DMLA et cellules souches dérivées d’adipocytes : attention danger !

Les promesses de la thérapie cellulaire à base de cellules-souches capables de réparer des lésions ou des tissus altérés ont suscitent un engouement certains. Pourtant, à ce jour, il n’y a aucun résultat patent. Mais cela n’empêche pas des cliniques de proposer de tels traitements aux risques et périls des patients. Comme ces trois cas de cécité après traitement ou prétendu tel pour une dégénérescence maculaire liée à l’âge, DMLA.

L’histoire se passe aux Etats-Unis, dans une clinique de Floride. On est en 2015, et cet établissement est partenaire d’un essai clinique dûment autorisé et enregistré dans le registre national des essais cliniques (NCT02024269 sur ClinicalTrials.gov)
Cette clinique, comme de nombreuses autres aux Etats-Unis, au Mexique, mais aussi en Suisse et en Autriche obtiennent les fameuses « cellules-souches » fontaines de jouvence à partir de tissu graisseux, des adipocytes,  prélevé dans la zone du nombril et cultivé avec du plasma sanguin enrichi en plaquettes sanguines. Pas de destruction d’embryons humains donc, ni de cellules adultes « rembobinées » à l’aide de gènes suspectés de pouvoir induire des processus tumoraux, comme c’est le cas avec les IPSC, cellules pluripotentes.
Après diverses manipulations en laboratoire, les cellules souches tirées des cellules graisseuses ou adipocytes, ont été injectées dans un compartiment de l’œil, le vitré.
Le but est qu’elles recolonisent la rétine pour diminuer les effets de la dégénérescence maculaire liée à l’âge ou DMLA.
En quelques jours trois patientes ayant subi ces injections se sont présentées dans des centres spécialisés en ophtalmologie de Floride.

La première, âgée de 72 ans qui avait eu une double injection, présentait des lésions oculaires multiples, avec hypertension oculaire, déplacement du cristallin et un décollement de la rétine secondaire à une déchirure de cette rétine, ce qu’on appelle techniquement un décollement rhegmatogène.
Une série e gestes a été pratiquée pour corriger l’hypertension oculaire et le déplacement du cristallin

Un an après l’injection des cellules souches, l’atrophie de la rétine a eu pour conséquence une absence de perception bilatérale de la lumière.

Une seconde patiente âgée de 78 ans a eu également de graves effets secondaires, lui laissant seulement la possibilité de détecter des mouvements de la main avec l’œil droit et une vision de 20/200 avec l’œil gauche.

Pour la troisième patiente vue après ces injections, les dégâts ont été également importants avec détachement rétinien. Un an plus tard elle peut voir la lumière d’un œil et détecter des mouvements de la main de l’autre.

La procédure utilisée chez ces trois personnes, à leurs frais, n »avait jamais été évaluée dans le cadre d’un essai clinique, ne comportait aucune donnée concernant la sécurité de la procédure.
De plus les injections avaient été faites dans les deux yeux et le même jour, ce qui, au plan infectieux et en termes de sécurité est une aberration.

Cette série d’accidents dramatiques laissant une patiente aveugle par atrophie du nerf optique montre que la thérapie cellulaire n’est pas encore une réalité et que nombre d’essais sont en cours sans pour avoir encore abouti à des résultats patents.

Des établissements font des publicités sur des procédures qui n’ont pas fait l’objet d’essais cliniques, dont les données en matière de sécurité sont tout à fait insatisfaisantes.

De tels établissements arrivent en Europe, avec de belles promesses et les mêmes techniques d’obtention de ces cellules souches dérivées d’adipocytes.
On ne peut que conseiller aux personnes prêtes à mettre des milliers d’euros dans une injection « miracle » de bien se renseigner sur les données concernant la sécurité de ces procédures et sur les risques encourus.

Comme le soulignent des responsables de la FDA, l’agence du médicament américaines : « En dehors de certaines indications bien précises, l’affirmation que les cellules souches peuvent intrinsèquement s’imprégner de l’environnement dans lequel elles sont introduites et mettre en œuvre un processus de réparation ou de remplacement ne repose sur aucune évidence scientifique »

 

A bon entendeur, salut!

Référence de l’étude

Ajay E. Kuriyan et al.
Vision Loss after Intravitreal Injection of Autologous “Stem Cells” for AMD
N Engl J Med 2017; 376:1047-53. DOI: 10.1056/NEJMoa1609583
Editorial:
Peter W. Marks et al.
Clarifying Stem-Cell Therapy’s Benefits and Risks
DOI: 10.1056/NEJMp1613723

A propos docteurjd

j.Daniel Flaysakier est médecin de formation et journaliste professionnel dans le secteur de la santé sur une chaine nationale de télévision. Ce blog est personnel et ce qui y est écrit ne reflète que les opinions de JD Flaysakier
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4 réponses à DMLA et cellules souches dérivées d’adipocytes : attention danger !

  1. Mallard dit :

    Directement concernée par l’injection de cellules souches dans l’oeil, pourriez-vous me mettre en contact avec les 3 personnes mentionnées dans votre article sur la SMLA daté du 21 mars.
    Remerciements.

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