Cancer/ASCO17 : la prise en charge psychologique des patients si utile et tellement négligée

C’est une prise de conscience tardive mais dont on peut espérer beaucoup. L’oncologie s’intéresse aussi aux difficultés psychologiques des personnes touchées par le cancer. A la conférence ASCO17 à Chicago, trois études montrent combien ces aspects sont importa »

 

« La cancérologie occidentale est focalisée sur la biologie et la technologie. Elle a oublié que la psychologie était une part essentielle du suivi des patients ».

C’est le Dr Don Dizon, un expert de la société américaine d’oncologie, l’ASCO, qui a fait ce constat lors de la présentation de trois études lors de l’ouverture de la conférence annuelle.
Cette réalité est devenue de plus en plus criante avec les progrès thérapeutiques et l’allongement de l’espérance de vie des patients.

Des travaux australiens suisses et canadiens se sont donc intéressés à la prise en charge psychologique à divers stades de la maladie. Quelques temps après le diagnostic, dans les formes très avancées et après le traitement pour gérer la peur de la récidive.

La peur de la rechute sous-estimée par les médecins

La première étude australienne a abordé une question primordiale pour les patients et souvent « oubliée » par les oncologues : la peur de la récidive et de la rechute.
Un patient sur deux guéri ou en rémission et 70 % des jeunes femmes atteintes de cancer du sein avouent craindre de façon plus ou moins importante la survenue d’une rechute.

Cette crainte va se répercuter sur le suivi médical, avec, par exemple, un « oubli » des consultations de suivi par peur d’une mauvaise nouvelle, un retentissement sur l’humeur, la qualité de vie personnelle, familiale et professionnelle et une vision négative du futur.

« Nous sommes souvent tellement contents de célébrer ces guérissions et ces rémissions que nous en oublions les angoisses des personnes que nous traitons » souligne le Dr Don Dizon.

Le travail australien, Conquer Fear, fait par des thérapeutes spécialisés, s’est déroulé sur dix semaines sous la forme de cinq sessions de 60 à 90 minutes chacune.
Les points approchés pendant ces sessions :
– Accepter l’incertitude inhérente à une éventuelle récidive
– Apprendre des stratégies pour gérer l’inquiétude
– Aider les patients à mieux cerner ce qu’ils attendent de cette nouvelle vie

Après analyse, il est apparu que le groupe ayant bénéficié de cette intervention en face à face avec les thérapeutes a vu sa peur de récidive diminuer très rapidement et cet effet s’est prolongé et accentué de façon significative par rapport au groupe contrôle au-delà de six mois.
Cette prise en charge a également eu un effet positif sur le désarroi, l’anxiété et la qualité de vie. Effet supérieur en particulier à celui des techniques de relaxation.
L’auteur principal de l’étude, le Dr Jane Beith, pense que les séances délivrées par des psychologues spécialisés en oncologie pourraient être également faites par des psychologues moins spécialisés ou d’autres professionnels bien entrainés afin de ne pas se trouver limiter par manque de ressources.

Gérer les effets néfastes liés à l’annonce du diagnostic

La deuxième étude réalisée à Bâle concernait des personnes diagnostiquées depuis moins de trois mois. L’inquiètude et l’angoisse liées à l’annonce peuvent avoir des conséquences comme une moindre tolérance au traitement et une moins bonne compliance.
Originalité du programme : les interventions se faisaient non pas en face à face mais par l’intermédiaire du web.
Cette initiative a deux raisons : d’abord le manque de moyens humains et de disponibilité des médecins et des psychologues. La constatation ensuite que 70 % des patients, principalement des femmes atteintes de cancer du sein, vont chercher les informations sur internet.
L’étude STREAM a duré 12 semaines et visait à mesurer qualité de vie, anxiété/dépression et désarroi.
Elle utilisait divers outils de thérapie cognitive et était administrée en huit modules sous forme écrite ou audio.
Après deux mois l’analyse entre groupe traité et groupe contrôle a montré une amélioration significative :
– De la qualité de vie
– Du désarroi

Mais l’intervention n’a pas provoqué de différence sur les sentiments de dépression/anxiété.
L’auteur de l’étude, le Dr Viviane Hess pense que ce genre d’outil devrait connaitre un développement important.

Aider le patient et les siens jusqu’au bout

Dernière étude présentée, celle qui concerne les personnes atteintes d’un cancer avancé et dont le pronostic est hélas très péjoratif.
La prise en charge de la détresse de ce type de patients et de leur entourage est largement défaillante dans nos sociétés.
Pourtant un travail mené à Toronto, au Canada, baptisé CALM et conduit par le Dr Gary Rodin et son équipe, a montré combien ce genre d’intervention pouvait aider patients et familles malgré le stade avancé de la maladie
Trois à six séances ont été assurées pendant trois mois par des professionnels de santé entrainés, sessions auxquelles les familles ont été conviées.
Divers thèmes, orientés autour du bien-être spirituel, de l’espoir, du choix partagé, de l’approche de la mort ont permis chez plus de la moitié des personnes d’obtenir une réduction importante des phénomènes dépressifs, mais aussi de la sévérité des symptômes associés à la maladie par rapport aux patients traités conventionnellement.
Les patients ainsi traités ont pu mieux communiquer avec les équipes médicales mais aussi leurs proches. Ils ont aussi pu exprimer leurs croyances et leurs valeurs.

 

 

Ces diverses études montrent le besoin énorme de prise en charge psychologique des personnes vivant avec le cancer ou qui ont été traitées pour cette maladie. Besoin auquel l’oncologie ne répond pas actuellement à la fois faute de prise de conscience du sujet et faute de moyens humains pour répondre à la demande.
D’où l’intérêt de développer des interfaces reposant sur le web, les patients étant déjà rompus à cet instrument pour rechercher des informations sur leur maladie.

Références :
Les abstracts sont consultables sur :
abstracts.asco.org
abstract LBA10000 pour l’étude Conquer Fear
abstract LBA 10002 pour STREAM
abstract LBA 10001 pour CALM

À propos de docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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3 réponses à Cancer/ASCO17 : la prise en charge psychologique des patients si utile et tellement négligée

  1. Pour une fois, la recherche française est pionnière. Les travaux de MF Bacqué et de la société française de psycho oncologie en témoignent depuis plus de dix ans :
    http://www.sfpo.fr/qui-sommes-nous/organisation/conseil-dadministration.html
    Leur revue possède une audience internationale et publie de nombreuses recherches sur l’importance décisive de la psychologie dans la prise en charge des personnes atteintes de cancer.

  2. BOURGEOIS dit :

    On n’aide déjà pas les dépressifs profonds dont les risques de suicide sont élevés (12 000 décès par an).

    • docteurjd dit :

      Pardonnez-moi mais je ne vois strictement aucun rapport entre ce que vous dites et ce que je présente dans cet article. Je trouve ce côté compétition de la souffrance légêrement déplacé

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