîtes la sécurité qui est faîte en disent que c est la pharmacie des hopitaux qui fait les piluliers des patiens. Peut-être est ce fait dans les grands hopitaux mais pas dans tous nous c est encore les infirmières qui le font entre les soins , répondre aux familles, l administratif donc ne pas véhiculer des infos qui ne sont pas fêtes partout , ne pas dire que tous les hopitaux font comme ça, peut être sur Paris ,mais la povince les moyens sont autre .que vous dîtes pour être en sécurité les traitements devraient être préparé par la pharmacie, la je suis d accord mais ne dîtes pas que c est fait partout

    • docteurjd dit :

      Je n’ai jamais dit que c’était fait partout et j’ai même ajouté que ça se développait mais que ce n’était pas la règle. Réecoutez

  5. Damien dit :

    Bonjour,

    Sujet très intéressant. Pour ma part, je suis victime des effets secondaires des fluoroquinolones qui m’ont été prescrits aux urgences. Il serait souhaitable de prendre en compte lors des prescriptions des risques d’effets secondaires graves et invalidants. Depuis septembre 2017, à 31ans, je vis avec la douleur des tendinites multiples et malheureusement le corps médical ne peut rien faire pour éliminer la cause, juste me soulager la douleur. Dernièrement une jeune femme de 25ans en a été victime, elle est obligée d’arrêter ses études.

    Les témoignages s’enchaînent mais rien ne bouge.

    • docteurjd dit :

      Il n’existe aucun médicament dénué d’effets secondaires.
      Les quinolones peuvent provoquer des atteintes tendineuses rares. Il faut eninformerles personnes qui sont amenées à en prendre

  6. Conan Catherine dit :

    Bonjour
    Je viens de voir le reportage sur les erreurs médicales !!
    Je suis moi même victime d un accident médical qui est arrivé dans une clinique le 26janvier 2012 chute de la table d opération alors que j était sous anesthésie générale et depuis rien ne bouge !!

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