Cancer/ASCO17: comment vendre une étude sur un traitement aux effets très modestes mais à un coût doublé

Trier le bon grain de l’ivraie, ou plutôt le bon grain du moins mûr ou de qualité insuffisante pour le prix c’est le défi qui se pose lorsqu’on assiste au plus important congés de cancérologie mondial ASCO17.

 
Des milliers d’études présentées, parmi lesquelles quelques dizaines seront mises en exergue par la société savante organisatrice.
Ces études sont présentées lors de conférences de presse quotidiennes, chaque auteur ayant cinq minutes pour dire l’essentiel.
La vraie présentation se fait lors de sessions réunissant des milliers de participants, avec, en fin de présentation, des questions de la salle ou un intervenant , un « discutant » qui fait une analyse critique du ou des travaux présentés.
Et il arrive que cette analyse documentée mette parfois sévèrement en cause les résultats présentés, soulignant par exemple le faible effet obtenu et le coût exorbitant des traitements proposés pour y arriver.
Le problème c’est que très souvent, trop souvent m^zmz, l’information portée à la connaissance du public est celle délivrée en conférence de presse, donc sans aucune réelle confrontation ou voix discordante.
La sévère compétition des dizaines de médias présents sur place,notamment les grands titres américains, fait que dès la levée de l’embargo il faut que les infos soient en ligne ou sur les télés.
Et quand il s’agit d’études menées directement par l’industrie pharmaceutique, il faut y ajouter certains journalistes « invités » qui vont devoir montrer leur gratitude !

Il faut ajouter à cela l’extrême compléxité des sujets abordés, la biologie moléculaire, le séquençage du génome, l’immunothérapie, font , en effet, appel à des notions que tout le monde ne possède pas, même chez les médecins spécialisés parfois !

 

Et , bien évidemment, il y a la question économique, pas assez évoquée dans cette conféence et qui est pour tant omniprésente.
Un exemple de cette problèmatique est donné par une étude qui concerne une forme de cancer du sein qui représente 15 20 % des cas, ce qu’on appelle les formes HER2+.

Ces cancers ont une tendance à être un peu plus agressifs que les cancers hormonodépendants lesplus fréquents.
Leur prise en charge bénéficie depuis plusieurs années d’un médicament, le trastuzumab, qui a réduit le risque de récidive et le risque de décès de plus de 30 %
Une étude présentée à Chicago propose d’ajouter un second produit au trastuzumab , le but étant de freiner l’évolution de la maladie encore plus longtemps.
Cet essai clinique qui a inclus plus de 5000 femmes a donné des résultats présentés sous la forme suivante : « l’adjonction de pertuzumab au trastuzumab a réduit de 19 % le risque pour les femmes ayant un cancer HER2+ de développer un cancer invasif ».
A priori c’est un résultat intéressant
Mais que veulent dire les chiffres ?
Premier élément : que veulent dire ces 19 % ?
Dans le groupe à 2 produits il y a eu 171 cancers invasifs, soit 7,1 % des femmes.
Dans celui avec le trastuzumab seul 210 cancers invasifs soit 8,7 % des femmes.

171/210+0,814, d’où les 19 %

Donc 39 cas de cancers invasifs en moins en 4 ans et la nécessité de traité 112 femmes pour en voir une bénéficier du traitement.

 

Il y a donc un très léger avantage avec la combinaison, surtout chez certaines femmes ayant des récepteurs hormonaux négatifs ou un ganglion envahi, mais en termes globaux, à 3 ans, 94,1% des patientes dans le groupe à 2 molecules n’avaient pas de cancer invasif contre 93,2 % pour celles n’ayant reçu qu’une molécule.
Une différence de 0,9% pour un coût quasiment doublé ! Du moins pour l’instant , le trastuzumab ayant un biosimilaire bientôt sur le marché.

On peut évidemment trouver indécent d’évoquer cet aspect et dire que la vie humaine n’a pas de prix. On le peut !
Mais on parle là de traitement représentant des dizaines de milliers d’euros pour un gain extrêmement modeste et avec des effets secondaires un peu plus importants.
Est-on donc face à une avancée, un vrai progrès ? Pas vraiment.
On a surtout une combinaison qui,parmis les femmes atteintes de cette forme de cancer, permettra à une minorité de bénéficier d’un traitement potentiellement meilleur mais de façon limitée.

Mais que va-t-on lire et retenir ? Très probablement le fameux « 19% « de réduction du risque.

Référence de l’étude :

Abstract LBA500

Auteur :Gunther Von Mickwitz

abstracts.asco.org

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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