Coqueluche :une recrudescence de cas liée à un double effet aux Etats-unis et un peu chez nous

La question des vaccinations n’est pas seulement un problème français. De l’autre côté de l’Atlantique, il se pose beaucoup de questions aux Etats-Unis également. Un exemple avec la coqueluche, maladie en pleine recrudescence pour des raisons qui semblent s’ajouter.

C’est la revue de l’Académie Américaine des Sciences, le PNAS, qui publie une étude très intéressante qui a suivi un pic de cas de coqueluche outre-Atlantique.
Le nombre de cas recensés en 2012 a, en effet, été le plus élevé depuis, 1955.

 

Pourtant la vaccination est obligatoire pour tous les enfants avant leur entrée dans le primaire et on était arrivé à une couverture de près de 90 %, taux considéré efficace pour entrainer une immunité de la population.

 

Que s’est-il donc passé pour que la maladie liée à une bactérie revienne ainsi, phénomène que nous connaissons également en France, chez l’adulte et le très jeune enfant ?

 

Les chercheurs de l’université Harvard, à Boston, ont mesuré deux critères, en s’appuyant sur les données de quatre états : Utah, Arizona, Oregon, et l’état de Washington situé sur la côte Ouest, à la frontière canadienne.

Ils ont considéré deux groupes : les enfants de 5 ans et moins fréquentant les maternelles et les enfants de 10 à 14 ans.
Dans ces états, en 2012, le nombre de cas de coqueluche dépassait de beaucoup la moyenne nationale qui était de 15,4 cas pour 100000 habitants.
Dans l’Utah on était à 55,7 cas /100000 et dans l’état de Washington on montait à 71,3/100000
Comment expliquer ces chiffres et surtout qu’on soit entre 3 et 5 fois au- dessus du nombre de cas attendus ?

 

Les chercheurs ont d’abord étudié la fréquence des exemptions vaccinales pour des raisons non médicales.
Ils ont ainsi constaté que près de la moitié des comtés (45 %) constituant ces quatre états avaient des taux d’exemptions non motivées médicalement bien au-dessus de la moyenne nationale.

 

Ces exemptions peuvent être religieuses, spirituelles au sens large, philosophiques et autres.
Elles ont eu tendance à beaucoup se développer, notamment en Californie. Face à une explosion des cas de rougeole dans cet état, les pouvoirs publics ont décidé de rendre obligatoire la vaccination anti-rougeole pour les enfants qui allaient être scolarisés.

 

D’un côté donc pas mal d’enfants non vaccinés pour des raisons autres que les contre-indications médicales classiques.
De l’autre la question du nouveau vaccin.

Depuis quelques années, le vaccin contre la coqueluche est un vaccin dit « acellulaire ». Contrairement au vaccin plus ancien, il ne contient plus la bactérie, Bordetella pertussis, tuée, mais des protéines immunogènes.

Il est beaucoup mieux toléré mais au prix d’une immunité qui a tendance à s’atténuer au bout de quelques années, interdisant une protection de très longue durée.
C’est ce qui a été constaté par les chercheurs américains, avec un taux d’anticorps et une distribution des cellules –mémoires différents de ce qui existait ave l’ancien vaccin.

 

Il semble donc que l’addition des deux effets, des exemptions non médicalement justifiées et un vaccin moins performant, soit à l’origine de la recrudescence de la coqueluche dans la population étudiée dans ces quatre états.
Et aussi bien les jeunes enfants que les adolescents étaient concernés, probablement à la suite de contacts avec des adultes dont l’immunité s’épuise.

 

 

Ce même phénomène d’une évanescence de l’immunité a été constatée chez nous quand le réseau Renacoq a mis en évidence une recrudescence d’hospitalisations pour coqueluche de très jeunes enfants, là encore très probablement contaminés par des adultes ayant reçu le vaccin acellulaire.

 

 

Aujourd’hui on s’oriente donc un peu partout vers une refonte du calendrier vaccinal concernant cette maladie afin de pallier cette perte d’immunité.
Le vaccin coqueluche n’existe pas sous une forme seule mais associé à d’autres valences, diphtérie et tétanos notamment.
Il faudra peut-être avancer sur ce point également.

 

 

Il semble que vacciner l’entourage proche du très petit soit une mesure utile dans le contexte actuel.

 

Une coqueluche chez le nourrisson peut avoir de sévères conséquences.
Chez l’adulte, elle n’est souvent diagnostiquée qu’avec retard et peut durer, pendant de très longues semaines.

La vaccination contre la coqueluche est une vaccination conseillée actuellement.

 

Référence de l’étude :
Carlin Aloe et al.
Geospatial analysis of nonmedical vaccine exemptions and pertussis outbreaks in the United States
www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1700240114

 

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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