Jacques Lansac : un médecin qui mettait son devoir avant ses convictions personnelles

En ces périodes où fustiger les médecins est devenu un must et en faire des « brutes en blanc » comme le dit un « Dr Perfect » établi au Québec, j’avais envie de vous parler d’un de ce médecin récemment disparu et qui a marqué des générations d’étudiants, de sages-femmes, mais aussi de patientes.

Ce 3 octobre 2017 nous étions environ sept cents dans l’église Ste Jeanne d’Arc, à Tours. Une foule venue dire adieu au Professeur Jacques Lansac, gynécologue-obstétricien. A quasiment 78 ans, c’est un infarctus qui a fauché cet homme de cœur, gare Montparnasse, à la descente du TGV.

Dans cette église j’essayais de reconnaitre des visages, de mettre des noms sur des gens qui me disaient bonjour, de feindre d’en reconnaitre certains « Bien sûr que je me souviens de toi ».

Ces obsèques étaient tout sauf « banales » oserai-je dire. D’abord parce que l’ancien aumonier du CHU, âgé de 87 ans était là pour concélébrer la messe. Et beaucoup d’entre nous, même non croyants ou autres que chrétiens, l’avons cotoyé si longtemps que cela nous ramenait des années en arrière et à nos souvenirs de discussions acharnées.
Puis il y eut les paroles, celles de son épouse, simples et belles, pleines d’un amour intact après 53 ans de vie commune. Puis vinrent celles de son petit-fils.

Imaginez cette église pleine à craquer et un jeune homme qui rappelle la foi catholique de son grand-père, assistant à la messe chaque dimanche. Et là il le remercia car dit-il « tu t’es battu pourque l’IVG et la PMA soient possibles dans ton hôpital. Tu as mis tes convictions personnelles en retrait et tu t’es rappelé que tu travaillais dans un hôpital public où tu as défendu les lois de la République ».

Devant moi, certaines personnes ont apparemment dégluti avec quelques difficultés.
Mais c’était si important de le dire et de le rappeler. Cet homme avec une foi rivée au corps s’est comporté en médecin, pas en idéologue. Il a fait son devoir.
Son prédécesseur, ennemi de la loi Veil, avait interdit à tous les médecins du service de gynécologie de travailler dans le centre d’orthogénie qui s’ouvrit, une fois la loi promulguée en 1975.

 

Jacques Lansac changea les choses et quand des anti-IVG vinrent bloquer l’activité du centre, lui le catholique pratiquant alla au tribunal les attaquer.

Dans les années 70-80, ses idées à l’opposé de celles de moult mandarins ne lui valurent pas que des amitiés. Mais il nous apprit le respect et la considération dûs aux patientes et aaux femmes enceintes que nous suivions.

Quand il quitta sa chefferie de service en 2008, il fit tout sauf arrêter.

Son envie de former et de transmettre l’a amené à créer avec quelques autres spécialistes un Fonds pour la Santé des Femmes.

Il était rentré il y a peu du Tchad, où il formait notamment les sages-femmes dans le but de réduire la mortalité maternelle et infantile dans des zones rurales sans hôpital ou maternité.
A 78 ans, il allait y retourner en janvier prochain.
Cet homme qui ne cherchait ni les honneurs ni l’argent ne faisait pas de consultations —- au-delà du tarif conventionnel.
Il aidait, avec son épouse, les familles endeuillées de sa paroisse et s’occupait de familles migrantes en situation précaire.
La traditionnelle quête à la fin de la messe fut d’ailleurs au bénéfice de la branche d’Emmaüs qui œuvre pour ces migrants.

Jacques Lansac avait aussi des défauts, des colères terribles. On n’était pas toujours d’accord avec sa gestion de certaines situations quand il présida la CME, le « parlement des médecins » du CHU.

Mais c’était un honnête homme, un vrai serviteur du service public, un défenseur de la laïcité.
Un homme rare, pas un donneur de leçons, pas un « Monsieur Propre » d’opérette.

Tout sauf une brute en blanc.

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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2 réponses à Jacques Lansac : un médecin qui mettait son devoir avant ses convictions personnelles

  1. Jac dit :

    Un très bel hommage.
    Cependant le chapeau fustigeant le « Dr Perfect » n’ajoute rien à la valeur du Dr Lansac mais n’est pas très digne du « docteurjd ».

    OUI, il y a des « brutes en blanc » qui « ennemi de la loi Veil, [ont été capables d’interdire] à tous les médecins du service de gynécologie de travailler dans le centre d’orthogénie qui s’ouvrit, une fois la loi promulguée en 1975. »
    OUI, il y a des « Dr Perfect » capables d’aller  » au tribunal les attaquer ».

    Merci donc à tous les « Dr Perfect » de veiller sur la dignité de leur mission, la dignité de leurs patient/e/s et sur leur propre dignité.

    • docteurjd dit :

      Pour donner des leçons de dignité il faut deja avoir le courage et l’honnêteté d’écrire sous son nom et non pas caché sous un pseudo

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